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Gérard Araud – Nucléaire iranien : la balle est dans le camp de Téhéran

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CHRONIQUE. Joe Biden ne peut offrir mieux qu’une levée partielle et sans doute temporaire des sanctions pour tenter de convaincre les Iraniens. Suffisant ?

Le Guide supreme iraien l'ayatollah Ali Khamenei a Teheran le 27 septembre 2021.
Le Guide suprême iraien l’ayatollah Ali Khamenei à Téhéran le 27 septembre 2021.© IRANIAN LEADER PRESS OFFICE/HAND / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Par Gérard Araud Publié le 24/10/2021 LE POINT

Après une douzaine d’années de négociations, lancées par la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne en 2003, et de sanctions votées par le Conseil de sécurité à plusieurs reprises, l’Iran a finalement accepté, en 2015, de signer un accord, appelé JCPOA, qui limitait et contrôlait un programme nucléaire qui était resté longtemps clandestin et présentait toutes les caractéristiques d’un projet militaire.

Les sanctions furent alors levées, tandis que l’Iran respectait ses obligations comme le vérifiait l’AIEA, l’Agence des Nations unies pour l’énergie atomique. Trump remit tout brutalement en cause en 2018 en dénonçant le JCPOA. Non seulement il rétablit les sanctions précédentes, mais il y en ajouta d’autres particulièrement punitives.

« Pression maximale »

Jamais, un pays n’avait subi une guerre économique de cette ampleur. Les entreprises européennes, sommées de choisir entre le marché américain et iranien, n’hésitèrent pas un instant et quittèrent hâtivement le second. L’Iran perdit 9 % de son PIB en 2019 mais tint bon et, comme on pouvait s’y attendre, relança son programme nucléaire au-delà des limites reconnues par l’accord. Le résultat paradoxal de cette politique américaine dite de « pression maximale » est donc que, aujourd’hui, jamais la République islamique n’a été à ce point proche de détenir la quantité d’uranium enrichi nécessaire pour construire une arme. Elle a accéléré ce qu’elle prétendait éviter.

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C’est dans le contexte de cet échec qu’est arrivée l’administration Biden, où d’ailleurs le conseiller national de sécurité, Jake Sullivan, et le directeur général de la CIA, Bill Burns, avaient participé à la négociation de l’accord de 2015. Comme il l’avait annoncé durant la campagne électorale, le nouveau président fit état, dès les premières semaines de son mandat, de son intention de faire revenir son pays dans le cadre du JCPOA à condition naturellement que l’Iran en fasse autant.

Depuis lors, des négociations indirectes se sont ouvertes entre Américains et Iraniens par l’intermédiaire des Européens, des Russes et des Chinois, mais rien n’en est encore sorti. Il faut faire la part de l’élection présidentielle en Iran, en juin, et de l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle équipe à Téhéran qui ont mis les discussions au point mort durant l’été. Ce n’est que récemment que les négociations ont repris. C’est évidemment une bonne nouvelle, mais aujourd’hui, rien n’incline à l’optimisme.

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Demande de garanties

Les Iraniens, non sans raison, demandent les garanties que les États-Unis ne rompront pas, de nouveau, l’accord après l’élection présidentielle de 2024, comme les en menacent les républicains s’ils reprennent la Maison-Blanche, ce qui est juridiquement impossible pour Washington. À quoi bon faire des concessions, disent les radicaux à Téhéran, si c’est pour un bénéfice temporaire ?

Si temporaire qu’il est probable que les entreprises étrangères ne reviendront pas sur le marché iranien, au risque de devoir le quitter à brève échéance et de perdre ainsi leurs investissements. Après tout, le pays a résisté jusqu’ici ; les sanctions perdent de leur efficacité avec le temps au fur et à mesure que l’on apprend à les contourner ; autant se tourner vers la Russie et la Chine tout en acquérant une technologie nucléaire qui, en elle-même, aura un effet dissuasif même si l’Iran ne franchit pas le dernier pas jusqu’à la bombe.

Nombreux obstacles

Du côté américain, les obstacles ne manquent pas non plus. Non seulement les républicains sont unanimement vent debout contre le retour dans le JCPOA, mais certains démocrates ne sont pas non plus favorables pour permettre à la République islamique de vendre son pétrole et son gaz. Ils craignent que ces ressources ne soient utilisées pour financer le terrorisme et les entreprises iraniennes au Yémen, en Irak et au Liban qui sont, il est vrai, une préoccupation de l’ensemble des pays de la région. Ils demandent donc que l’accord soit élargi pour obtenir des garanties de l’Iran sur les autres sujets que le nucléaire, ce que refuse évidemment Téhéran.

Lorsqu’avec mes collègues ambassadeurs européens à Washington, en 2015, j’aidais l’administration Obama à rallier les élus démocrates derrière le texte, je me rappelle, en particulier, de l’opposition résolue du sénateur démocrate Menendez. Or, le voilà aujourd’hui président de la puissante commission des Affaires étrangères du Sénat, toujours aussi anti-iranien… Par ailleurs, les ambassadeurs d’Israël, des Émirats arabes unis et d’Arabie saoudite ont aussi leurs entrées au Congrès et n’ont cessé de critiquer le JCPOA. Enfin, dans l’opinion publique, pas de pays plus impopulaire que la République islamique. La marge de manœuvre de la Maison-Blanche est donc réduite.

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Au fond, tout dépendra de l’estimation que fera, à Téhéran, le Guide suprême du bénéfice à tirer de l’assurance de deux ou trois ans de levée partielle des sanctions américaines, puisque c’est tout ce que peut offrir Washington. S’il se prononçait contre ce choix, nous rentrerions alors dans la zone dangereuse où l’hypothèse d’une opération israélienne contre les sites nucléaires iraniens redeviendrait d’actualité. En effet, Israël considère la perspective d’un Iran doté de l’arme nucléaire comme un danger existentiel et ne s’y résignera pas. On entrerait alors dans la zone de tous les dangers au Moyen-Orient.

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