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Guilhem Carayon : « Les convictions des jeunes LR sont parfois plus fortes que celles de certains ténors du parti… »

Guilhem Carayon : « Les convictions des jeunes LR sont parfois plus fortes que celles de certains ténors du parti… »

L’université d’été des Jeunes républicains se tient ce weekend à Vincennes. Son président, Guilhem Carayon, explique à Atlantico comment le mouvement entend être source de propositions à l’occasion de la campagne pour l’élection présidentielle.

Guilhem Carayon. ATLANTICO. 5 septembre 2021

Atlantico : L’université d’été des Jeunes Républicains, dont vous êtes le président, a lieu ce weekend à Vincennes. A-t-elle une saveur particulière à quelques mois de l’élection présidentielle ?

Guilhem Carayon : Cette année, comme l’année dernière, ce sont les jeunes qui organisent la rentrée des Républicains. Cela montre la confiance accordée au mouvement par Christian Jacob, qui déjà avait rendu le mouvement des jeunes autonome. Cela faisait longtemps que nous réclamions cette autonomie, pour avoir plus de marges de manœuvre et un mouvement plus efficace. Résultat, nous avons beaucoup progressé en termes d’adhérents. Nous sommes passés de 1500 adhérents il y a six mois à plus de 10.000. L’université d’été de ce weekend, avec 1.500 jeunes présents, est d’une ampleur inédite pour notre mouvement et montre bien son renouveau. Nous en sommes très fiers.

Ce renouveau, vous l’attribuez à quoi ?

De nombreux facteurs expliquent l’explosion du nombre d’adhérents. Il y a l’approche de la présidentielle, évidemment, avec des jeunes qui s’intéressent de plus en plus à la politique. Il y a aussi une nouvelle équipe à la tête du mouvement, avec des convictions fortes. L’autonomie du mouvement va dans ce sens. Les jeunes ont souvent des convictions très fortes et ont besoin de les exprimer. Ces convictions sont parfois plus fortes que celles de certains ténors du parti. C’est ça le message que nous voulons faire passer. J’aurais l’impression de trahir le mouvement des Jeunes républicains si je soutenais un candidat car nous sommes 10.000 aujourd’hui, dont beaucoup ne sont pas sur la même ligne. Le débat d’idées est sain dans un parti politique et mon rôle en tant que représentant de tous les jeunes n’est pas de soutenir un candidat. Je préfère faire valoir des convictions. Je préfère plaider pour l’unité dont nous aurons besoin, parce que s’il n’y a pas de dialogue entre les candidats, il n’y aura pas de rassemblement derrière un seul chef d’équipe et nous perdrons l’élection présidentielle. La priorité, c’est de battre Macron qui a fracturé le pays depuis depuis quatre ans. Si on veut le battre, il faut un seul candidat. C’est pour cela que mon objectif numéro 1 est de montrer à l’équipe dirigeante du parti et à l’ensemble des cadres du parti, et en tout cas à tous les candidats à la primaire, qu’il faut qu’ils se rassemblent. Sinon, ils auront trahi la confiance des jeunes qui attendent ça d’eux.À LIRE AUSSI2022 : la droite face à la tentation du grand calcul 

Lorsque vous avez été élu, il vous a été reproché d’incarner plutôt une aile plus dure que le parti. Vos rapports avec la tête du parti n’étaient pas forcément les plus simples. Se sont-ils améliorés ?

J’ai été élu contre l’avis d’une partie de la direction du parti. Cela dit, Christian Jacob ne s’était pas positionné sur cette élection. Je lui en suis reconnaissant. Aujourd’hui, mes rapports sont très bons avec Christian Jacob. Je considère qu’il tient la maison, alors qu’il est arrivé à un moment très compliqué après des élections européennes où LR a réalisé son plus faible score. Depuis, nous avons entamé un travail de reconstruction idéologique, avec des conventions thématiques qui ont eu lieu pendant deux ans. Il a repris en main toutes les fédérations départementales grâce à un travail de terrain qui a été très fort. Et Christian Jacob a la faculté de rassembler les gens, de les mettre autour d’une table en bons chiraquien pour faire en sorte que tout le monde se parle. Dans le parti, beaucoup de personnes étaient en train de quitter le navire. C’était donc important de trouver une figure de rassemblement. Et depuis, les résultats sont très bons. On a gagné les élections municipales, sénatoriales, régionales et départementales.

Maintenant, nous devons avoir un seul objectif, c’est de gagner la présidentielle. Et pour ça, il faut avoir un projet qui soit fort avec des propositions qui sont celles qu’attendent les Français. Aujourd’hui, la France est à droite. Les Français veulent plus de liberté, une économie qui à la fois protège face à la concurrence déloyale de la mondialisation et en même temps qui arrive à libérer les énergies pour favoriser la liberté entrepreneuriale.

Il faut à la fois faire preuve de pragmatisme et en même temps mener un programme de rupture par rapport à ce qui a été fait par Macron et par les gouvernements depuis des dizaines d’années. Sur la sécurité par exemple, qui est l’angle mort de la politique de Macron. L’insécurité a explosé partout. En PACA, à Marseille, Bordeaux, Lyon, Paris et même dans les petites villes. Je viens du Tarn, un département assez rural, où il y a eu une augmentation des violences de plus de 34% en 2020. Ça peut paraître ringard de la part d’un mouvement de jeunesse d’avoir des propositions sur les questions de sécurité, mais je considère que beaucoup de jeunes Français se sentent dans une insécurité très forte. C’est aussi en parlant de ces sujets-là qu’on arrivera à reconquérir l’électorat jeune qui est parti au Front national et qui ne croit plus aux promesses des partis traditionnels, parce qu’ils ont l’impression qu’on les a trop déçus et qu’on les a bernés.À LIRE AUSSIValérie Pécresse ou la libérale en roues « Libres ! »

J’ai 22 ans, j’appartiens à une nouvelle génération et je ne veux pas être comptable des erreurs de mon parti. Il y a dix ans que nous ne sommes plus au pouvoir, alors qu’on ne vienne pas me dire que nous avons supprimé 10.000 postes de policiers. J’étais à l’école primaire à ce moment-là, donc le bilan sur la sécurité de la droite, je n’ai pas envie de me l’approprier à 100%. Le rôle de ma génération, c’est justement d’aller plus loin et de montrer que parfois, on s’est trompé, on n’a pas saisi certains problèmes. Le problème migratoire était également beaucoup moins fort il y a une quinzaine d’années. Aujourd’hui, il y a 276 000 entrées légales chaque année sur le territoire, et entre 200 et 250 000 entrées illégales. Deux millions d’étrangers sont arrivés sur le territoire national depuis le début du quinquennat. L’Immigration, aujourd’hui, est incontrôlée et massive, favorise le communautarisme et peut favoriser la violence, et surtout brise le modèle civilisationnel universel qui est celui de la France.

Ce discours, vous entendez le porter quelle que soit la personnalité qui sera le candidat de la droite pour la présidentielle ?

Je trouve qu’il y a une très belle équipe de France aux Républicains. Il y a beaucoup de talent, mais il n’y a pas de capitaine. Soit on arrive à trouver un leader qui émergera d’ici le 25 septembre – la date du Congrès des Républicains, où les adhérents vont se prononcer pour ou contre une primaire – soit il n’y en aura pas et dans ce cas, on organisera une primaire qui permettra d’en faire émerger un. C’est l’essence de la primaire, de faire émerger quelqu’un qui n’est pas un leader naturel. Je ne suis pas fondamentalement pour ou contre la primaire. Je suis d’accord avec le fait que ça peut être facteur de désunion, de division d’un parti, parce qu’évidemment, on construit notre rhétorique en opposition aux autres candidats, mais il y a aussi énormément de choses qui rassemblent tous les candidats de la droite.

Les thèmes fondamentaux sont répétés par tous les candidats. Ce sont les questions de sécurité, de justice, les questions d’immigration. Il y a évidemment un consensus sur ces questions-là. Les questions de travail, du mérite, de la lutte contre l’assistanat – qui ont été très bien mises en valeur par Laurent Wauquiez quand il était président du parti -, les questions de gaspillage de l’argent public, de la bureaucratie qui paralyse le pays… La question de la qualité des services publics qui ne cesse de diminuer malgré le fait qu’on soit toujours à 45% de prélèvements obligatoires, la question de la désindustrialisation…À LIRE AUSSIObjectif 2022 : la volonté de revanche de Xavier Bertrand 

Je pense que c’est un travail sur le fond, sur les idées, qu’il faut faire. La bataille des egos, ça intéresse la presse people. Ce qui importe aux Français, c’est de savoir quelles idées sont défendues par LR aujourd’hui. C’est d’ailleurs un reproche que font souvent les Français à LR. Ils ne voient pas de ligne claire. Moi, j’essaye au niveau des jeunes d’apporter une ligne claire, avec des réponses sur toutes les questions qui les préoccupent.

Sur le plan idéologique ou programmatique, qu’est-ce qui vous caractérise au sein de LR ? En tant que Jeunes LR, avez-vous des aspirations spécifiques ?

Une question me paraît centrale, et je pense que nous sommes les plus légitimes pour en parler : c’est le sujet de l’éducation. Notre système éducatif est en faillite. Il y a moins d’un an, une enquête internationale a dévoilé que les élèves français sont les plus mauvais d’Europe en mathématiques. Nous étions parmi les meilleurs élèves du monde dans le classement PISA car notre modèle d’éducation était reconnu par tous. Mais chaque année, on perd des places. Ça traduit l’affaissement du niveau des élèves français qui, en arrivant en 6ème, ne maîtrisent plus les bases que sont le fait de savoir lire, écrire, compter. C’est très grave. Parce que l’éducation, c’est aussi la transmission de notre langue et de nos valeurs. Quand le modèle éducatif ne fonctionne plus, c’est toute la société qui ne fonctionne plus. L’inculture provoque la violence dans la société. C’est pour ça que le sujet de la culture, que je rapproche de l’éducation, est pour moi essentiel. Il y a un travail à faire sur l’éducation pour préserver la justice sociale aussi. L’Éducation, c’est ce qui permet de faire fonctionner l’ascenseur social, de faire en sorte que les enfants puissent vivre mieux que leurs parents.

La gauche dit « il faut toujours plus de moyens dans l’éducation ». Oui, il faut augmenter les salaires des profs. Oui, on aimerait signer des chèques pour tous les services publics, constamment. Mais on voit bien que la logique du chèque ne marche pas. Voyez la situation dans les quartiers populaires. Les chèques faits par les autorités publiques depuis des années ont servi à repeindre la façade des façades des HLM, mais à l’intérieur, rien n’est fait. La politique qui marche, c’est de faire en sorte que ces gens-là reprennent le chemin de l’école et rêvent de réussir dans la vie. Et pour ça, il faut que l’éducation fasse rêver.À LIRE AUSSILaurent Wauquiez, le « baron noir » de la droite 

Vous pensez qu’il n’est pas dans votre rôle de vous positionner pour un candidat spécifique à la primaire. Valérie Pécresse sera présente à l’Université d’été des jeunes LR ce weekend, sans faire de discours. N’est-ce pas une manière de vous positionner dans un sens ou dans l’autre ?

Nous avons invité les personnalités du mouvement, les parlementaires, les élus locaux… Mais la porte n’est pas fermée à ceux qui ont quitté le mouvement, comme Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand. Valérie Pécresse a prononcé l’année dernière un discours d’ouverture en tant que présidente de la région Ile-de-France. Cette année, elle n’est pas aussi légitime à prononcer un discours car elle est candidate à l’élection présidentielle et nous ne voulons pas la mettre sur un piédestal par rapport aux autres candidats.

Cette rentrée, c’est la rentrée des jeunes avant tout. Ça va être l’occasion pour nous de présenter les propositions des Jeunes républicains pour la présidentielle. Je n’ai pas envie que l’événement soit phagocyté par les questions du candidat à la présidentielle. J’ai aussi envie qu’on parle du bilan d’Emmanuel Macron, de la façon dont on peut redresser le pays. Avoir un candidat pour avoir un candidat, ça ne sert à rien. Ce qu’il faut, c’est un programme. Avoir un carnet qui explique ce qu’on fera lors de nos 100 premiers jours au pouvoir.

Je préfère qu’on parle du projet et qu’on construise une unité autour d’un candidat. C’est ce message d’unité, de rassemblement, qu’il faut présenter, plutôt que de rentrer dans les guerres intestines. Il y a plein de talents à droite. Il faut juste les faire jouer ensemble. C’est aussi cela le rôle d’un mouvement de jeunes, de montrer que les candidats ont la responsabilité de s’entendre parce que les jeunes ne prennent pas leur carte uniquement pour coller des affiches. Ils veulent aussi avoir des résultats.À LIRE AUSSILes sympathisants de droite peinent à trouver leur champion pour la Présidentielle de 2022

Comment espérez-vous faire entendre ce message lorsqu’on sait que Xavier Bertrand ne veut pas se soumettre au jeu de la primaire et que Valérie Pécresse dit qu’elle se présentera même s’il n’y a pas de primaire ? Comment faire entendre un message d’unité et de cohésion autour d’un projet dans ce cas ?

Xavier Bertrand et Valérie Pécresse jouent leur crédibilité en disant qu’ils iront coûte que coûte. En réalité, une question de responsabilité va se poser s’ils sont moins bien armés, moins bien placés que d’autres candidats. Aujourd’hui, ils jouent leur carte à fond car ils veulent être candidats. Mais le discours qu’il faut porter, et qu’ils ne peuvent pas dire aujourd’hui, c’est de dire qu’on va tous s’entendre, qu’on se parle, et qu’il n’y aura qu’un seul candidat. Xavier Bertrand ne veut pas faire perdre la droite. Aujourd’hui, il veut être le candidat de la droite et il fait comprendre qu’il ne veut pas passer par la primaire parce que sa méthode est de se présenter comme le candidat de la rencontre entre un homme et un peuple. Moi, je considère qu’il doit également jouer collectif, parce qu’il a besoin de notre parti pour devenir président de la République. On ne devient pas président sans parti.

Tous les candidats ont une responsabilité qui est celle de s’entendre. Ceux qui ne joueront pas le jeu pourraient se voir imputer la défaite de la droite à la présidentielle. Ils le savent, et c’est pour ça qu’ils vont faire preuve d’intelligence collective.

Parmi les jeunes LR, tous les courants, notamment incarnés par les candidats à la présidentielle, sont-ils représentés ?

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Je ne vois pas beaucoup de jeunes déjà arc-boutés sur un candidat. Ils sont plus dans l’attente de voir qui va émerger. Je dirais que sur les 10.000 jeunes Républicains, 8.000 ou 9.000 ne sont pas positionnés. Ce que je dis aux jeunes, c’est d’attendre de voir quels sont les différents projets pour le pays. Je dis aux jeunes : attendez de voir les programmes. Ensuite, vous ferez votre choix. Et plus vous attendez, plus vous laissez aux grands chefs le temps de se mettre d’accord.

Quel rôle entendez-vous jouer dans les mois et années qui arrivent ?

Je veux être le porte-parole des jeunes, défendre leurs idées. Je veux que le mouvement continue à travailler sur la formation. On va lancer une école de formation des Jeunes républicains à la fin du mois de septembre qui aura pour but de former intellectuellement et de former au militantisme les Jeunes républicains. Ce dimanche seront publiées et diffusées aux jeunes nos propositions pour la présidentielle. Ce que je veux, c’est qu’on arrive à mener tous ces combats.

Mon but sera d’accompagner notre candidat et de montrer que la jeunesse est au rendez-vous. Aujourd’hui, nous faisons des scores très faibles chez les jeunes. Nous avons pour responsabilité de reconquérir une part de la jeunesse qui ne se reconnaît, à mon avis, ni en Macron, ni en Le Pen, mais qui vote par désarroi pour eux parce qu’ils se disent qu’il n’y a pas mieux ailleurs. Notre message est qu’aux Républicains, il y ait des idées qui défendent les jeunes. Qui défendent la question de l’emploi des jeunes, qui permettent de lutter contre la précarité étudiante, et pas à travers des solutions qui sont ultra démagogiques, comme le revenu universel pour les jeunes.

Sur l’écologie, on a un message à faire passer différent de celui des Verts, qui après être arrivés aux commandes de quelques villes ont commencé à s’attaquer aux traditions qui font la France. On doit défendre une écologie qui est plus positive, qui travaille à la préservation des territoires, qui fait en sorte que tous nos écosystèmes soient préservés. Qu’on travaille aussi sur la question du beau. Cela rejoint le sujet des éoliennes, par exemple, qui, à mon avis, dégradent complètement les paysages français. C’est pour cela qu’on doit défendre le nucléaire, qui est la seule énergie décarbonée dans notre pays et qui est la source de notre indépendance énergétique.

Sur toutes ces questions-là, le message qu’on veut faire passer est certes pragmatique, donc moins attirant au premier regard, mais correspond à ce que veulent les jeunes pour leur quotidien, c’est à dire avoir une planète qui fonctionne mieux, lutter contre les dérèglements climatiques, lutter contre l’insécurité qui pourrit la vie, baisser les impôts pour ceux qui commencent à bosser, lutter aussi contre les idéologies décoloniales et indigénistes qui ont imprégné l’université française. Le rôle de la droite, c’est de déconstruire ces discours qui veulent déconstruire notre société, notre culture, notre histoire et qui font table rase de nos traditions. A droite, nous devons porter un discours plus enraciné. Je pense qu’il faut savoir d’où on vient pour savoir où on va.

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