MEMORABILIA

Y-a-t-il un sérieux problème Biden (et un pilote dans l’avion Occident) ?

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La presse américaine et même un certain nombre de responsables démocrates commencent à s’inquiéter de la politique étrangère du président américain comme de son état personnel. Apres le soulagement post Trump, les alliés européens des Américains déchantent eux aussi. Jean-Eric Branaa et Gérald Olivier ATLANTICO. 25 août 2021

Dans un éditorial, le journal anglais Daily Telegraph considère que la vérité à propos de Biden est qu’il est « simplement trop vieux ». Cette critique originellement trouvée chez les adversaires républicains du président est-elle en train de prendre de l’ampleur ? 

Jean-Eric Branaa : Le Daily Telegraph est un journal très conservateur et actuellement, les conservateurs à travers le monde s’en donnent à cœur joie sur Joe Biden sur le mode : il est trop vieux, il est incompétent, il est sénile à même dit une présentatrice de Fox News. Il y a un déchaînement médiatique contre Biden car la séquence en Afghanistan, très émotionnelle, a fait réagir beaucoup jusqu’à la prise de parole de Biden où les choses se sont retournées. Pourquoi ? Parce que la guerre en Afghanistan était très impopulaire et les Américains voulaient que cette guerre s’arrête. Obama s’était fait élire là-dessus, Trump en avait fait la promesse et Biden termine le travail. Biden a perdu 7 points dans les sondages en deux jours, mais il est remonté et n’est plus qu’à -1,5 par rapport au 16 août. Donc ce n’est pas un écroulement, pas plus que ce n’était le cas pour Trump lorsqu’il chutait et que la presse internationale parlait d’un effondrement.

Gérald Olivier : Cette critique n’est pas nouvelle et c’est avant tout un constat. Tout le monde connait l’âge de Joe Biden ainsi que sa condition physique et mentale. Tout au long de la campagne électorale, on a pu constater qu’il n’avait pas une grande capacité à tenir des raisonnements soutenus, pas une grande énergie, etc. On connaissait cette condition générale. Et il est peut-être plus fatigué que d’autres à 78 ans. On en parle à présent en raison de la situation en Afghanistan et des contradictions apparues entre le président et les déclarations de certains de ses conseillers, notamment sur la capacité des talibans à reprendre le contrôle du pays. Biden a affirmé que ce ne serait pas le cas et qu’on lui a dit que ce n’était pas possible. Ses services disent aujourd’hui que des rapports évoquaient ce scénario. Cela fait qu’on s’attache plus à ses déficiences. Cela ne suffit pas pour autant à justifier une destitution ou un appel à la démission.

Comme le rapporte le New York Times, la situation en Afghanistan semble avoir causé des inquiétudes jusqu’au sein du camp démocrate qui n’ose néanmoins pas blâmer publiquement la Maison blanche. La crainte principale étant une perte de soutien des swing voters modérés. Est-ce que c’est un problème de taille qui se profile ?

Jean-Eric Branaa : Non. Un sondage de l’Associated press et Norc, paru jeudi 19, indiquait que 2/3 des Américains estimaient qu’il fallait sortir de cette guerre. Il est vrai que quand on pose la question différemment cela change : « avez-vous trouvé que Joe Biden a bien géré ? Que ce qui se passe en Afghanistan est bien ? Considérez vous que le retour des talibans soit une bonne chose ? », les gens répondent non. Mais la question fondamentale reste « fallait-il finir cette guerre » et là ils répondent oui. Ce qui va rester, c’est que Biden a arrêté cette guerre. D’autant que les images vont être celles du retour des Boys aux Etats-Unis pour la satisfaction de tous. La politique internationale ne joue pas dans les élections américaines, pas plus avec les modérés qu’avec les radicaux. Les radicaux sont toutefois un peu plus mobilisés en ce moment : ceux de droite pour expliquer que Biden est le plus mauvais président de tous les temps, ceux de gauche pour explique que c’est une très bonne chose qu’il ait mis fin à la guerre. Donc Biden s’est rabiboché avec les radicaux de gauche qui lui en voulaient à la suite de son plan d’infrastructure bipartisan. Les autres savaient déjà qu’ils ne voteraient pas pour lui.

Gérald Olivier : Ce qui se passe en Afghanistan est le premier grand tournant de la présidence Biden. C’est un fiasco international dont l’impact va perdurer. Avant ce retrait, la situation en Afghanistan était sous contrôle  (peu de soldats Américains déployés, pas de combats entre les Américains et les talibans, pas de pertes américaines depuis plusieurs mois, etc.). Désormais, le pays est une poudrière, et les Américains réalisent qu’ils ont été trompés pendant près de vingt ans sur la solidité des institutions que leurs dollars étaient supposés bâtir. C’est une déconvenue majeure qui aura une incidence sur les élections intermédiaires, d’autant plus que Biden quand il était vice-président a entretenu cette illusion.  De plus La politique étrangère était supposée être un de ses points forts. Il fut pendant des années le président de la commission des affaires étrangères du Sénat et il se vantait de son expertise, A présent, les Américains se demandent si Biden comprend seulement ce qui est en train de se passer à Kaboul. Inévitablement cela aura un impact sur un certain nombres d’électeurs en 2022.

Pour les alliés des Américains le départ d’Afghanistan, et le fait que Biden pourrait finalement maintenir des troupes après le 31 août, peut-il inquiéter sur la fiabilité de celui qui devait être l’anti Donald Trump sur le plan international et renouer avec les alliés habituels ?

Jean-Eric Branaa : D’abord, ce n’est pas Biden mais Trump qui a pris la décision avec les accords de Doha le 29 février 2020. Biden a eu à choisir de respecter cet accord ou non. Il a choisi de le faire car en 2009, déjà, il s’était prononcé pour un retrait complet. Il n’avait pas de raison de dire autre chose. La question était de savoir s’il pourrait le faire d’ici le 1er mai, comme annoncé par Trump. C’était presque impossible. Il a prolongé et il a été doublé par les talibans, beaucoup plus rapides que prévu, ce que personne n’avait vu venir. Cette faute sera discutée plus tard.

Concernant le 31 août, la date originelle devait être le 11 septembre. Biden a ensuite dit qu’il fera cela avant le 31 août. Désormais les talibans menacent. Ce mardi matin, le président a fait savoir que les évacuations se faisaient tranquillement et qu’il travaillait avec le G7 pour ce qui allait se passer ensuite. Biden applique la méthode annoncée depuis le départ : prendre les décisions mais en faisant un tour de table pour respecter les demandes de ses alliés. C’est vraiment autre chose que Donald Trump.

On a entendu Jean-Yves Le Drian dire, « les Américains doivent prendre leurs responsabilités » mais il convient de rappeler que ce sont les Américains qui assurent la logistique de l’évacuation (21.600 personnes évacuées lundi) et elle est très opérationnelle. 

Gérald Olivier : Ils sont déjà inquiets de son unilatéralisme mais aussi de son amateurisme et  de celui de son administration : le chef du Pentagone, le chef d’état-major interarmées, le secrétaire d’Etat dans une certaine mesure, la CIA également voire le conseiller à la sécurité nationale, etc. L’ensemble de l’appareil de relations étrangères des Etats-Unis vient de commettre une bourde majeure. On a pu voir un certain nombre de membres du parlement britannique se poser  des questions. Les Etats-Unis ne vont pas retirer leurs troupes ailleurs pour l’instant. Mais la fiabilité, la réactivité, la capacité des renseignements, la doctrine Biden à l’international vont être questionnées.

Biden n’est pas à la hauteur de ses propres annonces. Donald Trump était quelqu’un qui jouait cash. Il assumait d’agir pour les intérêts américains, quitte à agir seul. En dépit d’un tempérament difficile, il était fiable. Joe Biden a eu pour slogan « l’Amérique est de retour », le multilatéralisme est de retour. Il a donc d’excellentes intentions mais il prend des décisions unilatérales sans consulter ses alliés ou se coordonner avec eux, notamment avec l’Otan.

Jean-Eric Branaa est l’auteur de Kamala Harris, L’Amérique du futur aux éditions Nouveau monde, à paraître le 15 septembre. 

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