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« Combattre Zemmour », la nouvelle obsession de LR

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COULISSES. Inquiets de l’ascension du polémiste dans les sondages, les barons républicains ont consacré leurs réunions mardi à une question : comment le contrer ?

Eric Zemmour talonne Xavier Bertrand dans les sondages.
Éric Zemmour talonne Xavier Bertrand dans les sondages.© JEAN-FRANAOIS ROLLINGER / ONLY FRANCE / Only France via AFP

Par Nathalie Schuck Publié le 28/09/2021 LE POINT

« Vous êtes au courant du sondage qui donne Éric Zemmour à 13 %, Xavier Bertrand à 14 % et Marine Le Pen à 16 % ? » s’enquérait ce lundi soir un cadre des Républicains, peu avant la publication d’une enquête de l’institut Harris Interactive donnant le polémiste de nouveau en progression au premier tour de la présidentielle et talonnant le possible candidat de LR. Au point que la question a quasiment monopolisé ce mardi les réunions à huis clos du parti, dont les élus ont vivement débattu de la façon de « dégonfler la bulle », les uns préconisant de l’attaquer frontalement en le traitant de « raciste », de « pétainiste » et en le reléguant à l’extrême droite, au risque de le diaboliser, les autres prônant de l’affronter sur le terrain des valeurs en démontant sa rhétorique.

« On n’a parlé que de lui : trois quarts d’heure lors du comité stratégique et une heure lors de la réunion du groupe à l’Assemblée, avec un débat agité autour de la question « comment le combattre ? » », rapporte un participant. Tôt dans la matinée se tenait rue de Vaugirard (Paris 15e), siège parisien de LR, une réunion censée arbitrer les contours du congrès programmé le 4 décembre prochain pour désigner le champion du parti pour la présidentielle. Mais, à huis clos, le débat a rapidement tourné autour du cas Zemmour et des propos tenus ce lundi sur Public Sénat par le député européen François-Xavier Bellamy. L’ancienne tête de liste de LR aux européennes de mai 2019 a choqué en interne en regrettant qu’Éric Zemmour ne puisse pas participer à la compétition de son parti pour l’Élysée. Christian Jacob, président de LR, a de longue date fermé la porte à cette hypothèse, considérant que le polémiste ne partageait pas les valeurs de LR.

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« Zemmour est un pétainiste, on n’a rien à voir avec lui », s’est indigné, dans le secret de la réunion, le numéro trois des Républicains, le député du Lot Aurélien Pradié. « Il hait les musulmans ! » a renchéri la maire du 7e arrondissement de Paris, Rachida Dati, en rappelant que l’ex-chroniqueur de CNews l’avait elle-même prise pour cible. En septembre 2016, Éric Zemmour avait de fait jugé « scandaleux » que l’ex-garde des Sceaux ait donné à sa fille Zohra un « prénom musulman ». « Qu’il se fasse soigner ! C’est pathologique, non ? » avait-elle fermement riposté à l’époque, précisant qu’il s’agissait du prénom de sa propre mère, disparue. Candidat à la candidature de LR, le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti a pour sa part alerté contre une stratégie de riposte trop agressive, qui serait à ses yeux contre-productive : « Les attaques qui consistent à le traiter d’antisémite et de raciste sont très maladroites. Les Français regardent les problèmes qu’il soulève. » En petit comité, Nicolas Sarkozy ne dit pas autre chose quand il considère qu’il ne faut pas « diaboliser » Éric Zemmour, au risque de lui fournir du grain à moudre.

Zemmour fait le bon diagnostic, mais ses propositions sont monomaniaques.

La discussion, tout aussi vive, s’est poursuivie lors de la réunion hebdomadaire des députés LR à l’Assemblée. « Ce qu’a dit Bellamy, ce n’est pas possible, ça nous affaiblit tous ! » s’est emporté Damien Abad, président du groupe, tandis que Christian Jacob énumérait les différences qui séparent les Républicains de Zemmour sur la question de la laïcité. « Nous ne sommes pas dans le rejet d’une religion. Il est en permanence dans le constat et dans l’incantation. Le “grand remplacement” ne peut pas être le seul sujet de débat », a-t-il en substance exposé. « Zemmour fait le bon diagnostic, mais ses propositions sont monomaniaques », a constaté le député du Vaucluse Julien Aubert, classé à la droite de LR, en dressant le parallèle avec la stratégie utilisée des années durant par le Front national : « Il se nourrit de la victimisation, comme Marine Le Pen a pu le faire par le passé. » « C’est la méthode Trump, une provocation par jour ! » a souligné Éric Ciotti, inquiet de voir le débat public dévoré par l’hypothèse Zemmour à moins de sept mois de la présidentielle. Tandis que l’ancien ministre du Budget Éric Woerth accusait à son tour Zemmour de sombrer dans le « pétainisme » lorsqu’il défend le mythe dit « du glaive et du bouclier », battu en brèche par les historiens, selon lequel le maréchal Pétain aurait contribué à protéger les juifs français durant l’Occupation. « Zemmour est à la droite de Marine Le Pen, a poursuivi Woerth. Nous avons une digue avec Le Pen, nous devons en avoir une plus forte encore avec Zemmour. »

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En interne, certains responsables LR s’inquiètent que des personnalités du parti puissent rejoindre les rangs zemmouristes s’il poursuivait sa progression dans les sondages. Le polémiste, du reste, ne cache pas qu’il compte désormais s’attaquer à LR pour déstabiliser le parti de l’intérieur, comme Emmanuel Macron l’a fait en 2017 en débauchant les anciens Républicains Édouard Philippe, Gérald Darmanin ou Bruno Le Maire. Ce lundi soir, invité sur LCI, le polémiste a nommément cité Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau ou Nadine Morano parmi les figures de LR qui trouvent grâce à ses yeux. Selon nos informations, il a téléphoné à Laurent Wauquiez, après que celui-ci a publiquement annoncé qu’il renonçait à être candidat à la présidentielle, pour sonder ses intentions dans l’optique d’un éventuel ralliement. Ce à quoi l’ancien patron de LR aurait rétorqué, selon son entourage, qu’il resterait toujours fidèle à sa famille politique. « On se dit que ceux qui avaient du mal à l’idée de rejoindre Marine Le Pen auront peut-être moins de mal à rallier Zemmour s’il continue à grimper », redoute un cadre LR. Un haut responsable du parti frémit : « En 15 jours, le type a bouleversé toute la vie politique. L’hypothèse qu’il se qualifie au second tour n’est plus totalement absurde si le seuil de qualification est à 15 %. »

En interne, des voix s’élèvent chez Les Républicains pour critiquer la date choisie pour désigner le futur champion pour l’Élysée. Ce mardi, la direction du parti a entériné le fait que les militants encartés seraient consultés par vote électronique les 1er et 2 décembre pour le premier tour et les 3 et 4 décembre pour le second. Tard, trop tard, jugent des responsables du parti, dont des proches de Xavier Bertrand, qui redoutent qu’Éric Zemmour ne profite de ces deux mois pour prospérer en l’absence de candidat officiel à droite. « S’il y avait un candidat unique, ce serait mieux », a fait valoir en comité stratégique Aurélien Pradié, suscitant l’ire du président du Sénat, Gérard Larcher, vigilant à ce que nul ne cherche à enterrer le vote de départage du 4 décembre. Mezza voce, certains accusent les pro-Bertrand de chercher à escamoter ce scrutin interne en prenant prétexte de la pression qu’exercerait une candidature Zemmour sur la droite. Lors du comité stratégique, Christian Jacob l’a dit et répété : les militants seront bien consultés le 4 décembre. « Et pour la présidentielle, grince un cadre, Bertrand va aussi demander qu’il n’y ait pas de vote ? »

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