MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «La libre expression, hantise de l’État faible»

Réservé aux abonnés

Par Ivan Rioufol. LE FIGARO, 7 octobre 2021

Ivan Rioufol. François BOUCHON/Le Figaro

CHRONIQUE – Avec la commission Bronner, sur le complotisme et la désinformation, Emmanuel Macron espère des pistes afin de sanctionner les conspirationnistes.

L’État prétend décréter le vrai et le faux. Rien n’arrête plus le pouvoir dans sa chasse aux virus, y compris intellectuels. Encouragé sans doute par le consensus mou qui acquiesce à son ordre sanitaire, le chef de l’État vise, cette fois, les opinions contagieuses. Son ami Jean-Marc Borello, cofondateur d’En marche!, a révélé la stratégie d’éradication en qualifiant, dimanche, Éric Zemmour et ses 15% d’intentions de vote (passées mercredi à 17%) de «virus nouveau». «J’ai repéré la maladie, ça s’appelle la peste brune», a déclaré Borello. Ce militant de la cause homosexuelle a été condamné à six mois de prison avec sursis dans une affaire de stupéfiants et accusé, dans Libération, d’agressions et de violences sexuelles. En réduisant les idées du journaliste à une maladie mentale, ce drôle de donneur de leçons fait comprendre le but d’Emmanuel Macron quand il veut maintenant traquer le«complotisme». Il s’agit de mettre des pensées sous surveillance.À découvrir

À LIRE AUSSI Fake news: «Toute intervention de l’État en matière de liberté d’expression est délicate»

Le président ne démord pas de sa méfiance du trop libre internet. À peine élus, les députés d’En marche! avaient, le 24 juillet 2017, voté un amendement pour réprimer les idées interdites. Le Conseil constitutionnel y avait dénoncé une «atteinte disproportionnée à la liberté d’expression». Depuis, la loi sur les fake news de 2018, puis celle sur les «propos haineux» de 2020 ont tenté de mettre les réseaux sociaux sous le regard du juge. Cette fois, avec la mise en place de la commission Bronner (intitulée: «Les Lumières à l’ère numérique»), Macron espère, pour décembre, des pistes afin de sanctionner les conspirationnistes, ces «diffuseurs de haine et de la désinformation». Le pouvoir se dit, à sept mois de la présidentielle, l’incarnation du peuple raisonnable contre des irresponsables. Ce manichéisme est le marqueur des États faibles et qui ne savent plus convaincre.

L’État n’a pas à entraver les libertés, singulièrement dans l’expression des opinions

Le complotisme est à l’oligarchie hygiéniste ce que l’islamophobie est aux fanatiques islamistes: une arme brandie pour protéger de la critique des idéologies dangereuses. Il existe, certes, un complotisme délirant quand il s’agit de faire croire que le 11-Septembre fut programmé par l’Occident, ou quand tout doit converger, depuis les faux Protocoles des Sages de Sion (1903), pour désigner la main d’Israël. Cependant, l’accusation que porte la macronie n’est qu’une intimidation sommaire visant à faire taire une expression dérangeante. La description d’un«grand remplacement», que récusent les doctrinaires de la diversité, ne relève pas d’une théorie mais d’une observation des faits et de leur dynamique ; il suffit pour cela de se rendre dans le métro ou en certains points géographiques. La prudence sur des vaccins anti-Covid expérimentaux ne relève pas davantage du délire ni de l’obscurantisme, mais de l’usage normal du doute en science moderne.

À LIRE AUSSI11-Septembre: «LIHOP» ou «MIHOP», ils ne croient pas à la version officielle des attentats

En réalité, la désinformation est chez ceux qui disent la combattre. Fascistoïde est un pouvoir qui, non content de perpétuer des états d’urgence liberticides, compare un contestataire à un virus à éradiquer. Le silence de La République en marche face au dérapage de Borello parlant de Zemmour (l’animateur Laurent Ruquier a usé de la même image) vaut approbation. «Zemmour est un ennemi politique», a confirmé Christophe Castaner, le patron des députés de la majorité. Cette haine est celle d’un monde épuisé, incapable d’argumenter sinon par le recours à la diabolisation et aux interdits. L’État n’a pas à entraver les libertés, singulièrement dans l’expression des opinions. Il n’a pas davantage de légitimité à poursuivre une propagande sur ses seuls mérites. La France ne peut se laisser enrégimenter.

Déni des réalités

Le déni des réalités caractérise les quarante dernières années. L’occultation des faits, le relativisme des jugements, la marginalisation ou la mise en accusation des lanceurs d’alerte auront été les choix commodes de pratiquement tous les dirigeants. Ils se seront soumis au confort du politiquement correct et de ses mensonges. Héritière de ces dissimulations, la macronie montre son zèle. Or ce monde faux s’épuise à cacher des évidences. Les décors en carton-pâte sont rongés par le temps ; ils s’affaissent en boues molles. Le succès politique que rencontre Zemmour, qu’un sondage donne au second tour à la place de Marine Le Pen, tient à sa parole directe, libérée des tabous et des intimidations. Le public qui se bouscule à ses conférences (ils étaient 3700, lundi soir, à Paris, à avoir payé leur place pour l’entendre débattre avec Michel Onfray) fait comprendre que les gens ne veulent plus de la langue de bois ni du prêchi-prêcha des faillis. Ces Français applaudissent au retour de la politique, avec ses confrontations respectueuses. Ce sont eux que l’État censeur redoute.

À LIRE AUSSIZemmour-Le Pen, une passerelle entre deux électorats

L’Église est la première des institutions à avoir compris l’urgence qu’il y avait, pour un pouvoir gagné par la défiance, à s’extraire de l’omerta protectrice pour se confronter à la vérité des faits, librement exposés. La loi du silence ne pouvait plus taire, en l’occurrence, les crimes pédophiles commis en France par des religieux ou des clercs depuis les années 1950. La hiérarchie aura en effet choisi, elle aussi, la facilité de l’occultation, du déni, de l’excuse, du relativisme. Mais c’est la Conférence des évêques qui aura elle-même commandé, en 2018, le travail d’enquête, en donnant la parole aux victimes. Les conclusions de la commission Sauvé, rendues publiques mardi, sont accablantes pour la gouvernance catholique: 218.000 enfants auraient été victimes de quelque 3000 prêtres prédateurs, durant 70 ans. Il appartient à l’Église de tirer les leçons de ce scandale, qui aurait touché 2,8% du clergé, surtout dans la période 1950-1970. Mais cette méthode pourrait inspirer d’autres démarches similaires, notamment chez d’autres religions. La pédophilie, qui s’observe d’abord dans des familles, est aussi dans des écoles, des colonies de vacances, des clubs sportifs, des activités culturelles. Mardi, Libération a dénoncé des «crimes de masse»en suggérant la démission des évêques de France. Cependant, c’est dans ce journal, durant les années 1970-1980, que la pédophilie fut défendue. À quand le mea-culpa des aveuglés? À quand, plus généralement, les excuses des maltraitants du peuple de France?

École sous influence

Le 1er octobre, Jean-Michel Blanquer a publié une circulaire demandant à l’École de prendre en compte les jeunes élèves «transgenres», en les accompagnant dans leur désir de changer de sexe. Urgent de rendre l’Éducation imperméable au lobby LGBT.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :