MEMORABILIA

«Faits et gestes» N°19 par Ivan Rioufol : Le Big Bug

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Par Ivan Rioufol. 10 octobre 2021. LE FIGARO

LETTRE EXCLUSIVE ABONNÉS – Une analyse percutante des détails de l’actualité de la semaine écoulée.

Chers lecteurs,

Voici quelques-unes de mes notes, non utilisées, de cette semaine.

Lundi 4 octobre : La mort de Bernard Tapie, hier à Paris, emplit les pages des journaux et suscite des émissions spéciales non-stop sur les chaînes d’info. Je n’en puis plus. C’est trop. Évidemment, le courage de cet homme face à son cancer, qu’il avait rendu public, force l’admiration. J’ai découvert à cette occasion la profondeur spirituelle de ce croyant pudique qui, apprend-on aujourd’hui par des indiscrétions, commençait sa journée en se mettant à genoux pour prier. Cette personnalité à l’énergie hors du commun, sortie d’un milieu populaire et pauvre, aurait pu devenir le Donald Trump français (place que revendique désormais Eric Zemmour, la carrure en moins) si Tapie avait su s’extraire des pesanteurs du conformisme bien pensant et de ses sermons hypocrites. Mais je ne puis malgré tout oublier, au contraire de ce que font ses hagiographes, les mauvais coups et les «bonimenteries» de ce Mandrin. Tapie, repris de justice, n’avait aucun scrupule dans les affaires. Pourquoi le taire ? Tricher était pour lui une méthode trop souvent acceptable pour brûler des étapes. Ce Janus bifrons n’a certes pas volé ses ultimes lauriers dans son combat contre la mort. Mais de là à le présenter, partout, comme exemplaire…

Mardi 5 octobre : Panique générale ! Facebook ne répond plus, et la planète s’affole. Durant six heures, une panne mondiale a bouleversé la vie quotidienne des trois milliards et demi d’utilisateurs de la plateforme et de ses dérivés, Instagram, WhatsApp, Messenger. C’est ma femme, adepte de ce réseau, qui m’a prévenu hier soir, un brin inquiète tout de même. Une attaque ? Un sabotage ? Même les employés de la firme n’ont pu gagner leurs bureaux, leurs badges ayant été désactivés. Le big-bug, rétabli ce matin, serait dû à «un changement de configuration défectueux», selon la firme de Mark Zuckerberg, cible par ailleurs d’une accusation en manipulation de comportements addictifs. Autant dire que les causes ne sont pas claires. Ce que je retiens pour ma part, c’est l’extrême fragilité de ces monstres multinationaux qui concurrencent les États et sont parfois plus puissants qu’eux, car plus riches qu’eux. Un petit caillou dans les rouages et tout se bloque. Une souris peut tétaniser l’éléphant. Et si ces Léviathan, qui font la pluie et le beau temps, n’étaient en réalité que des tigres de papier ? L’empire soviétique s’est écroulé brusquement, miné par ses vices. Les Gafam (Google, Amazon, Facebook, etc.), qui ont scandaleusement réduit le dérangeant Donald Trump au silence et qui règnent sur nos vies jusque dans leur intimité, commencent à sentir le sapin. Le début de la fin ?

Mercredi 6 octobre : Bruno Le Maire, sur RTL, est dithyrambique sur le nucléaire. «L’indépendance, c’est le nucléaire, l’électricité décarbonée, c’est le nucléaire (…) Il faut réinvestir sur le nucléaire». Très bien, j’applaudis. Mais n’est-ce pas Emmanuel Macron qui s’était engagé à réduire la part du nucléaire à 50% du total des énergies produites d’ici à 2035 ? Je me souviens qu’il avait même regretté ne pouvoir le faire dès 2025. C’est bien le gouvernement auquel appartient Le Maire qui a acté la fermeture de 14 réacteurs de 900 mégawatts, dont ceux de Fessenheim ? Ce tête-à-queue dans la politique énergétique française aurait mérité tout de même quelques explications de fond. D’autant qu’on apprend que le chef de l’État entend désormais relancer la fabrication de mini-centrales nucléaires dites SMR (small modular reactors), développées par les États-Unis, la Chine et la Russie. Une première centrale de ce type pourrait voir le jour en France en 2035. Reste que depuis trente ans, la France a perdu son savoir-faire dans cette filière. Si je comprends bien Le Maire, c’est un coup de pied aux fesses qu’envoie le gouvernement aux écolos, à leurs horribles éoliennes et à leurs énergies renouvelables consommatrices de gaz d’appoint. Mais tout ceci ne me semble pas du tout assumé par le pouvoir, qui se réfugie pour l’instant dans l’explication d’un «pragmatisme». J’attends la suite avec impatience.

Jeudi 7 octobre : Le chambardement. C’est le mot qu’emploie le politologue Jérôme Jaffré, sur Europe 1, pour qualifier cette époque préélectorale complément dingue, qui voit débouler Eric Zemmour, pareil à Astérix fonçant dans un camp de Romains. C’est Marine Le Pen qui en fait les frais, reléguée à la troisième place dans un sondage commandé par le magazine Challenges. Ma conviction, déjà exprimée à plusieurs reprises, est que nous vivons une période révolutionnaire qui va s’accélérant. Tout est aujourd’hui envisageable, y compris Zemmour à l’Élysée. Ce n’est évidemment pas l’hypothèse la plus probable – mon confrère n’a jamais dirigé ne serait-ce qu’une équipe dans un journal – mais la société civile est prête à toutes les audaces pour sortir d’un système étriqué et radotant. Il faut s’attendre à ce que Zemmour grimpe encore dans les sondages. Les Républicains, qui se croient la tortue de la fable, pourraient bien louper la compétition.

Vendredi 8 octobre : La commission Bronner, que je critique dans mon bloc-notes de ce jour, est mal partie. J’apprends qu’un de ses membres, le professeur Guy Vallancien, a préféré démissionner devant les accusations qui s’accumulaient contre lui. Cette instance s’est donné pour mission de lutter contre «les diffuseurs de haine» et les complotistes. En fait, cette commission risque d’entraver encore davantage la liberté d’expression. Vallancien se dit victime d’une «désinformation». Je ne connais pas le fond des dossiers qui lui sont reprochés. Mais je sais une chose : celui qui prétend donner des leçons d’irréprochabilité doit être lui-même insoupçonnable. Il va falloir regarder de plus près l’ensemble des personnalités qui composent ce machin. Je remarque par exemple que le politologue Roland Cayrol, avait qui j’ai souvent débattu naguère sur RTL ou LCI, ne cache pas son engagement à gauche. Impartiale, la commission Bronner ?

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