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À qui profiteront ces mega dettes cachées des nouvelles routes de la soie chinoises ?

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Le président chinois Xi Jinping lors d'une réception au Grand Palais du Peuple à la veille de la fête nationale chinoise à Pékin, le 30 septembre 2021.

©GREG BAKER / AFP

INFLUENCE DE LA CHINE

Une étude universitaire américaine montre que les dettes accumulées hors des comptabilités officielles dans les projets « d’aide au développement » proposés par la Chine dépassent les 350 milliards d’euros et que 40 pays ont une exposition financière à Pékin supérieure à 10% de leur PIB.

Mary-Françoise Renard. ATLANTICO.

Atlantico : Dans un rapport d’AIDData, le groupe estime que les 13,427 projets de la Belt and Road initiative s’accompagnent d’une dette cachée d’environ 385 milliards de dollars sur les différents pays. Ces chiffres sont-ils surprenants ? A quoi est-due cette dette cachée colossale ?

Mary-Françoise Renard : Ce n’est pas très surprenant. Il est notoire que la Chine ne communique pas les chiffres de ses projets. D’où l’intérêt d’AIData qui recense par différents moyens le maximum d’informations sur les interventions chinoises en Afrique mais pas seulement. D’autre part, on sait que les financements de la Chine dans les pays de la route de la soie et en Afrique ne sont pas de l’aide au développement. Il y a une définition de l’aide : les prêts sont faits à des taux d’intérêts concessionnels, moins importants que les taux d’intérêts du marché, avec des conditions plus intéressantes pour rembourser la dette. Or ce n’est pas de l’aide au développement que fait la Chine, ou très peu. Les prêts ne sont pas à des conditions particulièrement intéressantes. Le gros intérêt de ce rapport est de donner des chiffres et de confirmer ce que l’on pouvait supposer.

Par ailleurs, la Chine ne met pas de condition d’accès à ses prêts donc elle accorde des prêts plutôt plus élevés que les institutions internationales. Mais sans condition, ce sont des prêts plus risqués. Et les pays qui ont reçu ces prêts sont, souvent, des pays en dessous de la moyenne au regard de l’indice de corruption et qui ont une faible solvabilité et n’arriveraient pas à obtenir des prêts autrement.À LIRE AUSSI »Nouvelles routes de la soie » contre « Make America Great Again » : Chine ou États-Unis, qui gagnera le match du 21e siècle ?

Pourquoi ces pays acceptent-ils ces prêts ? 

Il est certain que cela a permis à un certain nombre de pays de se doter d’infrastructures, notamment de transport, qu’ils n’avaient pas autrement. Pour cela, ils ont accepté ces prêts à des conditions qui leur sont défavorables en espérant pouvoir les renégocier. Ce que certains commencent à faire. Le Congo a annoncé vouloir renégocier les contrats miniers étrangers, principalement chinois.

Quelles conséquences ces dettes pourraient-elles avoir sur la BRI ? Ces dettes pourraient-elles – in fine – nuire à la Chine ? 

Bien sûr. C’est pour cette raison que la question est plus complexe que ce que l’on pense. La Chine n’a pas intérêt à ce que les pays soient en cessation de paiement car cela lui poserait des difficultés. On a beaucoup parlé de la possibilité de la Chine de devenir propriétaire des infrastructures mais cela s’est peu ou pas produit et je ne suis pas sûre que cela soit une menace très crédible. Cela entrainerait des problèmes relationnels très importants avec ces pays. Les relations avec certains pays de la route de la soie ne sont pas aisées. Il y a parfois des différences culturelles importantes, ce qui entraine souvent des conflits.

Comme je l’ai dit certains pays renégocient. D’autres, comme la Malaisie, ont annulé leurs projets car ils estimaient que ces contrats allaient entrainer une trop grande dépendance à l’égard de la Chine. Il y a eu pas mal d’échecs et la Chine envisagerait une évolution à la baisse de ses projets de route de la soie. Elle va réduire ses ambitions car elle n’a pas intérêt à cette situation et elle confrontée à ses différents échecs.PUBLICITÉÀ LIRE AUSSIComment la Chine construit aussi ses nouvelles routes de la soie dans l’espace

Le fait qu’une quarantaine pays ont une exposition financière à Pékin supérieure à 10% de leur PIB. Peuvent-ils se sortir de la situation dans laquelle ils sont ?

La question est valable pour l’endettement des pays en développement de manière générale. Quand les pays riches ne remboursent pas leur dette ce n’est pas grave. Pour les pays pauvres, il y a une question de crédibilité. Et c’est un cercle vicieux. S’ils sont très endettés auprès de la Chine, ils n’auront pas de prêts des institutions internationales. Mais sans investissement, pas de développement possible. La question qui se pose est celle de l’évolution des relations diplomatiques et politiques avec ces pays. La Chine veut avoir une zone d’influence comme l’ont eu les autres pays auparavant.

Cette situation pourrait-elle faire le jeu d’autres pays, par exemple européens ? 

Comme vous l’avez dit, une quarantaine de pays ont une exposition financière à Pékin supérieure à 10% de leur PIB, pour certains comme le Laos c’est plus de 29% du PIB. Mais les autres pays sont déjà intervenus par le passé, notamment la France. Donc on ne peut pas imaginer profiter des difficultés pour affermir notre présence. Les dirigeants africains veulent essayer autre chose. La question qui va se poser désormais est celle des possibilités de négociation avec la Chine concernant les prêts.

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