MEMORABILIA

Mathieu Bock-Coté: «Le présent confisqué»

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Par Mathieu Bock-Côté 29 octobre 2021. LE FIGARO

CHRONIQUE – Les références obsessionnelles et terriblement désincarnées à la Deuxième Guerre mondiale saturent l’espace public, comme si d’un coup, la France était condamnée à revivre les divisions de cette époque.

Si l’histoire peut éclairer le présent, elle peut aussi le dévorer et le confisquer, en poussant les hommes d’une époque à revivre toujours les querelles des précédentes, ce qui déréalise la vie politique, et la rend même spectrale. On le constate depuis quelques semaines, alors que les références obsessionnelles et terriblement désincarnées à la Deuxième Guerre mondiale saturent l’espace public, comme si d’un coup, la France était condamnée à revivre, à tout le moins de manière théâtrale et parodique, les divisions de cette époque, dont huit décennies nous éloignent. Ajoutons, puisqu’il le faut, qu’il y a quelque chose d’absurde à placer la figure du maréchal Pétain au cœur de l’élection présidentielle quand tous les candidats sérieux, déclarés ou non, se réclament, pour peu qu’on ne déforme pas leurs propos, de l’épopée gaulliste au point même de se réclamer d’un parti, comme le RPR, qui a voulu la poursuivre longtemps après la mort du Général.À découvrir

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Cet ensevelissement du présent, nous le savons, relève du système de défense d’un système qui fait de la mémoire une arme rhétorique de bannissement civique pour mater ceux qu’il présente comme des dissidents et des rebelles, en les transformant à coups de citations déformées en héritiers du pétainisme, de la collaboration. Il s’agit de provoquer l’effroi en transformant les contemporains détestés en revenants d’hier, comme si toujours, la nation devait revivre le traumatisme de 1940. Tout cela lasse, tellement cette rhétorique est fausse et usée. On y verra un système d’épouvante ritualisé confirmant la radicalisation du décalage entre l’espace public officiel et médiatiquement porté et les préférences populaires. Mais l’antifascisme parodique a-t-il vraiment de l’avenir? Il a beau se décliner aujourd’hui en néo-antiracisme et en luttes spécialisées contre toutes les phobies imaginables, peut-il encore mordre sur une réalité qui lui échappe?

Immigration massive

Revenons-y: quelle heure est-il? C’est ce qu’Alain Finkielkraut a nommé la seule exactitude. Quelle est la singularité de notre temps, et à quelle épreuve existentielle la France est-elle confrontée? L’honnêteté suffira à nous convaincre que l’immigration massive est la grande question du présent, d’autant qu’elle entraîne une mutation démographique condamnant le peuple historique français à devenir progressivement minoritaire chez lui. Longtemps niée, cette révolution est aujourd’hui chantée par ceux qui veulent y voir une créolisation féconde de l’identité française, même si elle s’accompagne d’une partition ethnique objective du territoire et enclenche une dynamique de racialisation des rapports sociaux. Il n’est évidemment pas permis de ne pas partager leur joie. C’est l’existence même du peuple français qui est en question, pour peu qu’on ne le définisse pas exclusivement à la manière d’un territoire impersonnel seulement régulé par un système de valeurs, aussi honorables soient-elles.

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Qu’on se comprenne bien: il ne s’agit pas de bannir la référence à l’histoire, qui demeure une formidable école permettant aux dirigeants de comprendre les tendances lourdes et les passions qui animent les civilisations. Mais il faut en faire un usage subtil, comme nous y invite Marcel Gauchet, dans le deuxième tome de Comprendre le malaise français (Gallimard), en évoquant une piste intéressante. De manière aronienne, Gauchet y suggère que la question de l’immigration pourrait être à la Ve République ce que la question algérienne a été à la IVe. Le rapprochement est saisissant et frappe d’un coup l’imagination.

Figure issue du système

L’incapacité du régime à prendre à bras-le-corps une question vitale entraîne à la fois son discrédit et le rejet de la classe politique qui y est associée, et la recherche d’une solution qui lui soit extérieure, et qui vienne faire éclater un cadre politique incapacitant se retournant pratiquement contre la nation qu’il doit servir. À moins qu’une figure issue du système ne s’empare de cette préoccupation de manière crédible et résolue?

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L’histoire, autrement dit, est utile lorsqu’elle fournit des enseignements et permet de penser par analogies, en dévoilant les angles morts du présent. Il y a assurément des structures narratives récurrentes dans l’histoire d’un peuple, comme si à travers elles se dévoilaient des permanences mentales. Mais quise trompe d’époque se détourne de ses contemporains. S’il ne s’agit pas aujourd’hui de fantasmer sur une VI République mais de revenir à l’esprit de la V, on comprend que le grand enjeu demeure celui de la restauration de la souveraineté, et plus particulièrement, de la souveraineté populaire. Soit sortir du gouvernement des juges qui n’est rien d’autre qu’une falsification de l’État de droit au service d’une oligarchie se faisant passer pour une aristocratie éclairée. Telle est peut-être la véritable constante de l’histoire de France.

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