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Wokisme et sanitarisme, les deux mamelles de notre déclin 

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L’utopique retour de la société pure : après l’abondance, l’austérité puritaine

Jérôme Blanchet-Gravel – 29 octobre 2021 CAUSEUR

Wokisme et sanitarisme, les deux mamelles de notre déclin

Le monde d’après est un monde en quête d’inaction, d’ataraxie et de limites… 


Zéro covid, zéro déchet, zéro carbone, zéro calorie, zéro pollution sonore. En France, Éric Zemmour prône désormais une « immigration zéro ». Au Québec, le ministre des Transports, François Bonnardel, a annoncé qu’il rêvait d’un « bilan zéro » en matière d’accidents de véhicules tout terrain. Nous sommes entrés dans l’ère des cibles nulles. Nous sommes face à un monde plus que jamais préoccupé par ses limites en tous genres, un monde fini, un monde en quête d’absolus et de stabilité.

L’Occident fatigué de vivre

L’Occident ne vit plus : il existe. Qu’est-ce que le zéro sinon le chiffre de l’absence et du vide, alors que la vie signifie tout le contraire ? Autrefois le chantre de la croissance illimitée, l’Occident rêve maintenant de doux confinements, de télétravail et parfois de décroissance économique, fatigué du mouvement incessant qu’il a lui-même déclenché avec la mondialisation. L’Occident ne rêve plus d’abondance, mais d’austérité. Il aspire au repos après avoir forcé les autres civilisations à sortir de leur immobilisme, il agence sa fatigue avec les envies de permanence de l’écologisme.

A lire aussi : Houellebecq, l’impuissance de l’Occident

Réguler, contrôler, contenir : l’Occident est passé de l’action à la rétention. Il ne veut plus repousser toujours plus ses limites, mais rétablir des anciennes et en créer de nouvelles. Le déclin géopolitique des États-Unis traduit aussi à sa façon ce repli. Après les avoir presque toutes abolies, l’Occident rétablit des frontières entre les groupes grâce au multiculturalisme, mais aussi entre les individus grâce au sanitarisme.

Quand wokisme et sanitarisme convergent

Nous sommes entrés dans un monde qui ne veut plus sentir l’haleine de son prochain, où les corps représentent eux-mêmes des frontières biologiques. Des États s’attellent à neutraliser les instincts de la foule au moyen de nouveaux appareils technologiques, de manière à dompter cette vie qui grouille et qu’on préfère encadrer et canaliser, à défaut de pouvoir totalement refouler. La France résiste encore quelque peu au courant, mais à des endroits comme le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et certains États américains, il s’impose déjà avec un grand naturel.

L’Occident est habité par une pulsion de mort. Comment ne pas voir dans le triomphe de tous ces puritanismes en vogue la victoire de Thanatos sur Éros, la victoire d’une vision stérile de l’existence humaine ? L’islamisme n’est pas la seule idéologie en jeu. Il y a des concordances entre le wokisme et le sanitarisme. Le premier vise à libérer la société de toutes les formes d’oppressions patriarcales et « coloniales » imaginables, tandis que le deuxième vise à la délivrer des moindres traces d’un virus tout aussi impossible à éradiquer en entier. Contre le virus de la colonisation, contre le coronavirus. Réhabilitant certains schèmes religieux, tous deux sont traversés par une volonté de purification ne pouvant se traduire politiquement que par des tendances autoritaires.

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Le monde comme « safe space » global

Nous voulons à nouveau une société pure, alors que la pureté nécessite de supprimer les forces vives jugées hostiles à l’établissement du Bien. Un projet réhabilitant une volonté d’unité fondamentale contraire au libéralisme. Les puritanismes en vogue sont fondés sur la logique du safe space née dans les universités américaines, c’est-à-dire sur cette idée d’un espace à 100% sécuritaire. À l’origine, les safe spaces sont des espaces où la liberté d’expression est limitée pour ne pas heurter la sensibilité de gens partageant les mêmes idées, mais il semble que la notion tende à être étendue à d’autres sphères. La sécurité est primordiale dans une société digne de ce nom – la violence est inacceptable –, mais le fait d’en faire un absolu est une dangereuse utopie.

Aujourd’hui, il s’agirait d’étendre la zone de confort des individus le plus loin possible, comme si les États n’avaient plus d’autres fins que d’assurer la sûreté de leurs membres atomisés. Leur sécurité sanitaire, identitaire, écologique et psychologique en particulier, en assurant le maintien de leur bulle contre une jungle environnante pouvant toujours mettre en péril leur fragile intégrité.

A lire aussi, de Blanchet-Gravel : Extension du domaine du safe space

La pandémie de Covid-19 a montré à quel point les sociétés occidentales avaient développé un appétit pour le contrôle après des décennies de libéralisme et de laisser-faire. Nous ne rêvons plus à plus, mais à moins et même à rien, dans un renversant renversement.

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