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Crise des sous-marins : et si l’Australie avait fait le bon choix ?

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ÉDITO. La confrontation avec la Chine surdétermine la politique mondiale de Washington. Les dirigeants français en perdent leur sang-froid.

Le sous-marin francais a propulsion nucleaire de classe Suffren, dont le constructeur Naval Group devait vendre 12 exemplaires a l'Australie dans une version a propulsion diesel-electrique.
Le sous-marin français à propulsion nucléaire de classe Suffren, dont le constructeur Naval Group devait vendre 12 exemplaires à l’Australie dans une version à propulsion diesel-électrique.© NICOLAS TUCAT / AFP

Par Luc de Barochez. Publié le 21/09/2021 LE POINT

Avec l’annulation de la vente de 12 sous-marins à l’Australie, la France vient de subir de plein fouet l’effet du « pivot » américain vers l’Asie. Devant le parlement australien, le président Barack Obama expliquait, le 17 novembre 2011, que les États-Unis allaient « tourner leur attention vers le vaste potentiel de la région Asie Pacifique ». L’avenir se jouait là-bas ; Washington était déterminé à en être l’acteur principal, pour éviter que la Chine soit le futur et l’Amérique le passé.

Comme en matière de tectonique des plaques, les bouleversements géopolitiques tardent à déclencher des tremblements de terre. Dix ans après le discours de Canberra, nous y sommes. Le « pivot » poursuivi par Donald Trump, puis par Joe Biden, sous-tend la décision des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Australie de créer un front de résistance à la Chine baptisé « AUKUS ». Accaparée par son grand basculement stratégique, l’Amérique néglige l’Europe et le Moyen-Orient – on vient de le voir en Afghanistan – pour mieux concentrer ses efforts sur le défi chinois.

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L’Australie est au cœur de ce nouveau chaudron des tensions mondiales, pas seulement du fait de sa position géographique. Elle incarne le dilemme occidental envers Pékin : comment continuer à commercer avec un pays qui exige de ses partenaires la soumission politique ? Elle réalise plus du tiers de ses échanges avec la Chine. Mais depuis qu’elle a exclu en 2018 Huawei de son réseau 5G et qu’elle a réclamé en 2020 une enquête indépendante sur l’origine du Covid-19, Pékin lui a imposé des représailles, avec des droits de douane punitifs. Elle se sent, à bon droit, menacée.

Le maillon faible

Le pacte tripartite qu’elle a conclu avec Washington et Londres a un sens. D’autant qu’il ne concerne pas que les sous-marins mais aussi la cybersécurité, l’intelligence artificielle, les ordinateurs quantiques… Vu de l’île-continent, les États-Unis offrent, contre la Chine, une garantie de sécurité plus rassurante que celle de la France. Le sous-marin à propulsion nucléaire proposé par Washington est plus furtif, ses missiles de croisière Tomahawk sont plus dissuasifs que le matériel français. La frustration et la colère des dirigeants parisiens après la volte-face de Canberra sont justifiées. Mais il est compréhensible aussi que l’Australie veuille doter sa marine de guerre des meilleurs équipements, que les États-Unis entendent regagner le terrain abandonné à la Chine et que le Royaume-Uni montre que son influence reste forte en dépit du Brexit.

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Si la France a été rejetée, c’est qu’elle a été vue comme un maillon faible – en tout cas plus faible que l’alternative américano-britannique – et que son positionnement face à la Chine a paru trop complaisant. Sur le papier, pourtant, elle serait le partenaire idéal de l’AUKUS. Elle est le seul pays européen à être un acteur de l’Indo-Pacifique, grâce à ses possessions territoriales (Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Réunion, etc.) qui abritent 1,6 million de citoyens français. Elle y déploie une présence militaire permanente et sa zone économique maritime, avec 9 millions de kilomètres carrés est considérable. Elle a noué de longue date des partenariats avec le Japon, l’Inde ou l’Australie.

Le revers cinglant qu’elle vient d’essuyer a porté atteinte à son prestige. Il ne remet cependant pas en cause la stratégie. Le centre de gravité du monde se déplace vers l’Indo-Pacifique, cette affaire vient encore de le confirmer. La France a de solides arguments pour diriger le nécessaire « pivot » de l’Union européenne vers cette région qui produit déjà la moitié des richesses mondiales. Elle ne doit pas laisser la blessure d’amour-propre brouiller son jugement. Mais d’avoir surjoué l’outrage n’aidera pas à convaincre nos partenaires. Car comme le dit l’adage, une fois qu’on a grimpé à l’arbre, le plus difficile est d’en redescendre.

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