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Astérix, Tintin, Lucky Luke… Au Canada, des écoles détruisent 5000 livres jugés offensants

Par Lou Fritel LE FIGARO 8 septembre 2021

La petite amie autochtone d'Obélix dans Astérix et les Indiens a suffi aux yeux d'un comité d'«experts» pour bannir le livre des rayons de plusieurs librairies scolaires.
La petite amie autochtone d’Obélix dans Astérix et les Indiens a suffi aux yeux d’un comité d’«experts» pour bannir le livre des rayons de plusieurs librairies scolaires. Bridgemanimages/Leemage

Accusés de véhiculer des stéréotypes sur les peuples autochtones, ces ouvrages ont été retirés des bibliothèques de trente écoles primaires et établissements secondaires. Des autodafés ont également été pratiqués.

«Pas fiables, paresseux, ivrognes, stupides…» : pour Suzy Kies, qui se présente comme «gardienne du savoir» autochtone, chercheuse indépendante, et qui copréside la commission des peuples autochtones du Parti libéral du Canada depuis 2016, les personnages autochtones sont présentés ainsi dans les livres pour enfants.

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Au Canada, dans le sud-ouest de l’Ontario, près de cinq mille livres de jeunesse ont été détruits, dans un «geste de réconciliation» avec les Autochtones, rapportent nos confrères de Radio-Canada. Les ouvrages, supprimés des bibliothèques, ont été tout bonnement jetés, enterrés, voire brûlés, sous l’égide du Conseil scolaire catholique Providence, qui regroupe trente écoles francophones dans la région.

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Des autodafés – baptisés «cérémonies de purification par les flammes» pour l’occasion – auraient notamment été perpétrés en 2019 «dans un but éducatif», comme en atteste une vidéo destinée aux élèves et mise en ligne par le conseil. Les cendres du brasier ont ensuite été enterrées, afin de servir d’engrais pour planter un arbre et «tourner du négatif en positif»«Nous enterrons les cendres de racisme, de discrimination et de stéréotypes dans l’espoir que nous grandirons dans un pays inclusif où tous pourront vivre en prospérité et en sécurité», professait l’auteur de la vidéo, Suzy Kies. D’autres festivités du type devaient se tenir par la suite. Mais celles-ci ont dû être reportées à cause de la pandémie de Covid-19.

4716 ouvrages détruits

En moyenne, chacune des écoles chapeautées par le conseil Providence a retiré 157 livres des rayons de ses bibliothèques, parmi lesquels Tintin en AmériqueLe Temple du soleil, des bandes dessinées de Lucky Luke ou encore Astérix et les Indiens. Au total, 155 œuvres ont été désignées comme offensantes et 4716 ouvrages ont été détruits. Cette décision a été prise par un comité formé de membres du conseil et d’accompagnateurs autochtones. Ceux-ci ont évalué des centaines de livres de jeunesse, mais pas seulement. Des encyclopédies et des biographies sont aussi visées. Des représentants du ministère de l’Éducation de l’Ontario y auraient aussi participé, selon le conseil scolaire, mais le ministère assure n’avoir joué «aucun rôle» dans la sélection des ouvrages «cancellés».https://platform.twitter.com/embed/Tweet.html?creatorScreenName=Figaro_Culture&dnt=false&embedId=twitter-widget-0&features=eyJ0ZndfZXhwZXJpbWVudHNfY29va2llX2V4cGlyYXRpb24iOnsiYnVja2V0IjoxMjA5NjAwLCJ2ZXJzaW9uIjpudWxsfSwidGZ3X2hvcml6b25fdHdlZXRfZW1iZWRfOTU1NSI6eyJidWNrZXQiOiJodGUiLCJ2ZXJzaW9uIjpudWxsfSwidGZ3X3NwYWNlX2NhcmQiOnsiYnVja2V0Ijoib2ZmIiwidmVyc2lvbiI6bnVsbH0sInRmd192ZGxfY2hpcnBfMTI3OTQiOnsiYnVja2V0IjoidmRsX29ubHkiLCJ2ZXJzaW9uIjozfX0%3D&frame=false&hideCard=false&hideThread=true&id=1435235133230141457&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Fwww.lefigaro.fr%2Fculture%2Fasterix-tintin-et-lucky-luke-au-canada-des-ecoles-detruisent-5000-livres-juges-offensants-20210908&sessionId=7862b03e157068264631da688544bfa117c31085&siteScreenName=Figaro_Culture&theme=light&widgetsVersion=1890d59c%3A1627936082797&width=550px

«Ces livres ont été recyclés ou sont en voie de l’être», explique la porte-parole du conseil scolaire catholique de Providence, Lyne Cossette, laquelle justifie ces pratiques par le contenu prétendument désuet et inapproprié des œuvres jetées aux ordures: «Il s’agit d’un geste de réconciliation avec les Premières Nations, et un geste d’ouverture envers les autres communautés présentes dans l’école et notre société.»

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Interrogée au sujet des autodafés par Radio-Canada, la «gardienne du savoir» Suzy Kies, également consultante au conseil Providence, tente de tourner la situation à son avantage, avançant que les personnages autochtones sont présentés dans les livres pour enfants comme «pas fiables, paresseux, ivrognes, stupides…» : «Les gens paniquent avec le fait de brûler des livres, mais on parle de millions de livres qui ont des images négatives des personnes autochtones, qui perpétuent des stéréotypes, qui sont vraiment dommageables et dangereux.»

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«Une pure censure»

Ainsi, le personnage Disney Pocahontas est pointé du doigt par Kies, laquelle considère qu’il s’agit d’une représentation fantasmée de la femme autochtone: «Pocahontas, elle est tellement sexuelle et sensuelle, pour nous, les femmes autochtones, c’est dangereux.» Reproche qu’elle formule également au sujet de la bande dessinée Astérix et les Indiens, dans laquelle une Autochtone en mini-jupe et décolleté plongeant tombe amoureuse d’Obélix: «Irais-tu courir dans les bois avec une mini-jupe? Les gens le croient, avance-t-elle, persuadée des limites de l’entendement humain. On a développé ce qu’on appelle la sauvagesse sexuelle, une image des femmes autochtones comme étant des femmes faciles.»

L’ennui est que cette «cancel culture» ne concerne pas seulement la littérature jeunesse mais aussi des ouvrages dits «sérieux». Deux biographies du navigateur Jacques Cartier, publiées dans les années 1980, ont été retirées, tout comme celle de l’explorateur et premier Français à avoir cohabité avec des Autochtones, Étienne Brûlé. Baptisé Le Fils des Hurons, le livre a été banni pour «fausse information historique». Le comité a notamment jugé que le tableau utilisé en couverture, où l’on voit l’aventurier en costume de chasseur entouré d’hommes à moitié dévêtus, pouvait être sujet à offense.

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Les auteurs, Jean-Claude Larocque et Denis Sauvé, tous deux diplômés en histoire à l’Université d’Ottawa et qui ont enseigné dans des écoles francophones de l’Ontario, sont consternés. Leur livre, qui s’appuie sur la thèse de l’archéologue Bruce G. Trigger, avait reçu plusieurs distinctions au Canada. Auprès de nos confrères, Jean-Claude Larocque s’insurge: «On a été très rigoureux dans notre recherche et on trouve ça très décevant. C’est une pure censure!» D’autant que le livre a été mis sur liste noire «sans nous consulter, sans amorcer une discussion».

Réaction de la classe politique canadienne

Cette enquête n’a pas manqué de faire réagir la classe politique canadienne, alors que le pays est en pleine campagne électorale fédérale. Si le parti du Bloc Québécois a renouvelé son attachement à la littérature et à la culture en général, par l’intermédiaire de son chef, Yves-François Blanchet, d’autres formations se sont montrées plus frileuses telles que celle du Premier ministre canadien, Justin Trudeau.

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Ce dernier s’est dit «personnellement» en désaccord avec le principe de l’autodafé. Mais «ce n’est pas à moi, ce n’est pas aux non-Autochtones, de dire aux Autochtones comment ils devraient se sentir ou comment ils devraient agir pour faire avancer la réconciliation. Nous devons nous montrer compréhensifs de la tristesse, peut-être de la colère, que beaucoup d’entre eux éprouvent par rapport à la réconciliation et au travail que nous avons encore à faire», a-t-il précisé.

Honte à ceux qui, sous couvert d’équité, utilisent sans hésiter les méthodes du nazisme ou du communisme stalinien. Quelle que soit la couleur de leur peau, ils sèment des graines de grande violence sans pour autant calmer les douleurs passées. Ce qui compte, ce n’est pas de revenir sur l’Histoire (spirale interminable) mais de renoncer pour l’avenir à des méthodes injustes.

Artofus

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