MEMORABILIA

L’éditorial du Figaro: «Marseille, France miniature»

Par Vincent Trémolet de Villers. 1er septembre2021

Marseille ne s’est pas défaite en trois jours ; il faudra plus d’une longue visite présidentielle pour la guérir de tous ses maux. Voilà des décennies que cette cité ensorcelante se délite. Il serait trop facile de chercher les causes de cette dislocation dans la bouillabaisse à clichés qu’accompagnent les évocations de la canebière «avé» l’accent.

C’est parce que notre État – dans toutes ses dimensions, locale et nationale – s’affaisse que Marseille se dégrade.

Quartiers abandonnés aux trafiquants, pression migratoire continue, intégration délaissée, violences banalisées, dette abyssale, écoles déclassées, obsession victimaire, boulevards congestionnés… Comme la France, Marseille est un paradis rongé par l’enfer. Il en va de même pour la partition urbaine d’une ville qui, dans le mouvement conjugué de rues qui se gentrifient quand d’autres se tiers-mondisent, sépare de plus en plus les riches et les pauvres. Passe sanitaire pour un tartare de daurade en terrasse sur la Corniche, télépéage délinquant pour entrer dans la cité des Flamants: c’est à Marseille, mais ce pourrait être à Strasbourg, Nantes ou Paris.

C’est tout l’intérêt de la visite d’Emmanuel Macron: mettre au jour ces fissures creusées dans l’édifice national que l’urgence imposée par le Covid nous a fait oublier.

Décor estival, chéquier ouvert à tous les vents, attraction médiatique, effet de contraste entre la tension des quartiers nord et la quiétude des calanques, convocation probable d’Homère, Pagnol ou Basile Boli: tous les ingrédients d’une communication éclatante sont réunis. Les adversaires d’Emmanuel Macron sont prévenus: ils lutteront contre un candidat au grand train présidentiel.

L’essentiel, cependant, n’est pas là.

Le défi que Marseille pose au chef de l’État comme à ceux qui souhaitent lui succéder a quelque chose d’herculéen.

Il se résume en une vertu qui, de renoncements en rodomontades, a été vidée de sa substance au point de disparaître du champ politique: l’autorité.

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