MEMORABILIA

Afghanistan : Joe Biden, le nouveau Jimmy Carter de l’Amérique ?

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La presse américaine commence à tracer des parallèles entre l’actuel président et celui qui avait vu son autorité s’effondrer avec la crise iranienne en 1979.

Joe Biden et Jimmy Carter en 2008.

Par Michel Colomès Publié le 30/08/2021 LE POINT

Les images de l’évacuation de Kaboul rappelaient celles de Saïgon en 1975.Mais ce que révèlent d’impréparation le double attentat de l’aéroport et ses treize morts américains évoque plus le fiasco, en 1979, de la présidence Carter face aux mollahs iraniens.

Jamais, quels qu’aient été ses actions futures en faveur de la paix, il n’a réussi à s’en débarrasser : la réputation de faiblesse, voire d’incompétence du président Jimmy Carter a été scellée le 4 novembre 1979 quand, deux mois après le retour triomphal de l’ayatollah Khomeyni, une troupe hargneuse de prétendus étudiants iraniens s’est emparée, en quelques heures, de l’ambassade des États-Unis à Téhéran. Et y a retenu pendant de longs mois en otages les 66 diplomates qui s’y trouvaient. Réputation aggravée, même si c’était injuste, après la tentative manquée pour les libérer, en avril 1980. Une opération de commando qui s’était soldée par la mort de huit soldats américains et l’abandon dans le désert de l’épave fracassée d’un hélicoptère gros porteur.

Absence totale d’anticipation

Cette fois, même si l’ambassade des États-Unis à Kaboul a été occupée par les talibans seulement après que le personnel américain l’ait évacué ; même si aucun hélicoptère n’a fait de rotation, sous les caméras, entre le toit de la représentation diplomatique et l’aéroport ; même si aucun des appareils militaires assurant les exfiltrations n’a été l’objet de tirs mettant en danger leur sécurité, l’effroyable double attentat kamikaze qui a fait plus de 100 morts et dans lequel 13 militaires américains ont perdu la vie a changé la donne. Et pourrait avoir remis en cause la confiance qu’avaient les Américains dans la capacité du commandant en chef Biden à démontrer qu’il savait terminer honorablement cette guerre.

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Dès le surlendemain de la prise de Kaboul par les talibans, les journaux américains proches des républicains s’étaient déjà déchaînés, et en particulier le Wall Street Journal qui titrait : « Joe Biden est devenu Jimmy Carter ce 15 août ». Une manière de dire que l’absence totale d’anticipation des événements, l’extrême désorganisation des opérations d’exfiltration, ces scènes inouïes d’avions incapables de décoller parce que chevauchés par des dizaines de civils paniqués ; ces deux malheureux qui s’étaient désespérément accrochés au train d’atterrissage d’un C130 et qui sont tombés comme s’étaient écrasés au sol les prisonniers des tours de Wall Street le 11 septembre ; ces gros-porteurs surchargés de passagers assis sur les planchers sans aucune mesure de sécurité et dont les pilotes ont pris des risques exceptionnels en s’arrachant au sol dans des conditions de surcharge ; toutes ces images de panique étaient à porter au débit du manque d’expérience militaire du président.

Biden moins fiable qu’espéré

Pourtant et jusqu’au 25 août, l’opinion américaine se félicitait majoritairement que cet épisode, pour pagailleux qu’il soit, mette fin à la plus longue guerre que les États-Unis aient connue. Mais, pire que les couacs de l’évacuation des civils, le double attentat du 26 août a montré au reste du monde ce dont finalement les 20 ans de guerre en Afghanistan avaient fait la démonstration. En dépit de ses moyens militaires considérables, l’Amérique se sera laissé surprendre jusqu’au bout. Et celui qu’elle avait élu essentiellement parce qu’il avait de l’expérience et du pragmatisme après les foucades de la présidence Trump se révélait moins fiable qu’espéré.

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Deux erreurs, en particulier, passent mal : la première est l’abandon anticipé aux talibans de l’énorme base de Bagram et de sa prison. Les vainqueurs du jour en ont immédiatement libéré les 5 000 détenus qui s’y trouvaient. Et parmi eux beaucoup de ceux qui avaient directement ou indirectement participé à des attentats contre les forces occidentales. C’était évidemment lâcher dans la nature des terroristes potentiels, dont certains appartiennent à Al-Qaïda ou à l’État islamique.

Cruel jugement

L’autre faute commise par les diplomates et les soldats américains sur place à l’aéroport international a été de faire confiance aux talibans pour assurer un premier filtrage de ceux qui cherchaient à partir. Avant qu’un deuxième check point, américain celui-là, ne contrôle ceux qui voulaient entrer dans l’enceinte de l’aéroport. Outre que c’était donner aux talibans la possibilité de refuser des candidats au voyage selon leurs critères, c’était aussi confier à des moudjahidines le soin d’assurer la sécurité de l’accès à l’aéroport.

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« J’assume ces responsabilités », a déclaré un Joe Biden manifestement abattu. Même s’il a promis de venger « les héros américains » qui sont morts ce triste jour, et même si un premier tir a ciblé un responsable de l’État islamique, il en faudra plus pour rassurer ceux qui aux États-Unis croyaient retrouver un président protecteur, comme l’avait été par exemple en son temps un Ronald Reagan. Même dans son camp, on commence à douter de ses capacités. Ainsi Ryan Crocker, qui fut ambassadeur du président Obama en Afghanistan, a-t-il eu ce jugement terrible : « Je me demande encore si le président s’est trompé sur ce qui allait se passer ou si ayant compris ce qui risquait d’arriver, il a fait le pari de laisser faire. »

Consultez notre dossier : L’Afghanistan livré aux talibans

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