MEMORABILIA

Étienne Gernelle – Le trouillomètre à zéro

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ÉDITO. La réforme des retraites est encore repoussée, avec une justification particulièrement fumeuse. Et si la frousse des politiques était le vrai mal français ?

Etienne Gernelle - Le trouillometre a zero
Étienne Gernelle – Le trouillomètre à zéro

par Étienne Gernelle. Publié le 17/09/2021 LE POINT

La procrastination est un art. La réforme des retraites annoncée par Emmanuel Macron avait été repoussée en raison de la crise des Gilets jaunes, puis de la pandémie. On a cru, la semaine dernière, qu’elle reviendrait enfin sur la table. Erreur. « On fera ça quand on tombera les masques », a déclaré Emmanuel Macron, tout en rappelant son caractère indispensable mais ajoutant que « là, on a d’autres priorités, quand même » .

Et dans quelques mois, l’excuse, ce sera le froid de l’hiver, puis des inondations du printemps ? Jusqu’à l’élection présidentielle ? À moins de considérer que l’obligation de présenter un pass sanitaire à l’entrée d’un restaurant constitue une telle privation de liberté qu’elle rend impossible le débat public – remarquez, certains complotistes le disent -, on ne comprend pas bien ce qui empêche de lancer la réforme. Notons que notre Sécurité sociale – y compris son volet retraites – doit beaucoup au programme du Conseil national de la Résistance (CNR) adopté le 15 mars 1944, alors que pas un centimètre carré de la France métropolitaine n’était encore libéré. Il y avait pourtant « d’autres priorités »

Médailles. Si la course de lenteur était une discipline olympique, la France raflerait toutes les médailles. Pensez : le premier grand rapport sur les retraites fut le « livre blanc » de Michel Rocard, en… 1991. La France n’en a toujours pas tiré toutes les conclusions. Il y a certes eu des réformes depuis (notamment en 1993, 2003 et 2010), sans lesquelles, note le Comité de suivi des retraites, les pensions représenteraient 20 % du PIB, contre 13,5 % aujourd’hui. Mais jamais aucun pouvoir ne sut aller jusqu’au bout et mettre en place un système soutenable. Aujourd’hui encore, certains conducteurs de la RATP peuvent partir à 52 ans, soit dix ans de moins que le plus vieux médaillé des Jeux olympiques de Tokyo, l’Australien Andrew Hoy (concours d’équitation complet par équipes). Cela leur laisse le temps de démarrer une carrière sportive…

Bien sûr, personne n’ignore que tout cela est bien difficile. Dans une célèbre lettre rédigée le 24 août 1774, Turgot suppliait Louis XVI de tenir bon sur les réformes, « d’en maintenir l’exécution avec fermeté, sans se laisser effrayer par des clameurs qu’il est absolument impossible d’éviter en cette matière, quelque système qu’on suive, quelque conduite qu’on tienne ».

Rien de neuf ici, tout est question d’endurance et d’aptitude à encaisser. Turgot, encore : « L’autorité ne sera jamais tranquille, parce qu’elle ne sera jamais chérie ; et que les mécontentements et les inquiétudes des peuples sont toujours le moyen dont les intrigants et les malintentionnés se servent pour exciter des troubles. »

Certes, il est à mettre à l’actif du gouvernement sa persévérance à propos de la réforme de l’assurance chômage, qui sera mise en œuvre le 1er octobre. Et il ne faut pas exclure un sursaut de Macron sur les retraites, malgré la proximité de l’élection présidentielle. Mais cette énième esquive sur un dossier si important, avec en prime une justification particulièrement fumeuse, est bien déprimante.

Zeppelin. Elle l’est d’autant plus – et là, l’Élysée n’y est pour rien – que les velléités de nos dirigeants de diriger risquent d’être encore diminuées dans les années à venir. La  mise en examen d’Agnès Buzyn par la commission d’instruction de la Cour de justice de la République pour « mise en danger de la vie d’autrui » est consternante. Non pas que les décisions de l’ex-ministre de la Santé soient exemptes de tout reproche, mais ce n’est pas aux magistrats d’exercer ce contrôle : c’est au Parlement et, en dernier ressort, aux électeurs ! Confondant les fautes individuelles, qui seules sont de sa compétence, avec les choix gouvernementaux, les magistrats de la Cour, sous la férule de François Molins (procureur général près la Cour de cassation), s’érigent en juges des politiques publiques et s’essuient ostensiblement les pieds sur la séparation des pouvoirs. Il faut par ailleurs avoir l’hubris gonflée comme un zeppelin pour perquisitionner, comme ils le firent en octobre 2020, en pleine deuxième vague du Covid, les domiciles  d’Agnès Buzyn, d’Olivier Véran et d’Édouard Philippe , qui avaient mieux à faire. Comment gouverner dans la crainte de voir son nom affiché sur un nouveau « mur des cons » et de devoir rendre des comptes à ces redresseurs de torts autoproclamés ? La lâcheté et la volonté de couvrir ses arrières, qui sont déjà des réflexes répandus, risquent de devenir une règle absolue. À ce rythme, il faudra songer à graver sur le frontispice des ministères cette formule de Jules Renard : « N’écoutant que son courage, qui ne lui disait rien, il se garda d’intervenir. » §

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