MEMORABILIA

13-Novembre: «La violence terroriste est le fruit d’une idéologie politique, pas d’une folie»

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LE FIGARO. 7 septembre 2021

ENTRETIEN – En dépit des efforts de la police et des juges d’instruction depuis les attentats de novembre 2015, la menace terroriste en France est de nouveau très élevée aujourd’hui, estime Thibault de Montbrial, avocat au barreau de Paris*, défenseur d’une dizaine de parties civiles au procès qui s’ouvre ce mercredi.

En dépit des efforts de la police et des juges d’instruction depuis les attentats de novembre 2015, la menace terroriste en France est de nouveau très élevée aujourd’hui, estime l’avocat au barreau de Paris*, défenseur d’une dizaine de parties civiles au procès qui s’ouvre ce mercredi.À découvrir

LE FIGARO. – Qu’attendez-vous du procès des attentats du 13 Novembre qui s’ouvre ce mercredi?

Thibault DE MONTBRIAL. – La tenue même de ce procès illustre la force des institutions de la République française pour faire face au terrorisme islamiste. La justice est un des maillons indispensables pour combattre l’islamisme. Sur le fond du dossier en revanche, je n’attends pas grand-chose. La formidable enquête réalisée par les juges d’instruction et les services de police permet d’avoir aujourd’hui une connaissance complète de l’enchaînement des événements.

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Il reste quelques zones d’ombre mais, sauf surprise, compte tenu du comportement habituel des accusés dans les procès terroristes islamistes, il n’y a guère de chance que l’un d’entre eux se mette à dévoiler davantage de détails. Hormis exception, les personnes poursuivies pour complicité de terrorisme islamiste ont une tradition de dénégation et de minimisation de leurs actes.

Les événements de novembre 2015 ont-ils marqué un tournant?

Pour le grand public qui n’imaginait pas que la France puisse être frappée par des attaques de cette ampleur, oui. Pourtant, nous avions eu l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015 et, auparavant, deux attaques qui auraient pu se transformer en tuerie de masse, à Villejuif et dans le Thalys, respectivement en avril et août 2015. Mais six ans ont passé et je suis toujours inquiet, car le terrorisme est un mode opératoire politique au service d’une idéologie. Or cette idéologie islamiste a tendance à se développer.

Justement, ce procès peut-il être une fenêtre d’exposition pour que notre société prenne la mesure du danger que représente l’islamisme radical?

Je n’y crois plus. En effet, on a dit cela après les attentats de janvier 2015, du 13 novembre 2015, puis au lendemain de la décapitation de Samuel Paty ; on l’a encore répété au moment duprocès des complices des terroristes de Charlie Hebdo l’année passée… Il y a bien sûr eu des évolutions mais pas de prise de conscience généralisée. Tant que perdureront la duplicité et le relativisme de certains partis politiques qui tentent de nier le lien entre l’islam politique et les attentats, la situation restera compliquée.

Que vous inspire le profil des suspects? S’agit-il de «fous» comme on a parfois pu l’entendre?

C’est un des autres enjeux du procès. On a vu, y compris parfois chez certaines parties civiles, une volonté de dépolitiser ces actes, et face à l’ampleur de l’horreur, de considérer qu’il s’agissait d’une fatalité. Il faut dire et répéter que les victimes du 13 novembre 2015 ne sont pas celles d’un coup de folie, mais d’une idéologie. Tant que les démocraties ne comprendront pas que la violence terroriste n’est pas le fruit d’une déviance mais d’un mode d’action politique, on peinera à la combattre.

Ces attentats ont mis en lumière une des voies de conquête pour l’islam politique: la violence. Quid de la seconde, plus insidieuse?

Les islamistes sont dans une logique de conquête théorisée depuis les années 1930 par les Frères musulmans et les salafistes notamment. Ce but politique est atteignable par deux chemins: celui de la violence, qui focalise l’attention car elle est spectaculaire et affecte nos vies quotidiennes. Mais il en existe un autre qui consiste à utiliser les voies légales. Grâce à une parfaite connaissance de nos institutions, les islamistes parviennent petit à petit à pénétrer notre société en utilisant très intelligemment ses rouages. Ils attirent moins l’attention et semblent présenter un danger moindre alors qu’en réalité, ce sont eux qui progressent le plus.

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Notre pays a montré sa résilience face à la violence en ne craquant ni après les attaques de janvier 2015, ni au lendemain des attentats du 13 Novembre ou de l’assassinat de Samuel Paty. Il n’y a pas eu d’explosion de violence marquée, par exemple, par des contre-attaques de groupes d’ultradroite. En revanche, je suis inquiet de voir une partie de la gauche (et parfois au-delà localement) flirter avec les tenants de l’idéologie islamiste. Je crains que notre société ne paye très cher ces ambiguïtés.

La menace terroriste est-elle plus élevée aujourd’hui qu’il y a six ans?

Daech a perdu les territoires à partir desquels il pouvait lancer des attaques. Mais la menace a évolué et retrouve un niveau très élevé pour au moins trois raisons.

Premièrement, nous avons aujourd’hui sur notre sol de nombreux anciens du djihad en Syrie, qui ont purgé ou finissent de purger leur peine de prison. Ces gens ont de l’expérience. Ils sont capables de recruter, puis de former de la main-d’œuvre dans les «quartiers» afin de coordonner des attaques qui seraient directement organisées depuis la France. Deuxièmement, la France est devenue le principal ennemi d’al-Qaida, qui lui a consacré ses deux dernières vidéos en mars et juillet 2021, dans lesquelles elle s’en prend directement à notre pays. Enfin, un pays comme la Turquie joue un rôle très trouble. Avec son organe de propagande, la Diyanet, elle consacre un budget supérieur à un milliard d’euros à la déstabilisation des pays européens, dont la France. Or, la Turquie est en train d’installer une base arrière en Libye dans laquelle elle a transféré des islamistes depuis la Syrie. Il faudrait être naïf pour penser que l’un des objectifs de cette implantation n’est pas d’envoyer un jour ou l’autre des commandos organisés sur notre sol.

Paie-t-on les conséquences d’une trop importante ouverture des frontières européennes après la crise syrienne de 2015?

Lorsque à l’été 2015 nous alertions sur le risque d’infiltration des flux migratoires par les terroristes, nous avons été traités de paranoïaques. Or l’enquête sur les attentats du Thalys et du 13 Novembre ont démontré la réalité de cette infiltration. En 2020 et 2021, les quatre derniers attentats commis en France présentent un lien direct avec l’immigration clandestine. Par ailleurs, dans d’autres pays d’Europe, des actes de violence sont régulièrement commis par des ressortissants comme ce fut le cas récemment en Allemagne où un Afghan a attaqué une femme qui travaillait dans un parc de Berlin. Il faut donc remettre à zéro notre politique migratoire.

Par ailleurs, il n’est pas interdit de penser que ce procès qui commence mercredi génère une phase de risque en soi. Certains pourraient être tentés de «faire un coup d’éclat», justement parce que sa tenue démontre la force de nos institutions.

*Président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure. Dernier ouvrage paru: «Osons l’autorité»(L’Observatoire, octobre 2020).

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