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Marseille face à la bombe démographique

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SOCIÉTÉ 

Sous les trafics de drogue et les règlements de comptes à la une de l’actualité, la cité phocéenne poursuit sa mutation démographique via l’immigration. De quoi nourrir la montée du communautarisme et poser la question de son identité future. 

Par  Thomas Nasri. Publié le 17 septembre 2021 VALEURS ACTUELLES

« Venez sur le Vieux-Port désormais, et vous ne verrez plus qu’un mélange du bled et de Bamako », lance un témoin local. ©ANDREA SABBADINI/ALAMY STOCK PHOTOPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

C’est un sujet qu’elle aurait préféré ne pas avoir à aborder. En verve pour dénoncer l’abandon de l’État ou l’échec de ses prédécesseurs, la municipalité marseillaise se met sur la défensive et pèse chaque mot. « Le nombre de musulmans à Marseille ? Je préfère ne pas voir les gens en fonction de leur religion », nous répond Sébastien Barles, adjoint écologiste du maire Benoît Payan. « Je me demande où vous avez eu vos chiff res, je n’ai jamais entendu cela », s’exclame quant à lui Patrick Mennucci, pourtant fi gure historique du Parti socialiste dans la cité phocéenne.

Le sujet est sensible et les témoins de gauche aussi fuyants qu’à l’évocation du nombre de clandestins en Seine-Saint-Denis. Tant que la réalité fl oue, elle ne fait pas peur. Tant qu’elle est non dite, elle n’existe pas. En février dernier, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, ne bronche pas lorsqu’un journaliste de la Provence mentionne 300 000 musulmans à Marseille, soit plus d’un tiers de la population. Le nombre avait déjà été confi é par la mairie de Jean-Claude Gaudin au journal 20 Minutes en 2018. Puis évoqué par Abderrahmane Ghoul, viceprésident du conseil régional du culte musulman (CRCM) de Paca, en 2020. Avant eux, l’Open Society Foundation de George Soros, soutien fi nancier de l’immigration dans les pays occidentaux, assurait dès 2011, à l’appui d’études, « qu’entre 30 et 40 % de la population de Marseille est musulmane ».

Si la réalité des chiff res est parfois assumée, c’est pour déplorer dans la foulée le manque de mosquées à disposition dans la ville. Malgré les 72 lieux de culte répertoriés en 2018 et l’inauguration d’une mosquée flambant neuve de 2 500 mètres carrés dans le IIe arrondissement, « on est souvent obligé de refuser du monde, on déborde », témoigne Nordine Ghelamallah, trésorier de l’Association cultuelle islamique de Marseille. En 2016, une synagogue désertée par les juifs est rachetée par des musulmans, rue Saint- Dominique. Mais le projet de bâtir la plus grande mosquée de France, avec 7 000 places, reste au point mort. « On a donné plein de raisons à cela, mais la vérité c’est que les musulmans ne s’entendent pas entre eux », nous explique la sénatrice LR Valérie Boyer. « Chacun veut sa propre mosquée, selon sa communauté d’origine, que ce soit les Comoriens, les Maghrébins ou ceux d’Afrique de l’Ouest. »

La tentation clientéliste

En 2018, l’élue des Républicains est toutefois pointée du doigt pour avoir inauguré la mosquée salafi ste des Caillols, installée dans un local municipal. « La droite et la gauche font en sorte de se partager le gâteau électoral musulman », nous lance le sénateur RN Stéphane Ravier. « Samia Ghali, côté socialiste, comme Nora Preziosi pour Muselier, se pressent au parc Chanot lors de la rencontre annuelle organisée par les Frères musulmans. On y conclut ses interventions par “inch’Allah”. » Dénonçant régulièrement les prières de rue à Marseille, l’élu du Rassemblement national constate la mise en place « d’une nouvelle norme, qui ne scandalise pas la presse locale. J’ai l’impression de prêcher dans le désert ».

Un sentiment longtemps partagé par le professeur Jean-Paul Brighelli, qui a enseigné douze ans au lycée Thiers, dans le Ier arrondissement. « En confortant ces populations dans leurs superstitions, en choisissant “l’écoute de la diff érence” plutôt que la transmission des connaissances,on ne fait jamais qu’aggraver la situation. » Et l’agrégé d’évoquer des sujets devenus impossibles à traiter en classe, comme Darwin, ou des fi lles obligées de se voiler en sortant des établissements, face à la pression communautaire. Dans le XIIIe arrondissement, un proviseur de collège témoigne d’élèves voilées du jour au lendemain puis refusant les cours de piscine, après avoir été « reprises en main par un cousin débarqué du Maghreb ». Face à cela, « silence radio et zéro soutien de la part du rectorat », afi n de ne pas faire de vagues.

Devant une situation toujours plus tendue à Marseille, Jean-Paul Brighelli nous confi e être tenté par la solution de Manuel Valls, appelant à « tout raser et reprendre de zéro » dans les quartiers. « Il faudrait délocaliser les écoles, les emmener loin et démultiplier les internats d’excellence pour que les élèves ne restent pas dans leur jus religieux permanent. » Pour Stéphane Ravier, il reste possible de changer les choses si l’État se décide à appliquer la loi. « Quand j’étais maire de secteur, j’ai découvert que le seul vrai pouvoir à cette échelle est l’état civil. En un trimestre, nous avons divisé par dix les certifi cats d’hébergement accordés aux personnes arrivant en France. On n’a pas eu pour autant de manifestations ni de menaces contre nous. Il faut être ferme et abandonner le clientélisme. »

Les Français “émigrés de l’intérieur”

Le retour de l’autorité de l’État est évoqué à chaque témoignage, au-delà des clivages partisans. « C’est important pour les familles musulmanes aussi », précise David Galtier, viceprésident LR à la métropole Aix- Marseille-Provence. « Pour faire fonctionner le creuset républicain, il ne faut pas que la majorité pacifi que dans les quartiers vive sous la menace de la minorité violente. » Si le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, semble découvrir en ce mois d’août « la terreur qui s’installe dans des quartiers », les habitants appellent au secours depuis longtemps. En 2013, Marie, médecin, raconte au Point sa lutte pour « rester en vie » dans le quartier maghrébin de la Belle-de- Mai, où elle a été menacée et séquestrée par une dizaine de personnes afi n « d’établir un certifi cat de virginité pour l’une de leurs fi lles ».

Les attaques spécifi ques contre les personnes juives sont elles aussi récurrentes. En novembre 2015, un enseignant d’une école confessionnelle du XIIIe arrondissement est poignardé en plein cours par trois individus suivant le modèle de Mohammed Merah, dont ils brandissent une photo. Deux mois plus tard, un lycéen tente d’assassiner un professeur juif, « au nom d’Allah », après l’avoir reconnu dans la rue portant une kippa. Marqué, l’enseignant évite dès lors de porter sa kippa dans l’espace public, à moins de se sentir « en sécurité ». Quatre mois plus tard, un islamiste est interpellé avant d’attaquer la grande synagogue de Marseille, où il souhaitait « découper vos enfants » à coups de couteau, car « le Coran dit qu’il faut vous tuer »

Un défi lé de violences qui pousse de plus en plus de Marseillais à vivre en « émigrés de l’intérieur », confi e Stéphane Ravier, qui évoque des habitants déménageant jusque dans l’Ardèche ou le Puy-de-Dôme alors qu’ils étaient installés à Marseille depuis de nombreuses générations. « Ils sont numériquement remplacés par ceux qui arrivent sans fi n via l’immigration, pour l’essentiel de pays musulmans. » Dès 2009, Mohammed est ainsi le prénom le plus donné parmi les nouveaunés de la cité phocéenne. Onze ans plus tard, l’organisme France Stratégie, s’appuyant sur l’Insee, révèle l’explosion de la part de la population d’origine extraeuropéenne chez les 0-18 ans, à Marseille comme dans les autres villes françaises.

« Venez sur le Vieux-Port désormais, et vous ne verrez plus qu’un mélange du bled et de Bamako », lance un témoin local. « À force de laisser faire, la ville perd peu à peu toutes ses racines provençales, chrétiennes et françaises. » Alors que la Canebière est aff ublée du surnom de “Kebab Avenue”, les regards se tournent vers la prochaine élection présidentielle, comme dans l’espoir d’une dernière chance de renverser la vapeur. « C’est à l’échelle nationale que la politique migratoire se décide », rappelle Valérie Boyer. « Emmanuel Macron était venu en 2017 à Marseille pour étaler sa vision communautaire du peuple français. Il vient de revenir pour signifi er son échec. L’an prochain, chacun aura l’occasion de dire stop. »

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