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Pourquoi les Français vont devoir travailler davantage…

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Par Marc Landré. LE FIGARO. 2 SEPTEMBRE 2021

DÉCRYPTAGE – Ils font partie des actifs qui passent le moins de temps, par an mais aussi sur l’ensemble de la vie, dans leur bureau ou dans leur usine.

Il n’y a presque plus une seule prise de parole, présidentielle ou ministérielle, depuis le dernier déconfinement en juin, sans que le sujet soit mis sur la table. Les Français ne peuvent plus l’ignorer: ils vont devoir, à l’avenir, travailler davantage. «Parce que nous vivons plus longtemps, il nous faudra travailler plus longtemps et partir à la retraite plus tard, a rappelé Emmanuel Macron le 12 juillet, dans une adresse officielle à la nation. Pas demain, pas brutalement, pas de manière uniforme, car nous prendrons en compte la difficulté des métiers. Mais progressivement, sur plusieurs années, et par un système qui fait la différence selon le travail réellement exercé. Et donc, l’âge de départ doit être plus tardif.»À découvrir

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Bruno Le Maire a enfoncé le clou dans le JDD six jours plus tard. «Le président a été sans ambiguïté: nous devrons davantage travailler collectivement si nous voulons préserver le système de retraite par répartition et l’avenir de nos petits-enfants, a insisté le ministre de l’Économie, qui milite depuis un an pour relever l’âge légal de départ. C’est le volume global du travail en France et la puissance de notre économie qui préserveront le modèle social français.» Un point que Bruno Le Maire a confirmé la semaine dernière au Medef lors de la Rencontre des entrepreneurs de France. Et, là-dessus, le ministre est totalement en phase avec Geoffroy Roux de Bézieux. «La richesse d’un pays se mesure à sa quantité de travail, et la France travaille globalement moins que ses voisins, sur l’année et tout au long de la vie, avait abondé le président du Medef. Si on veut garder un système de protection sociale aussi efficace, on va devoir travailler plus, individuellement et collectivement.»

Cela fait en réalité plus de deux ans que le thème du «travailler plus», cher à Nicolas Sarkozy, est revenu dans l’actualité. À l’issue du grand débat national au printemps 2019 en sortie de crise des «gilets jaunes», le président Macron avait annoncé aux Français qu’ils devraient «travailler davantage et plus longtemps» afin de financer une partie des 5 milliards d’euros de dépenses (primes, baisses d’impôts…) destinées à ramener la paix sociale.

Durée annuelle

Le chef de l’État était revenu à la charge en juin 2020, après le premier confinement de l’économie, lors d’une interview dans la presse quotidienne régionale, en appelant à être «honnêtes avec nous-mêmes»sur le fait que «nous ne pouvons pas être un pays qui veut son indépendance, la reconquête sociale, économique et environnementale, et être un des pays où on travaille le moins tout au long de la vie en Europe». Dans sa déclaration de politique générale en juillet 2020, le premier ministre, Jean Castex, avait pour sa part martelé qu’on ne rembourserait la dette accumulée que via «la croissance et en travaillant davantage».

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Baisses d’impôts, reconquête industrielle, dette, retraites, mais aussi dépendance et plan jeunes… tous les prétextes sont bons depuis deux ans pour remettre le chantier de la durée du travail sur l’ouvrage et faire passer l’idée d’un irrémédiable relèvement de l’âge légal de départ à la retraite. Il faut dire que la situation dans l’Hexagone n’est pas flatteuse. Si les salariés tricolores à temps complet travaillent autant par semaine que leurs homologues européens (soit un peu plus de 39 heures hebdomadaires), ils passent moins de temps au bureau ou à l’usine sur l’année. Et ce en raison d’une abondance de jours de congés payés et de réduction du temps de travail: 32 jours par an en moyenne, contre 25 ailleurs, soit une semaine d’écart, selon une récente étude du Trésor.

Par an, les salariés à temps complet travaillent ainsi, au dernier pointage de l’Insee, quelque 1 680 heures, niveau comparable à celui de la Suède ou de la Finlande, mais inférieur de 12 % à celui de l’Allemagne ou de 14 % à celui du Royaume-Uni. La situation est à peine meilleure en prenant en compte les salariés à temps partiel (qui représentent 14 % des contrats de travail): la durée annuelle du travail tombe alors à 1 520 heures par an en France, soit 4 % de moins qu’en Allemagne, 7 % de moins qu’en Espagne et 8 % de moins qu’en Italie. Les comparaisons restent les mêmes en intégrant les non-salariés ou les fonctionnaires qui, à part certains agents municipaux bien en dessous de la barre légale des 1 607 heures par an, travaillent autant que les autres.

La nécessité de travailler davantage

Et sur l’ensemble de la vie, ce n’est pas plus honorable, en raison notamment d’une sortie plus précoce du marché du travail que dans les autres pays: 61,9 ans en moyenne en France, contre 63,9 ans dans l’Union européenne. Ce qui n’est que partiellement compensé par un âge de fin d’études plus faible dans l’Hexagone: 20,7 ans en France, contre 22,4 ans en Allemagne ou 21 ans en Italie.

La faiblesse de la quantité de travail en France se traduit également dans les taux d’emploi pour chaque classe d’âge. Si la France fait mieux sur les 25-54 ans que la moyenne des pays occidentalisés, il en est autrement pour les tranches de début et de fin de vie active. Ainsi, le taux d’emploi des moins de 25 ans est stable depuis deux décennies aux alentours de 30 %, soit 5 points de moins que la moyenne de l’Union européenne et 10 points par rapport aux pays de l’OCDE. Idem pour les plus de 55 ans, où le taux actuel de 55 % (qui a bondi de 20 points en vingt ans) reste inférieur de 5 points à ce qu’il est ailleurs en Europe.

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Reste qu’il va falloir convaincre les syndicats – et plus globalement les Français – de la nécessité de «travailler davantage», et ce au motif que la durée en retraite (de 30 ans en moyenne dans l’Hexagone), la plus élevée en Europe, a tendance à augmenter chaque année avec l’allongement de l’espérance de vie.

Que ce soit pour financer le système de retraites, garantir notre indépendance par rapport à l’extérieur ou rembourser une partie de la dette accumulée depuis le début de la crise pour sauver l’économie. Un débat d’élection présidentielle…

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