MEMORABILIA

Les médias chinois évoquent tranquillement une « solution finale » pour Taïwan et les Taïwanais. Quand l’Occident réagira-t-il ?

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Cette photo, prise le 7 janvier 2017, montre la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen escortée par des agents de sécurité avant de quitter l'aéroport de Taoyuan à Taïwan.

©SAM YEH / AFP

ESCALADE DES TENSIONS

Un article du Global Times, un tabloïd chinois, a évoqué une « final solution » à propos de la question Taïwanaise. Cette expression a depuis été retirée de la publication. Ce choix des mots est-il anodin au vu des tensions entre la Chine et Taïwan ? Une solution pacifique est-elle envisageable ? L’Occident peut-il agir sur ce dossier ?

Barthélémy Courmont. ATLANTICO. 13 octobre 2021

avec Barthélémy Courmont

Atlantico : Comme l’a repéré Antoine Bondaz, chercheur français spécialiste de la Chine, un article du Global Times, tabloïd chinois, a évoqué une “final solution” à propos de la question Taiwanaise. Une expression qui a depuis été retirée de la publication. Un tel choix des mots est-il anodin au vu de la tension qui existe entre la Chine et l’île voisine ? Lorsque la publication parle de solution pacifique ou non de quoi s’agit-il ?

Barthélémy Courmont : Il s’agit évidemment de propos très graves en ce qu’ils suggèrent un passage à l’offensive contre Taiwan, et figurent dans un média chinois important, ce qui explique sans doute pourquoi ils furent très rapidement retirés (ce qui semble indiquer de profonds désaccords au sein de l’appareil d’Etat sur la question taiwanaise). Ce n’est pas la première fois que des représentations très sombres de la relation inter-détroit sont communiquées dans les médias chinois, ou par le biais d’officiels. Dans les années 1990 et plus encore 2000 (notamment en marge de l’adoption de la loi anti-sécession de 2005), les tensions étaient très vives et la rhétorique parfois très guerrière. Rien donc de nouveau ici sur le fond. On constate cependant que ce type d’expression est de plus en plus fréquent, et l’usage d’internet en permet la diffusion rapide.  Dans le même temps, on voit généralement dans la posture chinoise sur Taiwan la cohabitation de deux grammaires, l’une très agressive et va-t-en-guerre, et l’autre plus « pacifique ». C’était déjà le cas en 2005, la loi anti-sécession prônant uen « réunification pacifique » mais provoquant dans le même temps de vives inquiétudes quant à l’imminence d’un conflit armé. Xi Jinping s’est lui-même exprimé sur la question il y a quelques jours, en annonçant une « réunification pacifique », comme pour calmer le jeu face aux tentations belliqueuses. Le discours est ainsi volonairement ambigu, de manière à semer le doute chez l’adversaire désigné. Les tensions observées depuis quelques semaines s’inscrivent dans la même dynamique: rien de nouveau sur le fond, les tensions étant très nettes depuis plus de soixante-dix ans, mais une accumulation de provocations ayant pour effet de provoquer une « crise ». Et dans le même temps, le maintien d’une fenêtre de discussion.À LIRE AUSSITaïwan, le prochain repli stratégique de l’Occident ?

Face à une situation de plus en plus tendue entre la Chine et Taïwan, l’Occident prend-il parti sur cette situation, réagit-il ? Pourquoi n’y-a-t-il pas ou peu d’action ni de prise de position ?  

De quoi parle-t-on ici en faisant mention de l’Occident? Les Etats-Unis, l’Europe, la France? Il n’y a pas de position occidentale sur cette question. Il y a des positionnements et des engagements différents selon les cas. Washington est traditionnellement le pays le plus engagé aux côtés de Taiwan, et le partenariat qui remonte aux années 1950 s’est articulé, dans sa forme contemporaine, autour du Taiwan relations Act de 1979 qui apporte des garanties sécuritaires à Taiwan dans le cas d’une agression chinoise. Ces garanties restent cependant soumies à l’appréciation des dirigeants américains, qui peuvent l’évaluer en fonction de leur volonté d’engagement. Lors de la crise inter-détroit de 1996, ce texte avait justifié un déploiement de forces navales visant à dissuader Pékin d’une attaque. En revanche, une décennie plus tard, Washington avait pris ses distances avec le président taiwanais Chen Shuibian quand ce dernier agita le chiffon de la déclaration d’indépendance de Taiwan. La rivalité actuelle entre la Chine et les Etats-Unis peut nous inviter à considérer que Washington est le principal soutien à Taiwan. Mais jusqu’où sont prêts à aller les Etats-Unis? De manière plus générale, il est légitime et nécessaire de suivre de près la situation dans le détroit et les tensions sécuritaires.

Une évolution de la situation dans un sens ou dans l’autre pourrait-elle motiver les Occidentaux à agir ?

Il va de soi qu’une agression chinoise à Taiwan se traduirait par des réactions de Washington, mais aussi de Tokyo et de nombreux autres pays. Mais de quel type de réaction parle-t-on ici? La complexité de la relation inter-détroit a pour effet de réduire la marge de manoeuvre de tous les acteurs qui souhaitent s’y impliquer. Complexité militaire, mais aussi diplomatique, politique et même économique, compte-tenu de l’importance de ces deux pays dans la mondialisation. Toute évolution négative de la relation inter-détroit aurait ainsi des conséquences très lourdes. Et toute volonté de faire évoluer notre position, en faveur par exemple d’une plus grande implication aux côtés des Taiwanais, se heurte à la réalité diplomatique et à l’impact dans la relation avec Pékin. C’est pourquoi sur ce noeud sécuritaire plus que sur tout autre, le stuatu quo est la seule option possible, toute évolution étant soumise à de grandes incertitudes.

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