MEMORABILIA

«Faits et gestes» N°21 par Ivan Rioufol : Sapeur Camember, le retour

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Par Ivan Rioufol LE FIGARO. 24 octobre 2021

LETTRE EXCLUSIVE ABONNÉS – Une analyse percutante des détails de l’actualité de la semaine écoulée.

Chers lecteurs,

Voici quelques-unes de mes notes, non utilisées, de cette semaine.

Lundi 18 octobre : L’anagramme de Macron : Monarc. Il n’est pas le premier président de la République à avoir reconstitué sa cour à l’Élysée, ni à mener grand train selon son bon plaisir. Les Français ne se sont jamais consolés de leur crime révolutionnaire contre Louis XVI et de l’abolition de la monarchie. Pourtant, il y a chez Macron, plus que chez d’autres, un souverain mépris pour le peuple d’en bas. La morgue habite aussi nombre des nouveaux «aristos» de la macronie. Ces parvenus regardent de haut, à leur tour, le bas peuple et ses inquiétudes. Je suis frappé de constater que Macron n’arrive toujours pas à respecter les gens de peu, quand ils disent s’inquiéter des fins de mois plutôt que de la fin du monde, ou quand ils assument se méfier des vaccins expérimentaux contre le Covid. Dans son livre à paraître, François Hollande étrille son successeur, qui «saute d’une conviction à l’autre comme une grenouille sur des nénuphars». Il dit drôlement de lui, détournant Victor Hugo : «Déjà caméléon perçait sous Bonaparte». Il y a évidemment de l’amertume et de la médiocre vengeance chez Hollande. Lui-même, quand il qualifiait les plus pauvres de «sans dents», avait le ricanement élitiste et obscène. Mais je suis surpris par la détestation qui s’agrège sur Macron, hormis son socle de militants toujours fidèles et des sondages de confiance plutôt flatteurs. Je vois déjà le flot d’injures que la petite meute macronienne, qui sature habituellement mes commentaires quand ils sont irrévérencieux, va me réserver…

Mardi 19 octobre : L’humoriste Philippe Chevalier, qui faisait naguère duo avec Régis Laspalès, explique tranquillement ce matin dans L’Heure des pros, sur CNews, qu’il votera Marine Le Pen à la prochaine présidentielle. Lui qui est marié à une Sénégalaise récuse l’accusation en racisme qui pourrait lui être portée. Il est xénophile, assure-t-il. Mais il dit, dans une expression orale limpide, qu’il n’en peut plus de voir son pays décliner, incapable de la moindre autorité contre les fauteurs de troubles. Il s’avoue «réactionnaire» et dit regretter que ceux qui s’apitoient sur les peuples lointains ne voient rien de la détresse de leurs voisins. Bref, Chevalier dit, aimablement, des propos qui ne choquent plus personne. Pas même Laurent Joffrin qui, sur le plateau, lui assure qu’évidemment «il n’y aura pas de représailles contre vous». Sans doute. Il n’empêche qu’un tel «outing» était encore suicidaire pour un artiste il y a quelques années, voire quelques mois. Jean Roucas, par exemple, ne s’en est pas remis. Cette déculpabilisation de certaines opinions, jadis tenues pour interdites par la police des idées (dans laquelle Joffrin était un haut gradé), signe l’échec du terrorisme intellectuel des «progressistes». Il est vrai que les néofascistes et néoantisémites sont désormais à l’extrême gauche. Une omerta les protège encore ; plus pour longtemps j’espère.

Mercredi 20 octobre : L’assemblée débat à nouveau de la reconduction du passe sanitaire jusqu’à l’été prochain. Cette histoire est sans fin. Le basculement idéologique de ce quinquennat est daté : il a eu lieu le 12 juillet 2021, à 20 heures. Ce soir-là, durant près d’une demi-heure, un Macron martial a installé face aux caméras sa nouvelle doctrine : elle sera sanitaire, exclusivement sanitaire. Or, bien peu se seront affolés de cet hygiénisme d’État et de ses conséquences potentiellement totalitaires et attentatoires aux libertés individuelles. On y vient. Cette pente du «care» (soin) vers le tout sanitaire obligatoire avait déjà été analysée par Michel Foucault en 1975 (Surveiller et punir) dans sa description d’un biopouvoir en quête d’une communauté saine. «Il n’y a pas d’alternative», répète aujourd’hui le gouvernement. «Le parti a toujours raison !», hurlaient naguère les communistes. J’enrage de voir avec quelle facilité le pouvoir a réussi à imposer sa doctrine tyrannique, en instrumentalisant la peur des gens. Il paraît qu’il ne faut pas parler de «dictature sanitaire». Mais comment appelle-t-on un régime qui traite les gens en bonne santé comme des pestiférés interdits d’accès à certains lieux anodins, au prétexte qu’ils osent user de leur libre arbitre et d’une analyse bénéfice-risque avant de se faire vacciner. L’autre semaine, j’ai fait faire ma piqûre de rappel anti-tétanos (ah ! Qui y pense ?) à l’infirmerie du Figaro. Ceci pour dire que je ne suis pas «antivax». Mais vu les témoignages sur les effets secondaires des vaccins anti-Covid que je reçois encore en masse (voir ma lettre du 17 octobre), je ne me plierai pas aux injonctions «civiques» de la propagande d’État.

Jeudi 21 octobre : Le Grand remplacement ? «Fake news !», «complotisme» ! répondent les commentateurs comme-il-faut. Pour avoir lancé naguère cette image, l’écrivain Renaud Camus est jugé infréquentable par le petit monde médiatique adepte de la copie conforme et de la pensée lisse. Or voici un sondage Harris Interactive publié par Challenges . Le sondeur reprend la définition de Camus sur le Grand remplacement : «Les populations européennes, blanches et chrétiennes étant menacées d’extinction suite à l’immigration musulmane, provenant du Maghreb et de l’Afrique noire». Et le sondeur pose la question : «Pensez-vous qu’un tel phénomène va se produire en France ?». Les réponses, une fois de plus, révèlent la déconnexion des commentateurs professionnels avec le reste de la société. Plus de 6 Français sur 10 estiment que ce phénomène va se produire, dont plus d’un quart estimant ce phénomène certain. Et deux tiers des Français déclarent que ce phénomène les inquiète fortement. Les lyncheurs s’excuseront-ils auprès de l’écrivain maudit ? Tu parles…

Vendredi 22 octobre : C’est donc un chèque de 100 euros que le gouvernement va distribuer aux Français les plus modestes pour compenser leur perte de pouvoir d’achat. La machine technocratique a gagné. Elle s’inspire du sapeur Camember. Souvenez-vous : il creusait un trou pour y mettre la terre du trou qu’il venait de creuser et ainsi de suite. Baisser les impôts ou les taxes ? Pourquoi faire simple ?

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