MEMORABILIA

Mathieu Bock-Côté: «Prison ferme pour Sarkozy, l’hubris des juges»

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Par Mathieu Bock-Côté. LE FIGARO. 1er octobre 2021

CHRONIQUE – Ce procès n’est pas glorieux, ses zones d’ombre sont nombreuses, ses motivations ne sont pas aussi pures qu’on le dit.

La nouvelle est tombée brutalement: Nicolas Sarkozy est condamné à un an de prison ferme. Naturellement, l’ancien président fait appel. Tout demeure incertain pour la suite, car le procès n’est pas sans dimension politique. Non pas politique au sens caricatural et politicien: ce n’est pas le pouvoir en place qui cherche perfidement à persécuter un rival possible, susceptible de reprendre son sceptre et son trône. Nous sommes plutôt témoins d’une redistribution du pouvoir dans l’État, à l’avantage des magistrats, qui se croient désormais dépositaires de la souveraineté, et veulent l’exercer en multipliant les exemples, en décrochant de grosses prises, en faisant tomber des figures iconiques. Dans leur esprit, il est clair que Nicolas Sarkozy est appelé au bannissement civique. On pourrait même parler d’une guerre d’usure contre lui, qui s’est transformée en guerre à finir. Les dossiers ne furent pas toujours finement étayés. Il suffit de se souvenir du soi-disant financement libyen de sa campagne pour s’en convaincre. La volonté de trouver quelque chose à tout prix à lui reprocher en dit beaucoup sur la nature du dossier, au-delà du présent procès.À découvrir

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Il serait difficile de ne pas parler d’acharnement, dont on notera la teinte idéologique. Qui a vraiment oublié «le mur des cons»? Ne fallait-il pas y voir la confession des préjugés politiques d’un milieu? C’est peut-être moins un désir de justice qui s’exprime qu’une volonté d’humiliation. On connaît la raison de la condamnation: il s’agit d’un dépassement des frais de campagne en 2012, ce qui ne date pas d’hier. Une décennie nous séparera bientôt des événements. Il est possible, et même certain, que certaines mœurs liées au financement des campagnes venues d’autres temps aient survécu aux nouvelles lois censées les corriger. Il est aussi certain que les secondes se vengent des premières sur le mode purificateur, comme s’il fallait opérer une purge. Entre les abus d’hier et ceux d’aujourd’hui, l’esprit d’équilibre peine à se trouver une place. On en vient à s’imaginer un président s’enrichissant sans gêne et ayant une connaissance aussi fine que cynique du détail du financement de sa campagne.

Esprit d’équanimité

Revenons-y: il y a une forme d’hubris, c’est-à-dire d’orgueil démesuré et dominateur, du magistrat, habité par le sentiment de sa supériorité morale. À travers cela, l’empire des juges s’étend encore. De François Fillon à Nicolas Sarkozy, en passant par Agnès Buzyn plus récemment, il s’agit chaque fois, sous différents prétextes, pour les nouveaux inquisiteurs ivres de leur pouvoir, de montrer qu’ils commandent, désormais, et que nul n’échappera à leur contrôle. Ce qui nous rappelle que même les contre-pouvoirs peuvent trahir la fonction qui leur est assignée. La mythologie de l’État de droit se retourne contre la justice et son esprit d’équanimité. Les magistrats sont parvenus une première fois, en 2017, à confisquer la campagne présidentielle, à la détourner de sa trajectoire naturelle. Alors que la France était encore sous le choc des attentats de 2015, la question du terrorisme fut pratiquement absente d’une campagne présidentielle centrée sur des histoires de costumes et d’emplois fictifs. Il ne s’agit évidemment pas de contester la légitimité de ses résultats, mais on y verra, à l’échelle de l’histoire, une élection trouble, annonçant le présent basculement.

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Il ne s’agit pas de réserver un traitement d’exception à la classe politique, de soutenir que ses membres, et surtout les plus éminents, devraient vivre à l’abri des lois. En démocratie, aucun homme ne dispose d’un statut d’exception lui permettant d’être étranger aux normes communes. Mais il s’agit de se délivrer du mythe de la pureté du droit, qui viendrait enfin, dans l’histoire de la démocratie, civiliser le pouvoir, en l’empêchant de commettre des abus, sans en commettre lui-même. Il s’agit de comprendre que le présent épisode s’inscrit moins dans une entreprise de purification des mœurs politiques que dans celle d’un transfert de souveraineté qui à terme, quoi qu’on en dise, contribuera à la désubstantialisation de la démocratie. Il n’est pas interdit, non plus, de s’inquiéter de l’emmaillottement toujours plus sévère de la vie politique par des règles sévères qui relèvent d’une forme d’intégrisme éthique.

On y revient: ce procès n’est pas glorieux, ses zones d’ombre sont nombreuses, ses motivations ne sont pas aussi pures qu’on le dit, et la passion de la revanche y pèse lourdement. Il ne s’agissait pas de juger Nicolas Sarkozy, mais de le traîner dans la boue, de l’empaler, de l’empailler, de l’exposer à tous à la manière de la plus belle prise venue de l’ancien monde, pour permettre au nouveau de triompher. Les basses passions aiment toujours se grimer en vertus lumineuses et la prise du pouvoir la plus brutale, se réclamer du droit le plus transparent.

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