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Mathieu Bock-Côté: «L’amour au “Wokistan”»

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Par Mathieu Bock-CôtéPublié hier à 20:03, mis à jour hier à 20:03

CHRONIQUE – Le mâle blanc hétérosexuel est le paillasson théorique de notre temps. C’est sur sa dépouille que doit se construire l’avenir radieux.

Un ouvrage bénéficie en ce moment d’un traitement médiatique exceptionnel dans la presse de gauche: Réinventer l’amour, de Mona Chollet. Il prétend décrypter l’emprise du patriarcat sur l’amour hétérosexuel, qui serait structuré à la manière d’un système d’exploitation généralisé des femmes. Pour reprendre une formule de Chollet qui a frappé l’imagination de Libération«le modèle actuel de l’amour hétéro ne fonctionne que lorsque les femmes ferment leur gueule».À découvrir

La formule se veut définitive. Elle est quelque peu caricaturale, et semble oublier que dans les couples ordinaires, chacun à son tour peut en venir à «fermer sa gueule». Mais cette subtilité lui échappe. Il faudrait donc, nous dit Chollet, réinventer l’amour hétérosexuel, pour déconstruire les processus de socialisation poussant les hommes à soumettre leur compagne et ces dernières, à se soumettre, les premiers désinvestissant le couple, les secondes étant hypnotisées par l’idéal du cocon conjugal. Voyons-y une lecture paranoïaque des rapports intimes.

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ÀL’Obs, Chollet a confessé voir «déjà quelques réactions négatives» car elle «ne condamne pas d’office l’hétérosexualité». Elle serait trop modérée en ne le congédiant pas une fois pour toutes. Qu’elle sente le besoin de tenir compte de cette critique est révélateur de l’environnement idéologique où elle évolue. L’heure semble donc venue d’une guerre ouverte contre l’hétérosexualité, dernier bastion de la réaction. Imagine-t-on un seul instant le sort qu’on réserverait à un intellectuel abordant ainsi l’homosexualité?

La socialisation des hommes ordinaires les transformerait en monstres. C’est seulement en s’arrachant à leur masculinité toxique qu’ils pourraient engager des rapports amoureux légitimes et des partenaires égalitaires

On pourrait reformuler le tout: Mona Chollet nous propose de penser l’amour au «Wokistan». Le mâle blanc hétérosexuel est le paillasson théorique de notre temps. C’est sur sa dépouille que doit se construire l’avenir radieux. Ainsi, Chollet affirme qu’il faut voir dans ceux qu’on appelle les «pervers narcissiques» les «enfants sains du patriarcat». Autrement dit, la socialisation des hommes ordinaires les transformerait en monstres. C’est seulement en s’arrachant à leur masculinité toxique qu’ils pourraient engager des rapports amoureux légitimes et des partenaires égalitaires.

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Mais que faire du désir entre les sexes? N’est-il pas naturel, même si sa symbolisation varie d’une culture à l’autre? Que nenni. Il ne serait qu’une mystification vouée à légitimer un rapport de domination patriarcal. Les mystères de l’amour, la difficulté qu’ont les hommes et les femmes à se comprendre, ou du moins, à se comprendre totalement, ne seraient pas inextricablement liées à l’humaine condition, mais à un système de production des rapports amoureux consacrant l’emprise d’un sexe sur l’autre. Encore une fois, la déconstruction devient l’horizon indépassable de l’intelligence.

«Emprise»

On sait l’importance, pour le néoféminisme, de la référence à «l’emprise», apparentée à la «culture du viol». Jusqu’à tout récemment, «l’emprise» était l’autre nom du rapport amoureux. Un homme hypnotisé par une femme qu’il désire est sous «emprise», et celle qui est dans la même situation peut dire la même chose. Il n’y a pas, et ne peut pas avoir de pureté du désir, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de sincérité de l’amour. Celui qui saurait exactement pourquoi il désire une femme ne la désirerait probablement plus. L’inverse est aussi vrai. La transparence absolue des sentiments annonce leur inévitable assèchement.

Pour le néoféminisme, le monde est un rapport de domination, et n’est finalement que cela. La littérature, qui témoigne d’un autre monde, où la vie se dérobe au concept, comme l’écrit Finkielkraut, est rabotée, ses personnages iconiques renversés, et Emma Bovary, sacrifiée

Mais le fantasme californien d’une contractualisation des rapports amoureux s’installe. Les tourments de l’âme s’y retrouvent bien peu. On entre là au cœur de la radicalité du néoféminisme, qui entend tout politiser. Pour le néoféminisme, le monde est un rapport de domination, et n’est finalement que cela. La littérature, qui témoigne d’un autre monde, où la vie se dérobe au concept, comme l’écrit Finkielkraut, est rabotée, ses personnages iconiques renversés, et Emma Bovary, sacrifiée.

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Il faut redéfinir jusqu’aux codes de la sexualité. Dans le dossier de Libération consacré au patriarcat à la lumière de Chollet, une jeune femme explique ainsi son désir de «laisser derrière elle une vision phallocentrée de la sexualité». Pour la citer très exactement, «souvent, on couche ensemble sans pénétration». Des hommes engagés dans une démarche autocritique se rallient à cette proposition nouvelle, convaincus d’œuvrer à la déconstruction de rapports viciés entre les sexes. La révolution féministe culpabilise les amants qui s’unissent sans idéologiser leurs pirouettes nocturnes ou d’après-midi

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