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La nouvelle doctrine Biden : en finir avec les guerres « non essentielles »

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Après vingt ans en Afghanistan et au Moyen-Orient, les Etats-Unis redéfinissent leur stratégie.

Avec une priorité : contrer la Chine et la Russie.

"Il faut comprendre que le monde a changé", a insisté Biden dans son allocution de vingt-sept minutes.

L’EXPRESS. 2 septembre 2021

Prononcé mardi, le premier discours de Joe Biden consécutif au retrait des troupes américaines d’Afghanistan le 30 août dernier a donné l’occasion au président américain d’esquisser les contours d’une nouvelle doctrine internationale. Après deux décennies d’aventurisme militaire en Asie centrale et au Moyen Orient, l’Amérique tire deux leçons : exporter la démocratie n’est pas un objectif raisonnable et la guerre au terrorisme, telle qu’elle a été menée jusqu’ici, a épuisé l’Amérique. 

« Nous allons cesser de lancer des opérations pour reconstruire d’autres pays », a annoncé le président avant de rappeler qu’en deux décennies, « la mission antiterroriste s’était muée en une guerre de contre-insurrection ». Joe Biden a publiquement déclaré que l’ambition – qui était celle de George W. Bush – de faire du « nation building » (reconstruire un Etat) pour implanter des démocraties dans des pays sans culture démocratique était d’autant moins réaliste que le coût humain pour les Etats-Unis était exorbitant. LIRE AUSSI >> Chris Whipple : « L’histoire jugera Joe Biden et saluera son courage »

Sur les 800.000 Américains passés par l’Afghanistan depuis 2001, 20.744 ont été blessés et 2461 sont morts. De plus, les séquelles pour les « Vets » (veterans, ou anciens combattants) sont incommensurables. Les victimes du syndrome de stress post-traumatique (PTSD) se comptent par milliers. Et, comme l’a rappelé Biden, 18 « Vets » se suicident chaque jour aux Etats-Unis !  L’application L’ExpressPour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyezTélécharger l’app

En pliant bagage et malgré sa défaite en Afghanistan, l’Amérique n’abandonne pas le combat contre le terrorisme. Au contraire, elle le mènera par d’autres moyens. « Pour atteindre les djihadistes, nous n’avons pas besoin de conduire des guerres terrestres », a indiqué le président. Des « frappes chirurgicales » menées à distance par des drones sont tout aussi efficaces. L’avenir de la lutte contre le terrorisme islamiste passera par davantage de technologie et l’adaptation des forces spéciales à des opérations commando. 

Pendant ce temps-là, la Chine a connu un développement impressionnant…

« Il faut comprendre que le monde a changé », a insisté Biden dans son allocution de vingt-sept minutes. Raison pour laquelle les militaires du Pentagone et les diplomates du Département d’Etat doivent s’adapter aux enjeux du temps présent: compétition avec la Chine, défis posés par la Russie, cyberattaques, prolifération nucléaire. « Le retrait d’Afghanistan et celui, à venir, d’Irak permettront à l’Amérique de se redéployer ailleurs dans le monde, notamment dans la région indo-pacifique », observe Marc Hecker, de l’Institut français des relations internationales (Ifri), auteur, avec Elie Tenenbaum de « La Guerre de vingt ans: Djihadisme et contre-terrorisme au XXIe siècle » (prix du livre géopolitique 2021). LIRE AUSSI >> Tom Basile, néoconservateur: « le monde entier a bien compris que Biden est un faible »

Pour comprendre l’aggiornamento de la doctrine militaire, il faut mesurer le coût de l’aventure afghane. Selon une étude du Watson Institute de la Brown University (dans l’Etat de Rhode Island), le coût total de la guerre contre les talibans et du « nation building » en Afghanistan s’est élevé à 2.313 milliards de dollars étalés sur vingt ans. « Soit une dépense de 300 millions de dollars par jour ! » a martelé Biden, en répétant le chiffre deux fois. 

« Pendant que les Etats-Unis étaient focalisés sur cette guerre coûteuse et lointaine, la Chine, qui a rejoint l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001 a connu un développement économique impressionnant et elle a considérablement augmenté sa capacité militaire », poursuit Marc Hecker. Sur la même période, l’Amérique a certes maintenu son avance militaire sur l’empire du Milieu. Mais elle a négligé ses propres infrastructures civiles (qui font l’objet d’un plan qui sera discuté au congrès dans les prochaines semaines), creusé sa fracture sociale et laissé le débat politique se polariser. Cet affaiblissement interne se double d’une perte d’influence internationale en raison, précisément, de ses guerres lointaines au Moyen-Orient (Irak) et en Asie centrale (Afghanistan). Sur le même sujet

Sur la même période, les Américains ont assisté, impuissants, au renforcement de la Russie sur la scène internationale, illustré par les guerres en Géorgie (2008), en Ukraine (2014) et par l’annexion de la Crimée (2014). Toutes ces données incitent Joe Biden et le Pentagone à changer de logiciel, afin de contrer la Chine et la Russie sur deux fronts: en Europe, où Joe Biden a réactivé l’alliance atlantique (Otan) dès le début de son mandat, et dans le Pacifique où les Etats-Unis s’appuient sur une vaste coalition impliquant l’Inde, l’Australie, le Japon ainsi qu’une myriade de pays de l’Asie du sud-est. Pour les années à venir, les Etats-Unis n’entendent plus engager – et perdre – leurs forces dans des conflits comme ceux d’Irak ou d’Afghanistan, désormais regardées comme des guerres « non essentielles » à la sécurité nationale américaine. 

Axel Gyldén

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