MEMORABILIA

Afghanistan: «Capitulation»

L’éditorial du Figaro,.Par Philippe Gélie. 16 août 2021

Admettons que Joe Biden ait raison: il se peut bien que la guerre d’Afghanistan ait été impossible à gagner. Que «rester un an ou cinq ans de plus» dans ce pays «fossoyeur d’empires» n’eût au final rien changé. Que l’Amérique n’ait pas vocation à soutenir indéfiniment un État incapable de se prendre en main. Qu’un départ plus ou moins sans gloire ait toujours été inscrit au bout de l’aventure, dès lors que G. W. Bush n’avait pas voulu se contenter d’une expédition punitive contre les protecteurs de Ben Laden…

Il n’empêche: vingt ans après le cataclysme du 11 Septembre, le président des États-Unis va devoir assumer l’image dévastatrice du drapeau taliban jetant son ombre sur l’ambassade américaine au cœur de Kaboul. À ce symbole de capitulation s’ajoutent déjà les scènes d’un «Saïgon sous stéroïdes» – évacuation chaotique, documents brûlés à la hâte, armes saisies par l’ennemi -, «la pire humiliation» depuis la chute de la capitale sud-vietnamienne en 1975.

Cette débâcle était parfaitement évitable. Elle ne scelle pas la fin d’une occupation brutale contre laquelle le peuple afghan se serait soulevé. Une grande partie de la population a plus peur des «libérateurs» que des envahisseurs, comme en témoignent ceux qui s’accrochent à la carlingue des avions au décollage. Joe Biden aurait pu baliser le retrait de conditions politiques et de préparatifs logistiques. Il a présumé de sa puissance en décrétant la fin de la guerre: la guerre continue, il s’en lave les mains.

L’Amérique abandonne l’Afghanistan au règne de talibans à la fois plus «raffinés» et plus aguerris (merci l’arsenal américain) qu’il y a vingt ans. On verra si leurs chefs ont compris, comme ils le prétendent, qu’il y a des limites au martyre que peut supporter un peuple et au mépris dans lequel on peut tenir le reste du monde.

Les Occidentaux sont en première ligne: désastre humanitaire, exode de réfugiés, sanctuaire pour les terroristes islamistes…

Que le pire se réalise ou pas, la fuite d’Afghanistan laissera une tache indélébile sur le bilan de Joe Biden longtemps après sa présidence.

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