MEMORABILIA

[Edouard Roux] Emmanuel Macron, un sociopathe à l’Élysée

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Les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme publient Le Traître et le Néant, un livre qui fait l’état des lieux de la macronie et de son caudillo, Emmanuel Macron. Entre exclusivités, témoignages gratinés de proches et d’anciens collègues, notre président apparaît comme un homme dénué d’émotion, manipulateur, faussement cultivé et qui n’a qu’une idée en tête : s’aimer un peu plus chaque jour, décrypte notre chroniqueur Édouard Roux. 

Par  Edouard Roux. Publié le 14 octobre 2021 VALEURS ACTUELLES

Emmanuel Macron à l’occasion d’un déplacement à Tremblay-en-France, le 14 octobre. Photo © François Mori/AP/SIPAPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Et vlan ! Les deux journalistes-procureurs ont encore frappé. Après Sarko m’a tuer(2011) et Un président ne devrait pas dire ça (2016), qui a planté le dernier clou dans le cercueil de François Hollande, les revoilà avec un réquisitoire de plus de cinq cents pages contre Emmanuel Macron. De Pierre Moscovici qui brosse un portrait au vitriol de l’ancien ministre de l’Économie, à l’homme d’affaire “de gauche” Matthieu Pigasse qui explique qu’un système « l’a choisi, l’a pris et l’a placé là », en passant par Manuel Valls – alors Premier ministre – qui a « demandé plusieurs fois sa tête à Hollande », le président Macron et son mouvement en prennent plein la citrouille. Et c’est bien normal, au vu des révélations terrifiantes – voire inquiétantes – des deux compères.A LIRE [Vidéo] “Le traître et le néant” : deux journalistes du Monde démontent le quinquennat d’Emmanuel Macron dans un livre

Dans ce livre, Macron apparaît comme un sociopathe, un enfant gâté de la bourgeoisie du Nord, un type fou amoureux de lui et du pouvoir qu’il a toujours rêvé d’exercer sur les autres ; comme un ancien gamin violenté à l’école et qui a une revanche à prendre sur l’humanité. Car s’il y a une chose à retenir de ce récit, c’est la perversité du bonhomme ; sa capacité à jouer avec les émotions des uns et des autres pour les affaiblir. Les flatter pour mieux les soumettre. Les porter aux nues pour mieux les détruire. Les spécialistes de la politique rétorqueront que tous les grands hommes politiques sont faits du même bois, que De Gaulle, Mitterrand ou Chirac étaient également narcissiques, égoïstes, mégalos. Certes, mais à la différence de Macron, ces hommes avaient des idées, une culture, un vécu. Ils avaient connu des choses (la guerre par exemple), une appartenance politique/religieuse/culturelle, ils savaient d’où ils venaient, à peu près où ils allaient. Avec Emmanuel Macron, c’est l’inverse : un produit marketing pensé par Jacques Attali, assemblé par Alain Minc, mis sur le marché par Jean-Pierre Jouyet et qui se déplace selon les vents favorables. Les trois hommes façonnent son éducation politique, partagent leur réseau et l’envoient sur le devant de la scène quand ils le pensent assez mûr. Ça n’a pas traîné…

Autour de Macron, les membres du gouvernement enragent ; ses copains jubilent ; les autres partis, à l’agonie, jalousent

On apprend que le président a autour de lui – même si quelques articles s’en étaient faits l’écho par le passé –, des personnalités prêtes à vendre père et mère pour un poste, un regard : Stanislas Guerini, actuel délégué général LREM, Ismaël Emelien, ancien conseiller, Cédric O. ou encore Benjamin Griveaux. Tous ont longtemps voté à gauche, tous ont travaillé pour Strauss-Kahn. Tous se jurent fidélité et sont prêts à tout pour y arriver. Jusqu’au jour où l’affaire du Sofitel éclate, où Emelien rencontre pour la première fois celui qui sera leur guide : Emmanuel. Comme un soleil. Lui-même le dit aux journalistes : « Macron, c’est vraiment la mécanique du chef, mais avec encore un truc en plus », sans parler du SMS qu’il enverra à son futur gourou : « Emmanuel, si un jour tu décides de faire de la politique sur ton nom, tu auras un droit de tirage sur mon temps. » Une fois ministre de l’Économie, Macron se met à faire cavalier seul ; il joue de ses expériences chez Rothschild, fait mine d’avoir réponse à tout, avance vite, trop au goût des éléphants du PS. La crise grecque et la rencontre avec Yannis Varoufakis (ancien ministre grec des Finances) ? C’est Emmanuel qui s’y colle, pas Michel Sapin. Les nominations des copains des uns et des autres à certains postes – promis par François Hollande à Fleur Pellerin ou Axelle Lemaire par exemple –, c’est Emmanuel qui grille la priorité et place les siens de chez Rothschild. Le tout sous la bénédiction de François Hollande, complètement gaga de son poulain à qui il ne refuse rien. Son conseiller Gaspard Gantzer se confie aux journalistes, las : « Je me suis retrouvé plusieurs fois, sur demande de Hollande, à défendre Macron ! […] Je voyais bien que Macron s’organisait. » Autour de Macron, au détour de petites amabilités hypocrites de couloirs, de ses regards azur, de son assurance folle, les membres du gouvernement – avec un PS déjà en déconfiture – enragent ; ses copains jubilent ; les autres partis, à l’agonie, jalousent le bagout du jeunot.

2015. Une organisation militaire est mise en place par Macron. Il convoque ses disciples pour créer son mouvement. C’est Ismaël Emelien qui joue les entremetteurs, celui qui envoie les SMS à ceux retenus par le caudillo. Souvent cinq mots suffisent : « Emmanuel aimerait bien te voir. » Macron recrute des amis, fait financer sa campagne par des capitaines d’industrie – « personne n’a pleuré au patronat quand il a été élu ! » dixit le patron du Medef Geoffroy Roux de Bézieux – est soutenu par de richissimes donateurs et prend soin de son image, sous l’œil attentif de son amie Mimi Marchand, patronne de l’agence Bestimage spécialisée dans la revente de photos. Tout est mis en place pour faire d’Emmanuel Macron une rockstar, un phénomène médiatique (et on aura vu le résultat avec le nombre de Unes qui lui ont été consacrées lors de la campagne de 2017). Il continue de s’entourer de tout et n’importe quoi, tente de recruter des anciens politiques sur le retour à l’instar de Jean-Louis Borloo qu’il va moquer en pleine réunion sous les yeux amusés du très limité Yassine Belattar lorsqu’il lui présente son « plan banlieues ». Les deux journalistes racontent également l’amour que lui porte Marlène Schiappa, laquelle apparaît au travers des pages comme une dévote du macronisme et qui n’a ni vision politique ni compétences particulières. Elle dira, par exemple, au sujet d’Édouard Philippe : « Il y a plein de sujets où on se dit qu’Édouard Philippe c’est un peu un gauchiste, en fait. C’est un mec, quand on lui parle des valeurs familiales, il dit : “Je ne sais pas ce que ça veut dire, les valeurs familiales”, il est très libertaire ! » Voilà, voilà…

C’est Marlène Schiappa qui résume le mieux les cinq années écoulées : « Qu’est-ce qui va rester après Macron ? Je ne sais pas… »

Plus grave encore, Davet et Lhomme font un point sur le bilan d’Emmanuel Macron à la tête du pays. Ce n’est pas reluisant, bien au contraire. Entre ses petites phrases méchantes – « premiers de cordée »« traverser la route » et autres macronismes –, ses mimiques d’acteur de théâtre subventionné lors de ses déplacements à l’étranger ; sa gestion calamiteuse de la crise du covid (notamment des parties terrifiantes sur la gestion des masques) ; son sentiment de « tout-puissance » (dans le texte) face aux Gilets jaunes ; ses postures progressistes alors que son côté libéral-conservateur – sous l’impulsion de Brigitte – ressort parfois, notamment lorsqu’il nomme Stéphane Bern, royaliste historique, au patrimoine, Gérald Darmanin à l’Intérieur, qu’il a demandé à Éric Zemmour une note sur l’immigration et aime s’entretenir avec Nicolas Sarkozy. Par ailleurs, les deux journalistes tentent dans les dernières pages de résumer sa pensée, en s’appuyant sur les préceptes connus des JAM (Jouyet-Attali-Minc, pas le groupe de rock) : une sorte de centre-droit, un peu ceci, un peu cela. Mais sans vraiment y apporter d’idées concrètes, d’arguments, de raisonnements. Car c’est cela le macronisme : un flou total sur les questions politiques, économiques, culturelles et sociales. Une incapacité à penser les choses, à voir la réalité ; rien que des théories fumeuses d’urbains ultracapitalistes, un peu branchouilles, qui n’ont rien connu d’autre que les grosses boîtes et les cercles de pensée strauss-khaniens. C’est peut-être la brillante Marlène Schiappa qui résume le mieux le mandat de son petit Jésus à elle : « Qu’est-ce qui va rester après Macron ? Je ne sais pas… »

Une fois le livre refermé, on se dit que Macron a fait du proverbe « garde tes amis proches et tes ennemis plus proches encore » une ligne de conduite, un art de vivre. Sauf que le président n’a pas d’amis, seulement des copains, tous moins malins, moins charismatiques et moins pervers que lui. Il a su s’entourer des autres au bon moment, les utiliser quand il était encore temps. Quant à ses ennemis qu’il a gardés sous le coude le temps de l’ascension pour mieux couper la corde une fois au sommet, ils témoignent dans le livre. Et ils ne valent pas mieux que lui. Tous ont fait partie du sérail – comme lui –, et n’auraient jamais moufté si ce dernier leur avait donné un poste, une consolation. C’est ce qui en ressort à la lecture : une grande cour peuplée de petits, d’aigris ; une farandole de méprisants, de méprisables. Et dans une tour, un roi de pacotille planqué qui ricane de leurs parades nuptiales.

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