MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «Le pouvoir claquemuré attise les tensions»

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Par Ivan Rioufol. 16 septembre 2021. LE FIGARO

CHRONIQUE – Cette recherche de responsables, à l’instar de la mise en examen de l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est le résultat d’une démocratie confisquée par une oligarchie claquemurée.

La France silencieuse étouffe. Elle manque d’air. Or le pouvoir se comporte comme s’il ne voulait entendre que son unique voix, reprise par un Parlement docile, des médias conciliants, de hautes juridictions accommodantes. Ce monde clos s’indigne, cette semaine, de la mise en examen, le 10 septembre, de l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, par la Cour de justice de la République (CJR), dans le cadre de sa gestion de l’épidémie du Covid-19. Ceux qui se pincent le nez devant les contestations de rues s’éventent pareillement devant ces recours «populistes», forcément obscurantistes et nauséabonds. Il est loisible, en effet, de regretter cette judiciarisation de la vie politique. Toutefois, cette recherche de responsables, qui pourrait viser demain d’autres acteurs, est le résultat d’une démocratie confisquée par une oligarchie claquemurée. Encore heureux que la CJR ne se referme pas à son tour.

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C’est parce que les contre-pouvoirs s’estompent que de telles mises en cause judiciaires se produisent. Dans la crise sanitaire, l’État a imposé ses certitudes en récusant des alternatives. L’absence de débats approfondis, l’instrumentalisation de la peur, la diabolisation des opposants ont conduit à de possibles scandales. Ce n’est pas la politique suivie par Buzyn qui lui est reprochée. Ce jugement appartient aux électeurs. En revanche, il n’y a rien de choquant à ce qu’elle réponde de possibles fautes pénales pour «mise en danger de la vie d’autrui» et «abstention de combattre un sinistre», ces motifs retenus par les juges d’instruction qui l’ont entendue durant neuf heures. Il ne serait pas immoral que d’autres dirigeants s’expliquent sur leurs décisions d’interdire des soins, proposés par des médecins, ou d’isoler des mourants dans les Ehpad.

La suspicion qui pèse sur la classe politique peut être vue comme odieuse, décourageante pour les meilleures volontés. Il est vrai que beaucoup d’élus dévoués à leurs électeurs méritent l’admiration plutôt que l’opprobre. Mais la suffisance des parvenus de la macronie rend cette caste exaspérante pour beaucoup. La brutalité qu’exercent les actuels dirigeants contre ceux qui leur tiennent tête explique ces tensions judiciaires. «La violence engendre la violence» (Eschyle).

Le choix du gouvernement de se raidir à mesure que l’échéance présidentielle approche est une stratégie assumée

La majorité n’est d’ailleurs pas la mieux placée pour dénoncer une intrusion des juges dans la vie politique et un viol de la séparation des pouvoirs. En 2017, le candidat Emmanuel Macron n’avait rien dit de la prise en otage du processus électoral par le parquet national financier, lancé aux trousses de François Fillon. «Il n’y a jamais de bonne raison pour que la justice ne soit pas rendue», avait-il déclaré. L’argument pourrait lui être renvoyé.

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Le choix du gouvernement de se raidir à mesure que l’échéance présidentielle approche est une stratégie assumée. La conflictualité est la marque intime du chef de l’État, du moins quand il estime être en position dominante. «Tiens bon! On les aura ces connards!», aurait-il envoyé comme message SMS à son ministre Olivier Véran en début d’année, selon Le Point. On chercherait en vain l’apaisement, dont Macron se réclame, dans la manière dont il veut briser les ultimes réticences du personnel de santé à se faire vacciner. Ceux qui, parmi ces professionnels, relèvent les nombreux effets secondaires des vaccins génétiques sont invités au silence ou à changer de métier. Faire taire est, plus généralement, l’obsession d’un pouvoir en dérive autoritariste. Quand le ministre Sébastien Lecornu pointe la «déshérence de la pensée» des Républicains, il oublie de regarder l’état de son camp retranché.

Atmosphère malsaine

L’atmosphère est malsaine, c’est une évidence. Mais la responsabilité n’est pas chez ceux qui saisissent les juges, faute d’autres recours. Ces tensions persisteront tant qu’une partie de la société subira l’étau de l’État. «Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue», a prévenu Victor Hugo. L’idée qui s’installe dans l’opinion est celle d’une urgence à défendre la nation fragile, délaissée par des «élites» déracinées. La France épuisée est à deux doigts de se dissoudre irrémédiablement dans le monde ouvert et indifférencié que défendent les «progressistes» dont Macron se réclame.

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Un sentiment de légitime défense se perçoit chez ceux qui manifestent chaque samedi, dans une colère contenue. L’ex-commissaire européen Michel Barnier, négociateur du Brexit, vient d’ailleurs d’effectuer, à Nîmes le 9 septembre, un tête-à-queue souverainiste qui a le mérite de répondre à cette angoisse étouffée. Sur la question des migrations, le candidat (LR) à la présidentielle a dit: «Il faut retrouver notre souveraineté juridique et ne plus être menacé en permanence d’un arrêt ou d’une condamnation de la Cour de justice européenne ou de la Convention des droits de l’homme, ou d’une interprétation de notre propre institution judiciaire. » Il prône un moratoire de 3 à 5 ans pour geler l’immigration.

Le risque pour la droite en mal d’unité serait de se déchirer un peu plus entre faux ennemis

La décision discrétionnaire du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) contre Éric Zemmour, forcé de suspendre depuis lundi ses chroniques sur CNews, est une autre illustration du mépris que porte le Système aux libertés. Leur défense sera d’ailleurs le thème opportun de la campagne de Marine Le Pen. Zemmour, considéré par le CSA comme présumé candidat hors période électorale, est désormais poussé dans l’arène politique et sa course aux signatures de parrainages. Saura-t-il devenir le porte-parole de la France maltraitée, comme il semble en avoir l’ambition? «Depuis qu’il y a une rumeur de ma candidature, tout le monde se met à parler comme moi», a-t-il lancé, mardi, sur RTL. En réalité, l’éditorialiste reprend pour l’essentiel ce que furent les grandes lignes du programme du RPR des années 1990: fermeture des frontières, suspension de l’immigration, préférence nationale, incompatibilité ente l’islam et nos lois, etc. Ses alertes sur le changement de peuple et de civilisation sont aussi celles, moins audibles, de Renaud Camus. Mais le risque pour la droite en mal d’unité serait de se déchirer un peu plus entre faux ennemis.

Sauver la France

Une de Libération, ce jeudi: un Macron souriant, récoltant le jackpot de 50 millions de vaccinés. Ce même jour, un sondage CSA pour CNews rappelle que 62% des Français voient la France en déclin (chiffre en baisse néanmoins). Mais que font les politiques pour sauver la France?

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