MEMORABILIA

Comment Macron distribue des milliards avant la présidentielle…

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Par Marc Landré. LE FIGARO. 9 septembre 2021

ANALYSE – À chaque sortie du chef de l’État colle l’annonce d’une nouvelle dépense. Et c’est loin d’être fini.

Comme avant chaque présidentielle, le chef de l’État sortant – surtout quand il est candidat (déclaré ou non) à sa propre succession – sort le carnet de chèque de l’État pour arroser large et ouvre grandes les vannes de la dépense. Emmanuel Macron ne déroge pas à la règle et le budget 2022, qui doit être présenté le 22 septembre prochain, en est un exemple flagrant.Big BusinessNewsletter

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Pas une semaine ne passe sans qu’une nouvelle dépense ne soit annoncée. Ce jeudi matin, c’est Olivier Véran qui a officialisé la gratuité de la pilule et de tous les soins/consultations attenants pour les moins de 25 ans à compter du 1er janvier… 2022. Et ce pour limiter les grossesses non désirées. Le coût, dévoilé par le ministre de la Santé ? 21 millions d’euros par an.

Mais s’il n’y avait que cela… À Marseille la semaine dernière, lors de son déplacement de trois jours dans la capitale phocéenne, le président de la République a aligné pas moins de 1,5 milliard d’euros en aides d’urgence pour la ville… Des crédits intégrés aux quelque 11 milliards d’euros de dépenses supplémentaires d’ores et déjà prévues dans le cadre du projet de budget 2022. Et ce alors que l’on est officiellement sorti de crise et que l’activité, modulo quelques secteurs qui souffrent encore, a quasiment retrouvé son niveau de fin 2019.

D’ailleurs, la croissance devrait grimper à 6,25% cette année d’après la dernière estimation de l’Insee (un record depuis la fin de la seconde guerre mondiale, pour partie en rattrapage de la récession de 8% en 2020) et redescendre à 4% en 2022, selon la prévision à date du gouvernement.

Avalanche de mesures

Et l’addition devrait encore s’allonger. Pas plus tard qu’en début de semaine, l’exécutif a laissé fuiter l’information selon laquelle le président de la République serait tenté de relancer la réforme des retraites avant le scrutin d’avril prochain. S’il est probable qu’il ne supprimera pas les 10 régimes spéciaux existants, il peut en revanche très bien mettre en œuvre, via une disposition cet automne dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2022, la pension minimale à 1000 euros pour toute carrière complète. «Une vie de travail doit offrir une pension digne et donc toute retraite pour une carrière complète devra être supérieure à 1000 euros par mois», avait d’ailleurs indiqué le chef de l’État lors de son adresse à la nation le 12 juillet dernier, sans toutefois donner d’horizon.

Une telle mesure, qui s’appliquerait dès janvier 2022, ne bénéficierait qu’aux nouveaux entrants dans le régime général correspondant aux critères définis (bénéficier d’une pension inférieure à 1000 euros et avoir tous ses trimestres de cotisation – ils sont estimés à 150.000, soit un quart des néo-retraités), pour un coût non négligeable de 230 millions d’euros en 2030 et de plus de 2 milliards en 2040.

D’autres mesures positives, « créatrices de droit nouveau pour réduire les inégalités du système actuel », selon les éléments de langage de l’exécutif, du projet de réforme des retraites adopté en 1ère lecture par les députés en mars 2020, avant d’être enterré pour cause de pandémie de coronavirus, pourraient également être opportunément ressuscitées. Comme la majoration de pension de 5% dès le 1er enfant, la généralisation du système de réversion… Et ce, dès janvier prochain, à quelques encablures de l’élection présidentielle. Que des dépenses nouvelles donc, aucune économie à court terme, ce qui contrevient au discours officiel d’une réforme nécessaire également pour garantir la pérennité financière du système.

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Visée électoraliste et court-termiste

Mais le pire reste sans aucun doute à venir, avec les tombereaux de dépenses qui vont être annoncées en octobre sur le plan d’investissement d’avenir de 20 à 30 milliards d’euros (même si une grande partie sera du recyclage et une réorientation de crédits existants) pour « bâtir la France de 2030 », dixit Emmanuel Macron le 12 juillet ; et sur le revenu d’engagement de la jeunesse, dont le coût est déjà estimé à 2 milliards d’euros, pour permettre à 1 million de jeunes, dès 2022, contre 200.000 à la fin de cette année, de bénéficier de l’extension et du replâtrage du dispositif existant de Garantie jeunes.

Des chèques en bois à visée purement électoraliste et court-termiste qui trouveront une traduction forte et non négociable dans le budget 2022, et qui rappelle bien les coups des prédécesseurs d’Emmanuel Macron. Comme le plan «500.000 formations» de François Hollande lancé au printemps 2016 pour diminuer le nombre de chômeurs et ainsi permettre au chef de l’État de l’époque de tenir sa promesse d’inversion de la courbe du chômage, et ainsi pouvoir être candidat à sa propre succession. On sait ce qu’il en est advenu par la suite. Le chômage a effectivement baissé, mais trop tard, et François Hollande a renoncé à se présenter à la présidentielle de 2017.

Dernier point cocasse qui en dit long sur l’aspect opportuniste de la démarche actuelle du chef de l’État, le projet de loi de finances pour 2022 sera présenté le 22 septembre sans que l’on en connaisse deux composantes budgétaires importantes: le plan d’investissement dans l’avenir et le revenu d’engagement des jeunes à proprement parler, dont la déclinaison financière (qui se chiffrera à plusieurs milliards d’euros en 2022) sera intégrée par voie d’amendements du gouvernement lors de l’examen du texte au Parlement cet automne. Une première qui résume parfaitement également, alors que ces deux plans sont annoncés et préparés depuis le début de l’été, sur le peu de respect des procédures budgétaires et du travail des parlementaires qui anime l’équipe gouvernementale actuelle…

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