MEMORABILIA

Derrière la prise de pouvoir par les talibans, le risque d’un retour des réseaux terroristes

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Qui sont les talibans et comment s’apprêtent-ils à diriger l’Afghanistan ? Alors que leur victoire va galvaniser les réseaux terroristes islamistes, faut-il crainte le retour d’Al-Qaida ? 

Par  Virginie Jacoberger-Lavoué Publié le 16 août 2021 VALEURS ACTUELLES

Un combattant taliban, à Kaboul, le 16 août. Photo @ Rahmat Gul/AP/SIPAPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Un drapeau taliban flottant à Kaboul alors que l’on va célébrer le 20e anniversaire des attentats du 11-Septembre : c’est tout un symbole pour tous les groupes islamistes extrémistes, l’Etat islamique, Al-Qaida. Et leurs sympathisants au Pakistan, en Syrie ou au Mozambique. Nul doute aussi que la rapide victoire des talibans cette semaine passée va galvaniser les réseaux du terrorisme islamiste.

Qui sont les talibans ? Comment s’apprêtent-ils à diriger l’Afghanistan ? Parmi leurs chefs, la figure qui s’impose est celle d’Adgul Ghani Baradar, 53 ans, originaire de la province d’Uruzgan. En 2018, il a été libéré d’une prison au Pakistan, sur demande des Etats-Unis, dans la perspective espérée d’un accord de partage du pouvoir. Au temps de la guerre civile des moudjahidines, après le départ des Russes en 1992, ce chef de guerre a fondé avec le mollah Mohammad Omar, son commandant et beau-frère, une madrassa, une école coranique, à Kandahar, au sud du pays, pour former des « taleb », des étudiants érudits du Coran dans une lecture radicale. La mollah Omar, dont la mort a longtemps été cachée, avait accueilli et protégé Oussama Ben Laden durant la période 1996 -2001.

Baradar, ex-adjoint du mollah Omar qui a protégé Ben Laden

Précédemment, l’activité du Mollah Omar et de Baradar à Kandahar ne fut pas limitée à la lecture de textes religieux. Dès 1993, des combattants ont été formés avec un soutien appuyé des services de renseignement pakistanais, la puissante Inter-Services-Intelligence (ISI), et d’autres organisations extérieures. Des soldats islamistes arabes (Algérie, Arabie saoudite…) sont venus prêter main forte en même temps que le mouvement profitait d’appuis financiers extérieurs.

Baradar, qui a été jadis l’adjoint du mollah Omar, a été reconnu dès la première victoire des talibans en 1996 comme un fin stratège. Lors du régime taliban précédent, il était vice-ministre de la Défense. De 1996 à 2010, Baradar était considéré comme un chef militaire de grande envergure. Il est aussi reconnu comme une figure politique qui a ses réseaux, son influence et a vécu au Pakistan, notamment à Karachi. La CIA est seulement intervenue il y a 11 ans en faisant pression sur l’ISI pour que son arrestation s’organise, elle a été effective dans cette ville pakistanaise où l’on savait qu’il se « cachait ». En 2020, Baradar a été signataire de l’accord de Doha, sous l’administration Trump. Baradar avait été précédemment identifié par les Occidentaux comme le leader des Talibans en résistance au contrôle de l’EI ; mais la stratégie de Baradar a toujours été la reprise en main du pays. Il a pour proche le fils de feu le mollah Omar, le mollah Yaqoub, à la tête de la commission militaire des talibans.

Le culte du Mollah et la manière de gouverner

Le leader des taliban n’en reste pas moins Mawlani Haibatullah Akhundzada, 60 ans. Il a été nommé à la tête du mouvement en mai 1996 à la suite du décès de Aktar Mohammad Mansour, tué par une frappe américaine de drone et qui avait succédé au mollah Omar, décédé en 2013. Il est reconnu pour ses connaissances théologiques et comme un guide des croyants sous régime taliban. Tout le système judiciaire taliban découle de sa pensée ainsi que les visées « sociales » du régime, avec l’application stricte de la charia (main coupée pour vol, lapidation pour adultère…) et l’absence des droits de la femme, l’éducation circonscrite à l’étude théologique. Dans l’immédiat, les talibans veulent cependant faire bonne figure. Interrogé par Yalda Hakim, journaliste vedette de la BBC d’origine afghane, le porte-parole des talibans et responsable des négociations, Suhail Shaleen, est paru très gêné de répondre aux questions du droit sous régime taliban : « Est-ce que votre système judiciaire inclura l’amputation des mains et des pieds ? » Réponse du taliban : « Je ne peux vous le dire pour le moment ».

Talibans, des chefs et des divisions

Sirajuddin Haqqani, fils du fondateur du réseau sunnite Haqqani, est une autre figure influente chez les talibans. Son réseau compte nombre de soldats kamikazes. Le groupe Haqqani est suspecté d’avoir organisé plusieurs attentats, dont l’attaque de la maternité de Kaboul en mai 2020. Il est une figure respectée chez les talibans pour avoir combattu et négocié la libération de prisonniers détenus à Guantanamo ; avec une forte influence sur l’Est du pays. Au temps des combats moudjahidines contre les Russes, il s’est réfugié au Pakistan. Après l’invasion américaine, plusieurs sources du renseignement indique qu’il est retourné dans ce pays limitrophe à l’Afghanistan et considéré comme la base arrière des talibans.

Al-Qaida et les talibans

Faut-il craindre le retour d’Al-Qaida ? Plusieurs branches d’Al-Qaida ont célébré dans la monde la victoire des talibans comme une victoire commune. Il y a quelques jours, le secrétaire britannique à la Défense Ben Wallace a fait part de son « inquiétude » et estimé qu’ Al-Qaida va « probablement réapparaitre » en Afghanistan. Une façon de laisser entendre que le groupe terroriste, qui avait planifié les attentats du 11-Septembre, a tout pour gagner très vite en puissance en Afghanistan ; car nul ne l’ignore la présence du groupe extrémiste est effective sur place.

Al-Qaida opère depuis plusieurs provinces – une quinzaine de districts – notamment celles de Helmand et Kandahar avec le soutien des talibans qui regroupent eux-mêmes diverses factions. Il y a 20 ans, les talibans voulaient avant tout l’application la plus rigoureuse de la charia, des visées fortement obscurantistes pour leur pays. Ils n’ont rien changé à cette approche mais sont mieux informés sur le monde et usent aujourd’hui d’une propagande au-delà des frontières du pays. Si le porte-parole des talibans ne s’exprime pas sur le djihad mondial, un de leurs chefs combattants a clairement décrit l’objectif ultime du régime : « Changer l’Afghanistan, puis le monde. » Il faut oublier l’idée d’un modèle Taliban qui ne cherche pas à s’exporter.

Cet ancrage sur l’idée d’un djihad mondial a rapproché talibans et représentants d’Al-Qaida au fil des ans, alors que dans le passé leur confrontation a parfois été celle de luttes de pouvoir. Dans l’immédiat, les talibans veulent toutefois à priori le contrôle de l’Afghanistan et ne veulent pas s’impliquer dans le terrorisme international, du moins directement. Mais y prêter main forte, via un groupe comme Al-Qaida déjà bien implanté dans le pays, n’est pas exclu.

Où sont les prisonniers de l’EI « transférés » par les talibans ?

Ce lundi, à Kaboul, des soldats talibans ont visité district après district les habitations et pris les armes. Dans les rédactions des médias locaux, les armes de protection ont toutes été réquisitionnées mais il n’y a pas eu d’actes de violence. Dans le nord du pays, les étudiants ont indiqué que les universités étaient fermées. Les rumeurs de mariages forcés de jeunes filles avec des combattants talibans ont été catégoriquement démenties ce lundi par le porte-parole des talibans. Pourtant, ces rumeurs se multiplient dans le nord comme dans la capitale. Toujours dans le nord du pays, des témoignages de torture se précisent lors de la prise de contrôle des talibans qui, eux, dénoncent une « propagande » et assurent de « l’absence de revanche ».

Les prisonniers de tous les centres pénitenciers du pays ont été libérés. A Kaboul et près de la base de Bagram, certains étaient des prisonniers terroristes, des commandants islamistes. Les prisonniers de Daech ont été « déplacés » ou « transférés » par les talibans. Il se profile une nouvelle guerre ouverte entre talibans et l’Etat islamique . Ce sont des dissidents talibans qui ont fondé la branche afghane de Daech en 2015, implantée dans les provinces frontalières au Pakistan. Le groupe, soutenu par des combattants de Daech de Syrie et d’Irak, apparait sous le nom de EIK, Etat islamique au Khorossan. L’EIK a poursuivi sa lutte pour le pouvoir à travers des attentats en Afghanistan, notamment à Kaboul. L’Afghanistan a toutes les caractéristiques d’un sanctuaire islamiste désespérément prévisible.

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