MEMORABILIA

L’Amérique veut contenir l’expansion chinoise dans le Pacifique

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Par Adrien Jaulmes 27 serptembre 2021. LE FIGARO

DÉCRYPTAGE – Avec Pékin, dit Joe Biden, il y aura «compétition quand elle est nécessaire, collaboration quand elle est possible, confrontation quand elle est inévitable».

La nouvelle guerre froide a commencé. Après la rupture fracassante de Donald Trump avec la Chine au début de l’année 2020, Joe Biden est en passe d’articuler en doctrine stratégique la rivalité croissante entre les deux grandes puissances.

Le nouveau président américain avait défini dès son entrée en fonction sa politique vis-à-vis de Pékin: «Une compétition quand elle est nécessaire, une collaboration quand elle est possible et une confrontation quand elle est inévitable.» Neuf mois plus tard, les relations entre Washington et Pékin se résument surtout à la troisième catégorie.

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Les tentatives pour apaiser les relations avec la Chine ont toutes échoué. Depuis les premiers contacts directs entre les représentants des deux diplomaties, à Anchorage au début du mandat de Joe Biden, quand les Chinois avaient fait publiquement la leçon aux Américains au mépris des règles protocolaires, jusqu’à la réception humiliante de l’envoyé spécial sur le climat John Kerry et d’autres hauts responsables américains à Pékin, la Chine n’a guère donné de signes de bonne volonté.

Début septembre, Biden a fini par téléphoner directement à Xi Jinping pour avoir «une grande discussion stratégique». Mais le président américain, qui se targuait de relations personnelles établies avec Xi lorsqu’il était vice-président, n’a pas réussi à obtenir un changement d’attitude de la part de son homologue chinois.

La semaine dernière, dans son discours à l’ONU, Biden a fait directement allusion à la rivalité entre les États-Unis et la Chine, en rappelant que «toutes les grandes puissances ont le devoir de gérer soigneusement leurs relations afin qu’elles ne basculent pas de la compétition vers le conflit». «Nous défendrons nos alliés et nos amis… et nous opposerons aux tentatives des pays plus forts de dominer les plus faibles», a prévenu le président américain, «mais nous ne cherchons pas une nouvelle guerre froide ou un monde divisé en blocs».

Biden tente de faire face à la Chine de façon plus multilatérale, en s’appuyant sur des alliances, là où son prédécesseur ne pouvait s’empêcher de faire cavalier seulHal Brands, professeur à l’École Johns-Hopkins d’études internationales (SAIS)

Le terme est pourtant adéquat. L’état des relations entre les deux grandes puissances présente de troublantes similitudes avec la fin de l’alliance avec l’URSS au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Cette nouvelle donne représente le plus grand bouleversement de la politique étrangère américaine depuis le voyage de Richard Nixon en Chine en 1972.

Dans tous les domaines – diplomatique, militaire, économique -, les États-Unis prennent leurs dispositions pour faire face à un adversaire tel qu’ils n’en ont jamais connu dans leur histoire. Entre quatre et cinq fois plus peuplée, géant économique aux ressources presque aussi importantes que les États-Unis, la Chine est potentiellement plus puissante que ne l’étaient l’Union Soviétique, l’Allemagne nazie ou le Japon impérial.

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«Il existe à Washington depuis deux ou trois ans un consensus sur le fait que la Chine représente la principale menace pour les États-Unis», explique Hal Brands, professeur à l’École Johns-Hopkins d’études internationales (SAIS). «Ce qui a changé depuis l’entrée en fonction de Biden est surtout l’analyse sur l’origine de cette rivalité. Pour la nouvelle Administration, la confrontation avec la Chine est largement idéologique, entre démocratie et autoritarisme. Trump ne voyait pas les choses de la même façon et était plus focalisé sur la rivalité commerciale. Une autre différence est que Biden tente de faire face à la Chine de façon plus multilatérale, en s’appuyant sur des alliances, là où son prédécesseur ne pouvait s’empêcher de faire cavalier seul.»

Rappelant la doctrine de l’endiguement annoncée par Truman en 1947, l’Administration américaine a entrepris de bâtir un nouveau système d’alliances destinées à contrer les ambitions chinoises. Au cours des dernières semaines, l’annonce surprise de la création de l’Aukus, une nouvelle triple alliance anglophone dans le Pacifique et l’océan Indien, qui voit l’Australie se rapprocher de Washington, pour sa défense, et la réunion physique des membres du Quad, autre nouvelle entente, quadripartite, entre les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie, confirment la nouvelle priorité stratégique américaine.

L’état de surveillance chinois et sa politique d’agression indirecte, via le piratage informatique, la propagande, la désinformation, la corruption des élites étrangères et les tactiques subversives du front uni, représentent une menace majeure pour les sociétés démocratiquesJosh Eisenman, professeur à l’École Keough des Affaires internationales de l’Université de Notre Dame

«La doctrine de Biden est surtout déterminée par l’attitude de la Chine», explique Josh Eisenman, professeur à l’École Keough des Affaires internationales de l’Université de Notre Dame. «Elle consiste essentiellement à tenter de limiter les dégâts. Et c’est sans doute la meilleure politique pour l’instant car, malheureusement, il n’y a pas d’autre alternative viable dans le climat actuel des relations bilatérales. Il faut être deux pour un tango, et Pékin ne veut pas danser.»

La course aux armements, notamment navals, entre les deux puissances et la question de Taïwan font de l’océan Indien et du Pacifique occidental une nouvelle zone de tension internationale. «Il existe un danger réel de voir cette rivalité se transformer en un affrontement militaire», analyse Hal Brands. «Pékin a été très clair sur ses intentions de réunifier Taïwan, et il n’est pas certain que Xi exclue totalement d’utiliser la force».

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Prenant le contre-pied d’une théorie popularisée sous le nom de «piège de Thucydide», qui compare un peu curieusement l’essor de la puissance maritime athénienne au Ve siècle av. J.-C. avec celui de la Marine chinoise au début du XXIe, Brands voit plutôt l’incapacité de la Chine à remplacer les États-Unis comme première puissance mondiale comme le principal danger. «Les puissances révisionnistes, comme l’Allemagne impériale avant la Première Guerre mondiale, deviennent particulièrement dangereuses quand elles voient la croissance de leur puissance se ralentir. C’est ce qui est en train de se passer avec la Chine, et c’est ce qui rend les prochaines années particulièrement périlleuses.»

Les arguments existent aussi pour relativiser ce risque. «La menace d’un conflit armé entre la Chine et les États-Unis n’est probablement pas aussi élevée que la bellicosité de Pékin pourrait le laisser penser», tempère Josh Eisenman. «La dernière guerre livrée par la Chine, contre le Vietnam en 1979, était dans le cadre d’une lutte au sein du Parti communiste chinois, quand Deng Xiaoping cherchait à affirmer son pouvoir sur l’armée chinoise. Aujourd’hui, le risque politique est trop grand pour que Xi Jinping s’engage dans un conflit majeur avec les États-Unis et leurs dizaines d’alliés. Lui et son clan semblent avoir une maîtrise totale du pouvoir à Pékin et tous les outils de l’autoritarisme numérique entre leurs mains: il a tout à perdre dans un conflit imprévisible avec le reste du monde.»

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Mais la nouvelle agressivité chinoise ne se limite pas à son environnement géographique immédiat, à Taïwan ou en mer de Chine, ou à la répression politique intérieure. «Si le risque d’un conflit armé n’est pas aussi élevé qu’il est parfois présenté», dit Eisenman, «l’état de surveillance chinois et sa politique d’agression indirecte, via le piratage informatique, la propagande, la désinformation, la corruption des élites étrangères et les tactiques subversives du front uni, représentent une menace majeure pour les sociétés démocratiques. La Chine représente un défi d’autant plus grave pour les démocraties libérales qu’elle exploite nos sociétés libres et ouvertes. Pendant ce temps, les entreprises chinoises exportent également leurs technologies de surveillance aux autocrates du monde entier

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