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A LIRE: «L’Occident a une telle culpabilité qu’il est prêt à détruire sa civilisation pour en sortir»

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Par Laure Mandeville. 9 septembre 2021

GRAND ENTRETIEN – Professeur de théorie politique à l’université de Georgetown, spécialiste de Tocqueville, Joshua Mitchell est «Washington fellow» au centre pour le mode de vie américain de l’Institut Claremont.

Dans un livre percutant, American Awakening, il déchiffre le caractère profondément religieux du mouvement identitaire de la gauche américaine, qui vise à purger l’Occident de ses «péchés».


À une semaine des Conversations Tocqueville, coorganisées par Le Figaro, la Fondation Tocqueville, The Atlantic Council et la Friedrich Naumann Foundation for Freedom, et consacrées au «futur de la démocratie en Amérique», l’un des intervenants, le professeur Mitchell analyse la déroute géopolitique américaine en Afghanistan et, surtout, la crise démocratique qui étreint les États-Unis, vingt ans après le 11 Septembre.


LE FIGARO. – C’est dans un contexte sombre que l’Amérique commémore le 20 anniversaire du 11 Septembre. Vingt ans après les attaques contre les tours jumelles, les États-Unis ont quitté l’Afghanistan dans un contexte de débâcle géopolitique. Les talibans sont de retour au pouvoir, la menace terroriste islamiste est plus présente que jamais et les Américains sont empêtrés dans une crise démocratique profonde. Assistons-nous au crépuscule de la puissance américaine? L’esprit de faction prospère. Comment définiriez-vous ce moment politique? Assistons-nous au crépuscule de la puissance américaine? Ou sommes-nous en 1979 “sous Carter”, à la veille d’une nouvelle surprise de la part d’un pays qui a rebondi maintes fois?

Joshua MITCHELL. – Deux décennies ont déjà passé depuis ce jour terrible du 11 septembre 2001. Beaucoup d’entre nous se souviennent de l’endroit où nous étions, de l’incrédulité et de la détresse que nous avons ressenties, de la vengeance que nous avons recherchée. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on a raconté aux Américains que la modernisation balaierait les préjugés de la nation, de la religion et des liens tribaux, que l’Amérique était la «cité sur la colline» dont la lumière illuminerait le chemin menant vers la modernisation. Septembre 2001 a été la confirmation brutale, pour la psyché américaine, que cette histoire de modernisation était fausse. Les néolibéraux, qui gardent largement le contrôle des affaires, pensent, comme ils le pensaient alors, que le monde peut se moderniser à travers la propagation de «normes globales». Le fait que le secrétaire d’État Antony Blinken ait donné l’ordre aux ambassades, à travers le monde, de faire flotter le drapeau de la Gay Pride est la preuve qu’un néolibéralisme naïf est toujours en vigueur sous Biden. L’Afghanistan est tombé en un week-end! Cela ne montre-t-il pas à quel point les «normes globales» sont faibles dans ce pays en guerre?

De l’autre côté, il y a les néoconservateurs. Après 1989, quand les États-Unis ont gagné la guerre froide, les néolibéraux ont été débordés par un groupe de néoconservateurs persuadés que la modernisation viendrait non pas à travers le soft power de «normes globales», mais grâce à la puissance militaire. Humiliés par vingt ans d’échecs militaires au Moyen-Orient, les néoconservateurs ont finalement perdu leur crédibilité et se sont alignés, sans surprise, avec les néolibéraux de gauche pour s’opposer au «nouveau nationalisme» de Donald Trump. Nos élites néolibérales de gauche et nos élites néoconservatrices de droite insistent pour dire que les erreurs commises au Moyen-Orient ne sont pas leur faute, comme s’il n’y avait qu’une seule forme politique légitime, à savoir la démocratie, exportable partout. Ils prennent pour postulat que toutes les autres formes politiques doivent être combattues, ouvertement ou clandestinement. Cette croyance dangereuse selon laquelle le monde devrait ressembler à l’Amérique est le plus grand obstacle à un retour à une bonne santé mentale de nos élites.

Quoi que l’on pense de Trump, il faut comprendre qu’une partie des Américains ont voté pour lui, en 2016 et 2020, parce qu’ils étaient dégoûtés par cette vision destructrice de notre rôle. Le slogan l’Amérique d’abord peut paraître chauvin. Mais les alternatives néolibérale et néoconservatrice sont pires. Si vous voulez comprendre l’Amérique d’aujourd’hui, vous devez l’appréhender comme un champ de bataille entre ceux qui pensent en termes universels et ceux qui pensent en termes particuliers, en croyant à leur pays et à leurs religions. Oui l’Amérique paraît faible et impotente aujourd’hui. Si l’Irak ne l’a pas prouvé, notre récent retrait d’Afghanistan le prouve à coup sûr. Notre faiblesse et notre impotence persisteront aussi longtemps que nos élites insisteront sur le fait que l’Amérique a une mission globale à accomplir, plutôt qu’un objectif modeste consistant à vivre en paix dans un monde de nations, où elle ne doit prendre le leadership qu’en cas de nécessité, et en se coordonnant avec les autres, là où cela est possible.

Penser que le monde entier doit ressembler à l’Amérique est une dangereuse croyanceJoshua Mitchell

Quel est le motif central de la crise intérieure?

La racine immédiate de notre crise américaine est le fossé grandissant entre élites et classes populaires. La gauche comme la droite ont contribué à ce problème. À droite, l’engagement sans nuances en faveur du «veto du marché libre» a nui aux classes populaires. Par «veto du marché libre», j’ai en tête l’idée que la politique sociale devrait être déterminée par la simple mesure de l’efficacité économique, quelles que soient les conséquences pour les ouvriers. Mais si on s’en tient à ce principe, les grandes entreprises américaines délocalisent les emplois vers la Chine, tout en gardant le bénéfice politique d’être incorporées en Amérique. Cela a eu pour conséquence la délocalisation d’une énorme partie d’activités jadis menées dans nos frontières. Mon opinion personnelle est que si une grande entreprise américaine veut la protection politique de l’État de droit, du respect des contrats, la plupart de ses produits devraient aussi être fabriqués ici. Les républicains, depuis Reagan, ont donné aux grandes entreprises américaines un blanc-seing qui a contribué à éviscérer la classe ouvrière. Les entreprises ont gardé leur siège en Amérique mais cherché à faire des profits ailleurs. C’était une folie. Car nous vivons dans un monde de nations. La droite l’avait oublié. Mais la gauche aussi a contribué au fossé entre élites et classes populaires. Après avoir été le parti de la classe ouvrière, elle est devenue celui de Hollywood, de la Silicon Valley et de New York. Pour le dire autrement, la gauche est le parti du mépris des médias, de la Big Tech et du capital financier pour les classes populaires. Devons-nous être vraiment surpris, dans ces conditions, qu’un feu populiste dévore l’Amérique?

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L’un des aspects préoccupants est l’effondrement de la confiance. Envers le système et les élites gouvernantes, mais aussi entre citoyens…

La confiance est plus précieuse que l’or. Une nation peut être riche, mais s’il n’y a pas de confiance entre les citoyens, elle ne sera jamais forte et combative. Dans les années 1830, Alexis de Tocqueville a écrit De la démocratie en Amérique, le plus grand livre écrit sur l’Amérique. Il a été le premier à y reconnaître que si la vieille aristocratie venait à vaciller, les citoyens se sentiraient isolés et solitaires. Ils demanderaient à l’État de s’occuper d’eux, et la confiance diminuerait. Tocqueville pensait que si une nation voulait rester bien portante à l’âge démocratique, elle devrait avoir des institutions intermédiaires robustes, comme la famille, l’église, le gouvernement local, la société civile. C’est dans ces institutions médiatrice, que nous apprenons la confiance, mais aussi comment gouverner et être gouvernés, comment développer des compétences, et quelles sortes d’habitudes et de traits de caractère la liberté exige. Malheureusement, Tocqueville avait prédit que ces institutions vacilleraient sans une attention constante, et que le futur serait sombre si les citoyens tombaient dans l’isolement. Nous y sommes. Nous sommes tous devenus ce que j’appelle des «hommes selfies» qui ne pensent plus qu’à eux-mêmes et à l’humanité abstraite, jamais au voisin avec lequel ils doivent pourtant construire un monde, à l’intérieur de notre nation.

Les élites politiques et intellectuelles, celles qu’on appelle aux États-Unis “la classe de la connaissance”, ont-elles mérité cette défiance que vous décrivez, parce qu’elles ont tenté avec condescendance d’imposer des valeurs que la moitié du pays ne partage pas?

Nous ne savons pas encore clairement comment décrire la division qui déchire nos nations. La distinction élite-classes populaires est un moyen de le faire. Mais la distinction entre classe des sachants et classe ouvrière en est un autre. Je me demande si l’approche la plus pertinente n’est toutefois pas celle qui sépare «la classe digitale» de ceux qui vivent dans le «monde réel». La pandémie du Covid a révélé clairement cette rupture. Si vous pouvez vous mettre en quarantaine, commander vos provisions par internet, vous amuser sur votre ordinateur, et gagner votre vie sur Zoom, vous être un membre de la classe numérique. Si vous apportez les courses, si vous n’avez pas de compte Netflix ou Amazon et que vous produisez les choses à distribuer, vous êtes un membre de l’autre classe. Le rêve de la classe numérique est celui d’un monde sans le chaos des «choses», un monde sans limites, et notamment un monde sans les inconvénients d’être un homme ou une femme mortels, dans une communauté à laquelle vous êtes attachés dès votre naissance.

Trump ou pas Trump, au moins la moitié des citoyens électeurs en ont assez qu’on leur dise qu’ils sont des déplorables irrécupérablesJoshua Mitchell

Les membres du «monde réel» n’ont pas ce rêve. Ils vivent comme l’humanité a vécu historiquement, dans un monde défini par le temps et le lieu, entouré d’objets, impliqués dans les tâches de la vie concrète. Ils côtoient la saleté et la mort, au lieu de s’en détacher. La bataille grandissante sur la manière de gérer le Covid traduit cette division. La «classe digitale» estime évident de décréter que les quarantaines et les vaccins nous protégeront complètement de la mort et que nous devons fermer nos économies pour tenir cette dernière à distance. L’autre classe sait qu’il s’agit d’une recette menant à l’étouffement économique et reconnaît que la mort ne peut être conjurée pour toujours. Le vrai monde, c’est le leur. L’existence digitale peut être un supplément, pas un substitut.

Pendant quatre ans, Trump a été le thème de discussion politique. Le leitmotiv était qu’une fois Trump parti, les problèmes disparaîtraient. Mais la rébellion trumpiste est bien vivante. Pourquoi?

Donald Trump reste l’obsession de la gauche. Il est, si je peux m’exprimer de manière indélicate, «la mauvaise sorte d’homme blanc». Ne vous méprenez pas. Je suis troublé par ses manières. Mais pour comprendre la réaction que Trump suscite à gauche, vous devez comprendre ce que «la bonne sorte d’homme blanc» est supposée être. «L’homme blanc acceptable» est celui qui considère que l’Amérique est systémiquement raciste, qu’aimer votre pays relève d’une maladie mentale, que les hommes et les femmes sont identiques (et qu’un homme peut décider d’être une femme et vice versa), que l’énergie verte sauvera notre monde, que la guerre est obsolète, et que les élites plutôt que les citoyens doivent gérer le monde… Si l’arc de l’histoire produit «la bonne sorte d’homme blanc», alors un homme comme Donald Trump ne devrait pas exister au XXIe siècle. C’est la raison pour laquelle la version acceptable de l’homme blanc croira toujours que c’est une collusion russe qui a donné à Trump la victoire en 2016. La gauche le voit comme une anomalie historique. Ce qu’elle ne comprend pas est qu’une vaste portion de l’Amérique croit en nombre des choses qui révulsent «l’homme blanc acceptable»: leurs églises, leurs nations, leurs familles d’origine. Trump ou pas Trump, au moins la moitié des citoyens électeurs en ont assez qu’on leur dise qu’ils sont des déplorables irrécupérables.

Deux tiers des électeurs républicains ne croient pas à l’élection normale de Joe Biden. Sommes-nous face à une sécession politique et mentale qui annonce d’autres 6 janviers potentiels?

Beaucoup des électeurs républicains en Amérique ne sont pas sûrs des résultats de l’élection. Un large nombre d’entre eux estiment que l’élection a été “volée”. Cela peut vouloir dire que les votes ont été comptés de manière incorrecte, ou qu’ils ont été comptés correctement mais que les nouvelles règles mises en place ont rendus les totaux illégitimes. Cela peut vouloir dire que les votes ont bien été validés mais que les médias et les élites ont biaisé le processus pour voler l’élection. C’est ce dernier sentiment qui me préoccupe le plus. Sa signification profonde est qu’un vaste segment de l’électorat se sent exclus, réduit au silence. L’une des conséquences est le sécessionnisme mental dont vous parlez, l’autre est la violence.

Nous vivons avec la culpabilité, mais sans pardon chrétien. C’est cela qui hante l’homme occidental, ce fardeau, chaque jour qui passe. C’est la source véritable de la fatigue de l’OccidentJoshua Mitchell

Dans Le Réveil américain, vous expliquez que l’un des maux affligeant la société américaine est l’affaiblissement de la nation au profit d’un nouveau mouvement porté par la gauche, «la politique des identités», qui vise à remplacer la politique libérale des compétences par des catégories religieuses: les innocents (les minorités) qu’il faut défendre, et les transgresseurs qu’il faut purger (l’homme blanc hétérosexuel occidental). La rébellion trumpienne est-elle aussi un rejet de cet identitarisme?

La «politique des identités» n’est pas encore complètement comprise. Elle émerge du postmodernisme, et doit être distinguée du marxisme, dont l’origine remonte à la pensée allemande de la génération d’avant Nietzsche. C’est un courant distinctement américain, même si l’Europe semble y succomber aussi. À première vue, ses buts sont nobles. Qui ne voudrait pas prendre au sérieux l’identité de quelqu’un? Mais ce n’est pas ce dont il s’agit. Ce mouvement vise en réalité à évaluer chaque membre de chaque groupe identitaire en fonction de leur supposée innocence ou culpabilité collective. De plus, chaque groupe soi-disant innocent est défini en fonction de sa distance vis-à-vis du «transgresseur primordial», qui est actuellement l’homme blanc hétérosexuel.

Si vous êtes une femme, vous obtenez des points d’innocence. Si vous êtes non blanc, aussi. Si vous êtes homosexuel, également. La politique des identités est un tableau de classement de pureté morale. C’est, selon moi, le «nouvel eugénisme spirituel», qui sépare les purs des damnés. Les voix des purs doivent être entendues, mais si vous êtes parmi les damnés vous devez être purgé du corps social. Le but de la politique n’est plus de construire un monde ensemble, mais redistribuer les ressources afin que «l’équité» – qui signifie de fait la disqualification sociale des mâles blancs hétérosexuels – puisse prévaloir.

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Mon livre s’appelle American Awakening, parce que je compare ce phénomène à un réveil religieux, dans lequel de pauvres âmes recherchent désespérément l’absolution morale pour leurs péchés. Je déteste le racisme quel qu’il soit. Je n’ai aucun intérêt à défendre «la blanchité», comme on dit aujourd’hui. Je veux défendre une politique décente, dans laquelle les citoyens sont traités justement, dans le cadre de l’État de droit, quelle que soit leur identité. Donald Trump, bien sûr, était un mâle blanc hétérosexuel. Son «crime» a été de ne prêter aucune attention ou crédit au postulat de la «politique des identités», qui est de dire que le temps du mâle hétérosexuel blanc est révolu. Il était fier de ce qu’il était. Dans le monde de la gauche identitaire, ce type d’homme ne peut exister, ou s’il existe, il ne peut qu’être raciste. C’est pour cela que Donald Trump était autant haï.

Vous écrivez que l’Amérique revient à des catégories religieuses, mais sans laisser de place pour le pardon divin…

La crise de l’Occident est une crise de la culpabilité. Pendant la période chrétienne, l’homme pouvait se repentir et pardonner dans un monde imparfait de transgression et de péché, dont seule pouvait nous sauver la grâce de Dieu. Mais qui vit avec cette connaissance en son cœur aujourd’hui? Aujourd’hui, nous vivons avec Rousseau qui nous chuchote que l’homme est naturellement bon, que la violence et la transgression sont exceptionnelles, et peut-être même bien l’unique prérogative des hommes blancs hétérosexuels. Nous n’avons plus le courage d’assumer le tableau terrible de l’homme que nous avait légué le christianisme en même temps que sa proposition d’alléger le fardeau du péché à travers Dieu. On peut rêver d’un âge post-chrétien qui ferait disparaître à la fois le péché et son antidote, un âge sécularisé où il n’aurait plus de culpabilité. Mais nous n’y sommes pas. Nous vivons avec la culpabilité, mais sans pardon chrétien. C’est cela qui hante l’homme occidental, ce fardeau, chaque jour qui passe. C’est la source véritable de la fatigue de l’Occident.

L’homme occidental a peur d’agir, peur d’ajouter à son fardeau de culpabilité. Il n’ose plus croire en lui-même. Les conséquences sont graves. Mais ceux qui pratiquent la «politique des identités», ces nouveaux pasteurs de notre temps, disent: venez à moi, vous qui vous sentez coupables. Je vous donnerai l’absolution. Vous devrez juste renoncer à votre nation (source de violence), à votre religion chrétienne (patriarcale et homophobe), à votre famille (hétéro-normative).

Déclarez votre allégeance au monde digital cosmopolite qui ne connaît ni le temps ni l’espace et vous trouverez la paix dont vous rêvez. C’est l’offre religieuse qui nous est faite.

Et parce que nous n’avons plus la religion chrétienne, nous acceptons l’offre d’absolution de ces nouveaux pasteurs, même si cela signifie la destruction de notre nation, de notre religion et de nos familles.

Nous avons tellement faim d’une vie sans culpabilité, que nous sommes prêts à tuer notre civilisation pour y parvenir.

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