MEMORABILIA

Villa Médicis : le Grand Remplacement culturel en marche

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Marie d’Armagnac 3 novembre 2021 BL

BOULEVARD VOLTAIRE

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Qui est Marie-Cécile Zinsou, franco-béninoise, nouvelle présidente de la Villa Médicis à Rome ? Mais d’abord, qu’est-ce que la Villa Médicis ?

Lieu prestigieux et convoité, perché sur la colline du Pincio, accolé à la magnifique Trinité-des-Monts, c’est le siège de l’Académie de France à Rome, créée en 1666 sous l’impulsion du Bernin. Elle a accueilli Boucher, Fragonard, Houdon, Ingres. C’est aujourd’hui un lieu de résidence d’artistes de diverses disciplines sélectionnés sur présentation d’un projet et, à ce titre, une vitrine de l’art contemporain. Le nouveau directeur, nommé en août 2020, Sam Stourdzé, expliquait au Figaro, lors de sa nomination, qu’il entendait « accroître sa mobilité artistique en croisant plus et mieux les disciplines. Sa mobilité sociale en misant sur plus de diversité dans le recrutement de ses pensionnaires et sur l’ouverture vers certains pays, à commencer par l’Afrique. »

À ce directeur, Emmanuel Macron vient donc d’adjoindre une présidente, Marie-Cécile Zinsou.

Le média Jeune Afrique lui consacre un entretien où l’historienne de l’art et femme d’affaires qu’elle est se dévoile. Il semble que si elle revendique sa double nationalité, son identitébéninoise et plus largement africaine ait pris le pas sur ses racines françaises. Son parcours professionnel, son engagement militent clairement dans cette direction. Présidente de la Fondation Zinsou au Bénin dont l’objectif est de « faire partager à toutes nos populations la fierté des créations culturelles de notre continent, l’Afrique, et faire dialoguer ces créations avec le monde » et de lutter « à sa manière contre les préjugés qui entourent encore trop souvent les initiatives artistiques et culturelles en Afrique », Marie-Cécile Zinsou est la fille du banquier d’affaires Lionel Zinsou, qui fut aussi Premier ministre du Bénin, et la petite-nièce d’un ancien président de la République du Bénin. Elle fut également très active dans le processus de restitution, par la France, de 25 œuvres béninoises, « un premier pas historique », et explique au média Jeune Afrique avoir longuement rencontré Emmanuel Macron lors du sommet Afrique-France qui s’est déroulé à Montpellier en octobre dernier. « Nous avons eu une vraie discussion sur ce que nous essayons d’instaurer entre les artistes, sur les expositions, sur la création africaine contemporaine… Pendant une heure, nous avons eu un dialogue très riche, sur le fond de ce qui constitue notre travail » en Afrique.

Aujourd’hui, elle s’insurge contre ceux qui voudraient, en critiquant cette nomination, la résumer à sa seule filiation : « C’est à la fois misogyne et complotiste », dit-elle, utilisant assez grossièrement les arguments massues en vogue de l’époque, les points Godwin qui, par leur seule mention, ont vocation à anesthésier, voire anéantir toute critique, tout débat. Elle affirme avoir, au-delà de sa filiation, toute légitimité dans le domaine artistique, puisqu’elle dirige depuis quinze ans cette fondation béninoise qui est aussi résidence d’artistes… financée à 60 % par son père.

Elle assure que son rôle à la Villa Médicis est bénévole et ne sera pas exécutif, reconnaissant implicitement que la direction sera toujours assumée par Sam Stourdzé. Mais, poursuit-elle, « mon rôle est de promouvoir la Villa, partout où cela sera possible, et notamment auprès des artistes avec lesquels nous travaillons avec la fondation [Zinsou, NDLR]. Le sujet n’est pas de créer une « promotion africaine » à la Villa Médicis, mais si des artistes d’Abidjan ou de Dar es Salaam veulent postuler, ce sera très bien. »

On peut évidemment s’interroger sur les arrière-pensées d’Emmanuel Macron dans cette nomination qui a tout d’une révérence faite à l’Afrique : s’attirer les bonnes grâces de l’électorat d’origine africaine en cette année présidentielle ? Ou, en même temps, avec en filigrane cette repentance maintes fois exprimée de la France ancienne puissance colonisatrice, promouvoir une sorte de Grand Remplacement, culturel cette fois-ci, dans une des plus prestigieuses académies de France ?

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