MEMORABILIA

Faits & Gestes. Ivan Rioufol;

 
  
 Voici quelques-unes de mes notes, non publiées, de cette semaine.
Ivan Rioufol. LE FIGARO

Lundi 13 septembre : Sonné, mon Zemmour. Le voici contraint, sous la pression du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), d’abandonner sa collaboration à CNews. Sonné, mon ami, mais pas KO. Loin de là. Eric était devenu, avec son érudite présence quotidienne et son esprit vif argent, l’élément moteur des audiences de la chaîne de Vincent Bolloré. Le moins que l’on puisse dire est que le CSA n’a pas fait dans la dentelle pour faire taire, à coups de gourdin, le gêneur : un charmant compère avec qui j’ai longtemps partagé, avec deux autres excellents confrères, un même bureau excentré, au premier étage du Figaro. «Qui vous dit que je n’ai pas de destin ?», répond-il ce matin à Pascal Praud, qui l’a invité en tête-à-tête à son émission sur CNews. Après avoir longtemps observé de très près le monde politique, ses conformismes et ses faiblesses, Zemmour s’apprête à passer le Rubicon, poussé par la brutalité du CSA. Personnage apparemment affable, mais ambitieux et secret, cela fait longtemps qu’il s’est persuadé d’avoir raison. Se rêvait-il président de la République quand il travaillait parmi nous, dans un silence monacal parfois troublé par quelques blagues de potaches lancées par l’un ou l’autre ? Je ne l’ai jamais pressenti. Nous aurait-il avoué son objectif, que nous l’aurions moqué en lui suggérant d’atterrir. Pour autant, je ne suis qu’à demi surpris par cette soudaine révélation d’un destin à accomplir, avant qu’il ne soit trop tard. La suite est à écrire. J’ai souvent à l’esprit cette réflexion de Chateaubriand : « Le ciel fait rarement naître ensemble l’homme qui veut et l’homme qui peut».

Mardi 14 septembre : Depuis quarante ans, la France immobile radote et régresse. J’entends, ce matin, Emmanuel Macron, qui vient redire devant les policiers, après tant d’autres, que la sécurité est la première des libertés. Jean-Marie Le Pen affirmait la même chose dans les années 80. Je me souviens des critiques portées par la gauche à la loi «sécurité et liberté» défendue, à la fin du septennat de Valéry Giscard d’Estaing de 1981, par son ministre de la Justice, Alain Peyrefitte. « Loi liberticide !», hurlaient les socialistes de l’époque. Eric Zemmour ne se cache pas de reprendre le programme du RPR des années 1990, anti-immigration et anti-islam. Même l’art contemporain tourne en rond. Il recycle ses vieilles recettes avec l’emballage de l’Arc de Triomphe, à Paris, en hommage à Christo. Mais quel est l’intérêt artistique de refaire la performance de l’emballage du Pont Neuf, qui date de 1985 ? La paresse intellectuelle, qui dit avoir horreur de la nostalgie, ne produit plus rien. Quoi de neuf ? Tout est vieux.

Mercredi 15 septembre : Tant que les politiques n’assumeront pas un discours de vérité et de modestie, ils ne seront pas crédibles. Ce matin, sur RTL, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, l’affirme : «La délinquance, elle baisse». Il dit aussi : «Nous apportons des coups définitifs dans la lutte contre la drogue». À quoi bon ces forfanteries, quand les violences aux personnes ne cessent d’augmenter, tout comme les homicides, et que la drogue envahit tout. La ville de Rezé (Loire-Atlantique) a fait passer le 13 septembre un message, sur recommandation de la police, demandant à ses citoyens de ne plus porter de bijoux en or «de façon visible» dans la rue pour faire face à la hausse des vols à l’arraché dans cette commune jadis tranquille, proche de Nantes. Bientôt, faudra-t-il également conseiller aux femmes de renoncer aux jupes courtes ou aux décolletés, pour ne plus être importunées ? Dans certains quartiers «sensibles», c’est déjà malheureusement ce qu’elles font. 

Jeudi 16 septembre : Alain Finkielkraut, sur Europe 1. Il dit : «Je ne pourrais plus vivre dans le Xe», l’arrondissement de Paris où il a passé son enfance. Il poursuit : «Il y a beaucoup de lieux où je ne pourrais plus être». Il donne aussi comme exemples Roubaix, Manosque, Tarascon, etc. Citant José Ortega y Gasset, il réclame «le droit à la continuité historique», c’est-à-dire le droit pour un peuple construisant son avenir de se rattacher à ses racines, à ses morts, à sa mémoire collective. Le philosophe dénonce le «nouveau féminisme» et l’«antiracisme idéologique», qui sont selon lui à la source des déconstructions de la civilisation occidentale, laissée aux mains revanchardes des minorités sexuelles, ethniques ou religieuses. On comprend en creux qu’il déplore aussi un basculement identitaire, civilisationnel, accentué par une immigration de masse. On devine que Finkielkraut pointe aussi le nouvel antisémitisme porté par une contre-société éduquée culturellement dans la haine du Juif. Bref, Finkielkraut pointe les dangers d’un « progressisme » qui est en train d’effacer les traces du génie français.
Il n’ose cependant, par vieille coquetterie idéologique, se dire «réactionnaire». Il a tort. Régis Debray se proclame, lui : «réactionnaire de progrès». C’est bien d’une réaction de survie que la France a besoin, de toute urgence. NB : Je rassure «Finky». Le Xe arrondissement reste tout de même, en grande partie, très vivable. J’y habite depuis trente ans. 

Vendredi 17 septembre : Rencontre avec Didier Lemaire, sur le plateau de L’Heure des pros (CNews). Le prof de philo de Trappes, qui s’est fait connaître pour avoir dénoncé l’emprise islamiste sur cette ville, vient présenter son livre : Lettre d’un hussard de la République. Je lui dis toute l’admiration que j’éprouve pour son combat. Cet homme aux cheveux longs respire la sincérité tranquille et déterminée. Il rappelle que depuis la décapitation de son collègue Samuel Paty, huit autres professeurs ont été menacés de mort. Lui-même a dû quitter son lycée. Il est actuellement sans affectation. Il décrit les «deux mondes séparés» qui cohabitent plus ou moins bien, à Trappes comme ailleurs dans d’autres villes soumises à l’influence de l’islam politique. Il se dit pessimiste pour l’avenir. «Où sont les actes ?», questionne-t-il à l’adresse des hommes politiques. Le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, n’a pas jugé bon de le rencontrer personnellement.
La lâcheté des dirigeants est révoltante.

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