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Les retraites, moteur de l’immigrationnisme 

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“Retraites”, l’autre nom du débat français sur l’immigration

Erwan Seznec – 30 septembre 2021 CAUSEUR

Les retraites, moteur de l’immigrationnisme
François Bayrou, Édouard Philippe et le haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye, lors d’une consultation sur les retraites à Pau, 14 novembre 2019 © GAIZKA IROZ / AFP

Faute de réforme des retraites, beaucoup de patrons et d’acteurs économiques croient que l’immigration est le seul moyen de sauver notre système social. Ils se trompent.


Mai 2021. Le haut-commissaire au Plan François Bayrou transmet à l’AFP une note suggérant « d’accueillir des personnes d’autres pays » pour sauver nos régimes de retraite. « L’apport des migrations peut aider à améliorer le rapport actifs-retraités. » Il en a bien besoin. Le ratio cotisant/retraité, qui avait atteint son sommet en 1965 à 4,29 actifs pour un retraité, se traîne aujourd’hui à 1,40, soit 19 millions de cotisants pour 14 millions de retraités du régime général ! Ce n’est la faute de personne et comme souvent, la catastrophe est née de l’envie de bien faire. Confronté à la pauvreté des personnes âgées dans les années 1950, notre pays a pris le taureau par les cornes, créant des régimes généreux, alors que nul n’imaginait que l’espérance de vie augmenterait de 16 ans en quelques décennies. Aujourd’hui, la faillite guette. Pour l’éviter, François Bayrou évoque deux voies : « avoir plus d’enfants ou accueillir des personnes d’autres pays ». Selon lui, « la France devra jouer des deux leviers dans des proportions raisonnables qui garantissent le maintien de la cohésion nationale »

Accélérer l’immigration, synonyme de croissance démographique, pour sauver notre modèle social ? L’idée fait son chemin. En réalité, il faudrait plutôt réformer pour qu’on puisse avoir un vrai débat sur l’immigration

Personne n’est dupe, la natalité ne se décrète pas. Le choix d’avoir des enfants est sensible à la marge aux politiques publiques (système de garde, allocation, etc.), mais il obéit à des ressorts profonds. L’immigration, en revanche, se régule facilement à coups de circulaires. Il suffit d’ouvrir les vannes pour ressentir l’énorme pression des pays du Sud.

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L’énorme problème, qui n’a pas échappé à François Bayrou, mais sur lequel l’AFP et les commentateurs sont passés très vite, est que les immigrés d’aujourd’hui sont les retraités de demain, et les bébés actuels, les retraités du futur. « L’immigration ne règle donc nullement le problème du financement des retraites, écrit l’ancien ministre dans sa note. Les nouveaux arrivants finissent eux aussi par vieillir. » Et de citer une étude de l’ONU de mars 2020, qui a « démontré par l’absurde que l’immigration ne constituait pas la solution pour pallier la baisse des actifs ». Pour stabiliser le rapport entre les actifs et les inactifs, il faudrait théoriquement, en France, 94 millions d’immigrés en cinquante ans !

Le tout pour un résultat nul, en dehors d’un peu de temps gagné. Sans réforme drastique des règles (retraite à 70 ans ? diminution de 20 % des pensions ?), augmenter le nombre de participants ne change pas la physionomie du jeu. Cela fait seulement reculer l’échéance. Le sauvetage de la retraite par répartition par la seule démographie devient une pyramide de Ponzi géante, dans laquelle l’argent des derniers arrivés alimente la rente des premiers servis, à une échelle qui fait passer Bernard Madoff pour un farceur. Parler de la natalité des immigrés comme d’une planche de salut miracle pour un système social français inchangé, c’est rêver sans le savoir d’arnaque légale. Ou alors, il faut monter de plusieurs crans dans le cynisme : les étrangers rentreraient dans leur pays après avoir cotisé, privés de tout droit à pension dans le système français. Ils deviendraient ce que l’écrivain britannique John Berger appelait des « travailleurs immigrés immortels »« parce que continuellement interchangeables. Ils ne sont pas nés. Ils ne se sont pas élevés. Ils ne vieillissent pas.[…] Ils ont une fonction unique : travailler. » La misère est telle en Afrique que les candidats se bousculeraient probablement si quelqu’un leur proposait ce marché de dupe qui, pour le coup, ferait vraiment de l’immigration « une chance pour notre pays ».

L’immigré, concurrent du robot

Les gains de productivité constituent une manière moins sordide de sortir de l’ornière le système de retraites. Grâce aux machines-outils et aux ordinateurs, moins de salariés produisent plus de richesses (si ce n’était pas le cas, le système se serait déjà effondré depuis longtemps). Il faut donc continuer à moderniser nos fermes, nos bureaux et nos ateliers, tout en sortant progressivement d’un financement des retraites par des ponctions sur les salaires. C’était le sens de l’étrange proposition de Benoît Hamon en 2017 : faire cotiser les robots. Le candidat du PS l’avait mal expliquée, peut-être pour ne pas aborder une vérité qui embarrasse autant à gauche qu’au Medef (mais sur ce dossier, c’est la même chose). Qu’il s’agisse de cueillir le raisin dans les vignes, de tuer les bovins à l’abattoir ou de balayer un aéroport, l’immigré concurrence le robot. À son corps défendant, il freine la modernisation de l’économie. Exemple, le ramassage des poules dans les élevages. Deux types d’entreprises se partagent actuellement ce marché à faible rentabilité : celles qui emploient des machines« moissonneuses à poules » et celles qui emploient des étrangers, souvent clandestins. Très peu de Français gardent longtemps ce travail épouvantable, réalisé dans la puanteur, pour à peine le SMIC. Les nationaux y viendraient-ils, si les salaires étaient augmentés ? Peut-être, mais c’est économiquement irréaliste. Les éleveurs français sont en concurrence avec les Néerlandais, les Danois, les Allemands… Or, ils sont déjà handicapés par le poids des cotisations, en hausse permanente pour cause de déficit de la Sécurité sociale. Ces vingt dernières années, nos dépenses publiques ont augmenté de près de quatre points de PIB, ce qui est énorme. Le financement des retraites explique les deuxtiers de cette hausse.

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Non-dit syndical

Interrogé sur ces sujets délicats, les syndicalistes d’appareil enfoncent les portes ouvertes de la générosité sans risque : égalité de traitement, pas de discrimination, un travailleur est un travailleur. Certes, mais faut-il les faire venir de l’autre rive de la Méditerranée ? Sur ce point, motus. À titre personnel, la nomenklatura syndicale n’a jamais été concernée. Ses membres viennent à une écrasante majorité de la fonction publique, où la xénophobie est légalisée : 5,4 millions d’emplois publics sont fermés aux non-Européens. Aucune centrale syndicale n’a jamais pris position fermement pour que cela change.

Les syndicalistes de terrain du secteur privé, quant à eux, ne sont pas dupes. À hauteur d’atelier, l’alternative est en général simple : à salaire constant, soit on modernise pour réduire la pénibilité, soit on va chercher des Moldaves, qui tiendront un an, puis seront remplacés par des Maliens, etc. Mais comment le dire de nos jours, sans être taxé de xénophobie primaire ? Peut-être en réformant d’abord le système de retraites, pour le placer sur une trajectoire tenable. Cela ne suffira pas à parler sereinement de l’immigration, mais c’est un préalable indispensable. N’oublions pas, en effet, que derrière les polémiques liées à l’islam, à l’éducation, au choc des cultures et aux banlieues, l’immigration est aussi un enjeu économique.

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