MEMORABILIA

Jacques-Olivier Martin: «L’hélicoptère à billets du président Macron»

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Par Jacques-Olivier Martin. 23 octobre 2021

Emmanuel Macron, comme ses prédécesseurs, se laisse aller à la facilité d’une politique coûteuse et inefficace.POOL/REUTERS

CHRONIQUE – Le chèque de 100 euros pour atténuer la hausse des prix des carburants est en réalité un non-sens sur toute la ligne.

Il n’y a pas d’argent magique, se plaît à dire Emmanuel Macron, soucieux d’afficher son sérieux budgétaire auprès de tous ceux qui pensent qu’il n’est pas bon de dépenser l’argent que l’on n’a pas. Faut-il le croire? De plus en plus difficilement. Ne vient-il pas de donner les clés de l’hélicoptère à billets à Jean Castex pour que son premier ministre déverse 38 millions de chèques de 100 euros pour atténuer la hausse des prix des carburants? Faisons les comptes: 3,8 milliards d’euros d’argent magique pour éviter la colère des Français à quelques mois de la présidentielle: le geste est ample…

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Notons que dans cette affaire de flambée des prix, la France est le seul pays européen à distribuer des «coupons carburant» quand le baril de pétrole augmente. D’aucuns pourraient penser que nous vivons dans l’État le plus prospère du continent. Ils se tromperaient. Au palmarès des performances économiques, la France est championne de la dépense publique et des impôts (les deux vont généralement de pair), tutoie les sommets en matière de déficits et de dette publique. Pour le reste (chômage, richesse par habitant, excédent commercial…), notre pays n’a aucune raison de plastronner.

C’est bien par de la dette que l’exécutif finance sa stratégie du chèque. Au risque de dégrader un peu plus notre souveraineté financière

Ce chèque de 100 euros est en réalité un non-sens sur toute la ligne. La plupart des bénéficiaires le jugeront insuffisant et surtout un tel geste les confortera dans l’idée que l’État peut tout, même les prémunir contre l’inflation mondiale de l’énergie, de l’essence, du gaz… Cette politique à guichet ouvert nourrit la dépendance aux aides publiques, affaiblit financièrement notre pays et donc finit insidieusement par appauvrir ses habitants.

Ajoutons que l’argent magique déversé par l’hélico de Jean Castex ne tombe pas du ciel, ni d’un quelconque coffre-fort. Dans un pays où le déficit public dépasse les 8 %, il n’y a pas de cagnotte, comme certains voudraient nous le laisser croire. Non, c’est bien par de la dette que l’exécutif finance sa stratégie du chèque. Au risque de dégrader un peu plus notre souveraineté financière. Plus un pays emprunte et plus il dépend de ses créanciers pour moitié non-résidents.

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Enfin, l’indemnité inflation pas plus que le chèque énergie ne régleront le problème de pouvoir d’achat que ressentent nos concitoyens. À vrai dire, les «gilets jaunes» dont le retour est aujourd’hui tant redouté ne réclament pas des subventions. Ils veulent avant tout que leur travail rapporte plus. Or, sur ce sujet, l’État est loin d’être démuni. Il peut même beaucoup. Comment? En dépensant mieux et moins, il allégerait ses besoins, et par ricochet les prélèvements (impôts, charges et autres taxes) qui amputent en France plus qu’ailleurs les salaires. Le sérieux budgétaire améliorerait aussi la compétitivité des entreprises et les rémunérations des salariés.

Cette politique est, il est vrai, beaucoup plus difficile à mettre en œuvre que de faire voler l’hélicoptère à billets. La transformation de la France et l’apaisement des «gilets jaunes» sont pourtant à ce prix. Emmanuel Macron le sait, mais, comme ses prédécesseurs, se laisse aller à la facilité d’une politique coûteuse et inefficace.

Métavers, métarisque

Il aura fallu six jours pour créer le monde et l’humanité. Combien en faudra-t-il pour bâtir l’univers numérique? Mark Zuckerberg a promis de recruter 10.000 cerveaux pour participer à la fabrication du métavers, la doublure numérique de notre univers. Des start-up se créent par dizaines pour y participer également. De grandes marques s’y intéressent déjà.

Depuis trois décennies, les innovations numériques s’additionnent, se recombinent et ouvrent de nouvelles voies, des filons qui attirent les pelles et les pioches 2.0. Il en fut ainsi de la blockchain, il y a peu, de la réalité virtuelle, de l’IA, de la «deep tech» et plus récemment des jetons non fongibles, les fameux NFT, qui secouent le mode de l’art et des collectionneurs de cartes «paninis» numériques.

Pour le fondateur de Facebook, le métavers est une innovation numérique révolutionnaire. Il est bon de l’écouter. Les innovateurs et les prospectivistes des nouvelles technologies se trompent rarement. Dans moins d’une décennie, munis d’un casque, de lunettes, ou d’un autre outil, nous vivrons donc aussi au travers d’un hologramme dirigé par notre cerveau dans un monde virtuel où tout sera en théorie possible. Pour le meilleur (c’est la promesse), mais aussi pour le pire, comme les réseaux sociaux nous l’ont appris. Courage…

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