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Renaud Girard: «L’UE, l’idiot utile du combat climatique

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Par Renaud Girard. LE FIGARO. 1er novembre 2021

CHRONIQUE – Le premier rôle de la conférence de Glasgow sera de dresser un tableau aussi exhaustif que possible des problèmes de changement climatique et d’amenuisement de la biodiversité qui se posent à la planète.

À Glasgow a commencé, le 1er novembre 2021, la grand-messe internationale annuelle consacrée au changement climatique. C’est la COP26, ou 26conférence des parties. Ces parties sont les 195 pays, plus l’Union européenne (UE), qui ont ratifié la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Cette convention cadre a été élaborée lors du sommet de la Terre, qui s’était tenu à Rio en 1992. Pour la première fois, les nations du monde y reconnaissaient l’existence d’un dérèglement climatique et la responsabilité humaine dans ce phénomène.À découvrir

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Le premier rôle de la conférence de Glasgow sera de dresser un tableau aussi exhaustif que possible des problèmes de changement climatique et d’amenuisement de la biodiversité qui se posent à la planète. La conférence s’appuiera d’abord sur les travaux du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Regroupant les 195 États, siégeant à Genève dans les locaux de l’Organisation météorologique mondiale et financé par le Programme des Nations unies pour l’environnement, le Giec a pour mission d’évaluer les informations scientifiques, techniques et socio-économiques existantes qui permettent de comprendre les risques liés au réchauffement climatique d’origine humaine. Parmi les 27.000 personnes qui participeront à la COP26, il y aura aussi les représentants d’une multitude d’ONG travaillant sur le climat ou sur la biodiversité. On peut se moquer des grands forums de ce type, mais ce sont quand même eux qui font progresserles connaissances et les prisesde conscience planétaires.

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Deuxième enjeu de cette COP26, il faut que de nouveaux engagements soient pris par les États pour freiner le réchauffement climatique et l’arrêter à 1,5 °C par rapport à la période préindustrielle. Tout l’art de Boris Johnson, chef du gouvernement britannique et hôte de la conférence, devra donc être de susciter une compétition vertueuse entre États en matière de réduction des émissions de gaz à effets de serre.

La présentation au grand public des réalités chiffrées va créer un choc. On va s’apercevoir que la Chine relâche quatre fois plus de CO dans l’atmosphère que l’UE. Elle ne pourra pas rester sans rien faire. L’Inde et la Chine ne pourront plus se poser en pays sous-développés nécessitant une tolérance prolongée pour leurs industries polluantes. La Chine l’a compris, et elle a déjà entrepris un grand effort écologique. Elle partage le constat climatique des Occidentaux. Sa stratégie consiste désormais à proposer à sa population les filières à suivre pour accomplir la transition énergétique. Le message du gouvernement de Pékin à son peuple est le suivant: on va continuer à avoir une politique de croissance économique. Mais ce sera une croissance beaucoup plus confortable pour vous, car beaucoup moins polluante.

Compétition écologique?

Déjà, à Shenzhen, les Chinois disposent d’une vitrine. C’était un village de pêcheurs il y a quarante ans. C’est aujourd’hui une ville plus grande et plus moderne que sa voisine méridionale Hongkong. Cette mégapole frappe toujours le visiteur français parce qu’elle est à la fois grouillante et silencieuse. En effet, il n’y a pas, à Shenzhen, le moindre véhicule qui ne soit pas électrique.

Les Américains vont-ils relever le gant de cette compétition écologique? Oui. Ils se sont déjà lancés à fond dans cette voie, en faisant voter par le Congrès une loi de 1800 milliards d’investissements dans les infrastructures. Beaucoup iront à la transition énergétique. À tout prendre, ne faut-il pas préférer une compétition de ce type entre Américains et Chinois, qu’une course aux armes nucléaires hypersoniques?

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Géopolitiquement, la seule chose à regretter est que l’UE semble être devenue l’idiot utile du combat climatique. Elle s’impose beaucoup plus d’efforts et de restrictions que les autres. Elle ravage ses paysages d’énormes éoliennes. Elle sanctionne de manière masochiste ses grandes entreprises qui font de la croissance. Plus grand marché du monde, elle est incapable de taxer fortement à ses frontières les produits arrivant des pays pollueurs. En appauvrissant son industrie, en rechignant à moderniser ses centrales nucléaires, elle se laisse distancer par l’Amérique et la Chine. Pour pouvoir financer une réelle transition énergétique, l’Europe doit comprendre qu’elle doit d’abord gagner beaucoup d’argent. L’abandon par l’Allemagne de l’énergie nucléaire a été une grave faute stratégique d’Angela Merkel, pour répondre à un défi électoral des Verts, après Fukushima.

Pour relever avec réalisme le défi du réchauffement climatique, la France, quant à elle, doit absolument moderniser sa filière nucléaire, qui est sa seule capacité énergétique disponible décarbonée non intermittente.

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