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Immigration: la droite veut un référendum

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Par Emmanuel Galiero LE FIGARO. 19 aout 2021

Pour permettre à la France de contrôler la situation, plusieurs élus plaident pour une consultation de Français dès l’automne.

Si la droite parvenait à retrouver le pouvoir en 2022, elle poserait, sans attendre, la question de l’immigration au cœur de ses priorités. Une belle promesse de précampagne mais, chez Les Républicains, comme plus largement au sein de la droite, l’urgence d’un changement radical de braquet sur le sujet ne fait plus débat, même si les modalités techniques restent à affiner.

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Certains élus, comme Éric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes, n’hésitent pas à dire qu’un référendum sur l’immigration pourrait être couplé aux élections législatives. «La méthode serait inédite mais elle aurait le mérite de marquer le coup sur une question centrale qui impose de revenir au peuple», rebondit Annie Genevard, députée LR du Doubs. Quoi qu’il en soit, beaucoup estiment que les problèmes récurrents liés à l’immigration s’inviteront au cœur de la présidentielle.

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Mais pourquoi un tel référendum s’imposerait-il? «C’est devenu une nécessité pour une double exigence démocratique et d’efficacité, répond Bruno Retailleau, d’abord parce qu’il n’y a pas de phénomène qui ait le plus impacté la société française dans ces quarante dernières années sans que les Français n’aient eu l’occasion d’en délibérer. Mais c’est par ailleurs une exigence d’efficacité pour surmonter des obstacles constitutionnels qui souvent relèvent d’une interprétation du juge, comme on a pu le voir récemment avec le meurtre du père Olivier Maire par un individu contre lequel trois obligations de quitter le territoire avaient été prononcées et immédiatement neutralisées», souligne le sénateur LR de la Vendée.

Impacts sociaux et sécuritaires

Quand le Conseil constitutionnel a rendu sa décision, le 13 août, sur le projet de loi «contre le séparatisme», plusieurs élus ont exprimé leur surprise en découvrant la censure de l’article 26. Une décision «plus politique que juridique» et un «signal inquiétant», a dénoncé Retailleau, car, selon lui, il n’est pas recevable d’invalider un tel article au motif de son imprécision alors qu’il subordonnait assez clairement le droit d’entrée, de séjour et d’asile d’un étranger à l’acceptation des principes de la République.

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À son tour, Guillaume Larrivé accuse le Conseil constitutionnel d’être «prisonnier d’une idéologie immigrationniste». En septembre 2019, le député de l’Yonne avait présenté, dans Le Figaro, son projet de «big bang» pour lutter contre un «chaos migratoire» qu’il voyait «devant nous». Il proposait déjà un référendum pour permettre l’adoption d’une «charte constitutionnelle sur l’entrée et le séjour des étrangers en France».

De l’assassinat du père Olivier Maire en Vendée, le 9 août, à la chute de Kaboul, en Afghanistan, l’actualité récente a réveillé les interrogations et les craintes sur le droit d’asile en France. D’autant que les impacts sociaux et sécuritaires de l’immigration mal contrôlée sont dénoncés chaque jour. D’ailleurs, pour Annie Genevard, la cohésion nationale est «en péril» à cause d’une situation qui ne cesse de se dégrader. Éric Cotti met en cause la politique d’Emmanuel Macron, alors même que le chef de l’État vient d’exprimer son inquiétude face aux «flux migratoires irréguliers» liés à la crise afghane.

«Malgré tous les discours de fermeté, on a battu des records d’immigration sous ce quinquennat. Deux millions d’étrangers nouveaux sont entrés en France depuis 2017. Et la France ne peut pas choisir sa politique migratoire», s’indigne Ciotti, pressé de voir émerger cette piste du référendum pour permettre à l’État français de lever tous les obstacles l’empêchant d’appliquer des règles claires. «Ce sont des obstacles insupportables, des contraintes juridiques, conventionnelles, voire des interprétations de la Cour européenne des droits de l’homme… Il faut les lever», insiste le député.

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Pour la droite, les problèmes brûlants de l’immigration renvoient à la question de la souveraineté nationale et imposent une modification de la Constitution. Et cela doit passer par une consultation des Français, via l’article 11 (projet de loi soumis directement) ou l’article 89 (révision constitutionnelle). «C’est la seule façon de concilier État de droit et souveraineté populaire», juge pour sa part le maire de Cannes, David Lisnard, qui, en matière d’immigration légale, estime que la France doit pouvoir déterminer qui elle veut accueillir sur son sol «aussi bien qualitativement que quantitativement».

Au-delà de la volonté politique, les élus savent que les grandes réformes doivent être lancées dans la foulée d’une présidentielle. «La procrastination est très périlleuse car on voit bien que tout ce qu’Emmanuel Macron n’a pas pu faire au début de son quinquennat, il ne le fera pas à la fin», met en garde Annie Genevard, vice-présidente de l’Assemblée nationale.

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