MEMORABILIA

ÉDITO. Son fulgurant essor fait mentir la vieille idée occidentale selon laquelle il n’y aurait pas de développement économique qui tienne sans démocratie.

FOG - Chine, notre beau souci
FOG – Chine, notre beau souci

PAR Franz-Olivier Giesbert Publié le 23/10/2021 LE POINT

Le XXIe siècle sera décidément chinois.Une preuve parmi d’autres : Shein, multinationale chinoise de la fast fashion (mode éphémère), menace, aux États-Unis, la suprématie d’Amazon, jusqu’à présent numéro un du commerce en ligne. 

Stupeur et tremblements à la CIA : nouvelle preuve que la domination américaine est mise en pièces, la Chine a testé, en août, un missile hypersonique en orbite basse qui a fait le tour de la Terre avant de se précipiter sur sa cible, qu’il a finalement ratée de quelques dizaines de kilomètres. Annoncée, samedi dernier, par le Financial Times, la nouvelle n’a pas été démentie par le porte-parole du Pentagone qui, dans sa langue de plomb habituelle, s’est inquiété du « développement militaire » de la Chine. 

Plus en avance qu’on le croit, la Chine est en passe de maîtriser mieux que nous autres Occidentaux la technologie qui permet de transporter des armes nucléaires sur des missiles volant à plus de cinq fois la vitesse du son. L’information est tombée à un moment où les Chinois multiplient les manœuvres d’intimidation contre Taïwan, petite oasis démocratique de 23 millions d’habitants dont ils revendiquent le territoire : 38 incursions dans son espace de défense aérien en une seule journée ! 

Faut-il avoir peur de la Chine ? C’est un thème qui a hanté les deux dernières campagnes présidentielles américaines mais qui ne trouble pas la nôtre, empéguée dans les débats franco-français d’une douce France qui dérive lentement. Il est toutefois permis de se demander si les moulinets chinois ne menacent pas, à terme, la paix du monde. Une question qui aurait fait hausser les épaules à Jacques Chirac : il aimait rappeler que l’empire du Milieu a toujours eu trop à faire avec lui-même et ses pulsions centrifuges pour partir à la conquête de nouveaux horizons. Soit. Mais, au cours des deux mille ans d’histoire impériale, le territoire chinois s’est agrandi grâce, notamment, aux guerres en Asie centrale de l’empereur Qianlong (1711-1799), poète, peintre et calligraphe. 

Sous la présidence de Xi Jinping, la Chine est en train de renouer, malgré les aléas, avec les périodes fastes de son histoire, symbolisées par Qianlong et quelques autres. Économiquement : son PIB est appelé à dépasser à brève échéance celui des États-Unis – en 2025, selon certaines estimations ! Militairement : elle s’est lancée depuis peu dans la course aux armements. Sur le plan de la flotte maritime, son armée surpasse déjà celle des États-Unis : 350 bâtiments, contre 293, et ce n’est pas fini. Stratégiquement, enfin : elle fait son nid partout, en Afrique, à la recherche de métaux rares, jusqu’en Turquie où elle investit massivement, tressant la corde qui soutient le pendu (Erdogan). Si rien ne permet d’affirmer encore que la Chine cède à l’hubris des puissances va-t-en-guerre, la raison commande la vigilance : mieux vaut ne pas la quitter des yeux. 

Les succès chinois nous interrogent, l’heure où nos vieilles démocraties doutent de plus en plus d’elles-mêmes, minées qu’elles sont par le wokisme, le populisme, l’indigénisme, le décolonialisme, les mises à l’index, etc. Des bêtises souvent made in USA qui plaquent sur nous la chape de plomb de la « tyrannie douce » qui, prophétisait Tocqueville, est l’avenir de l’Occident. Force est de constater que le maoïsme, l’une des idéologies les plus hideuses et mortifères du siècle dernier (au moins 40 millions de morts), a accouché à partir de 1978, sous la houlette du réformateur Deng Xiaoping, d’un système qui, apparemment, marche mieux que le nôtre, si l’on en juge par les statistiques et ses capacités d’innovation. 

Vous direz que, Dieu merci, nous ne sommes pas des Chinois. Souvent soumis à la dure loi du « 996 » (au travail de 9 heures à 19 heures, six jours sur sept), ils sont infantilisés par un système politique dont le programme est quasiment orwellien. Certes, on aura du mal à lui reprocher d’avoir diminué le temps que les moins de 18 ans ont le droit de passer devant les jeux vidéo (une heure par jour, trois fois par semaine), qualifiés d’« opium mental » par la presse officielle. Mais la Chine piétine toujours allègrement les libertés fondamentales grâce, entre autres, à la reconnaissance faciale qui s’impose partout. Son système fait, surtout, mentir la vieille idée occidentale selon laquelle il n’y aurait pas de développement économique qui tienne sans démocratie. 

Qu’avons-nous à apprendre de la Chine ? Bien plus qu’on ne pense. Il n’est pas un domaine qu’elle ne cherche à investir, alors que nos bras ballants en ont abandonné tant. Actuelle comme jamais est la boutade d’un ancien Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas, en 1973 : « Je vais en Chine pour mieux voir la France et ses problèmes »§

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