MEMORABILIA

Faut-il quitter Bordeaux ?

Scroll down to content

Embouteillages, insécurité, densité… La ville qui séduit tant les Parisiens aurait perdu sa douceur de vivre. Enquête.

https://www.dailymotion.com/embed/video/x85axgf?ads_params=rubrique%253DRegions%2526statut_article%253Dpayant%2526thematique%253DRegions%2526motcle%253DVilles%252FR%25C3%25A9gions%2526position%253Dhaut%2526abonne%253Doui&api=postMessage&apimode=json&autoplay=false&embed_index=1&id=f1f2d1da8eb23fe&mute=true&origin=https%3A%2F%2Fwww.lepoint.fr&pubtool=cpe&queue-autoplay-next=true&queue-enable=true&ui-highlight=falsePar Valérie PeifferPublié le 05/11/2021 à 07h00 – Modifié le 05/11/2021 à 10h00

Quitter Bordeaux ? De plus en plus de Bordelais se posent cette question. Une situation paradoxale, alors que la capitale girondine reste bien classée dans les palmarès des villes où il fait bon vivre… « Bordeaux a changé. Elle ne ressemble plus à la ville que j’ai aimée. Il y a beaucoup trop de monde partout », lance Olivier, qui a grandi à Pessac mais s’est installé à Bordeaux dès qu’il a quitté le nid familial. C’est aussi ce que pense sa compagne, Laura, qui n’en revient toujours pas de ne pas avoir pu boire un verre dans un bar avec des amies parce que, ce soir-là, elles n’avaient pas réservé… « Après avoir essayé dans cinq cafés, nous nous sommes repliées chez l’une d’entre nous ! » glisse-t-elle. Pour ce couple de quadras, la vie à Bordeaux n’est plus si agréable. Entre les embouteillages au quotidien, ceux du week-end, qui contrarient leur envie d’aller sur le bassin d’Arcachon, et les prix de l’immobilier, qui les empêchent d’acquérir l’échoppe de leurs rêves, ils se demandent si l’herbe ne serait pas plus verte dans une petite ville. « Depuis le confinement, j’ai envie d’horizon et de nature, note Olivier, qui aimerait s’installer dans une bourgade située sur la ligne ferrée entre Bordeaux et Toulouse. J’aimerais découvrir la vie de village. Même si je ne suis pas certain d’y trouver mon compte. »

Olivier et Laura ne sont pas les seuls à penser que leur ville est en surchauffe et à se dire qu’il est peut-être temps de la quitter. « La question mérite d’être posée, reconnaît un élu LR de Gironde. Entre les problèmes de mobilité, les difficultés à se loger et la bunkérisation du centre-ville, Bordeaux a perdu de sa douceur de vivre. » Bousculée par les nouveaux arrivants, l’ex-belle endormie n’a pas encore réussi à trouver son équilibre. Si les immeubles ont poussé comme des champignons à Ginko, aux Bassins à flot, et aujourd’hui dans le secteur Belcier, les infrastructures n’ont pas suivi. « On a densifié sans construire les équipements publics nécessaires, comme les écoles », note Aziz Skalli, conseiller municipal LREM à Bordeaux. Après l’euphorie des années 2000, animée par le fantasme d’une ville millionnaire en habitants, le temps du désenchantement est venu. Sur le terrain, tous les maires de la métropole constatent la même chose : une levée de boucliers des habitants contre la densification. Elle génère des logements de mauvaise qualité et des problèmes de stationnement. À Bordeaux, on construit trop, tel est le mot d’ordre des anciens contre les modernes.

Cercle vicieux. Mais ce n’est pas la seule plaie mise en avant par les Bordelais. Les embouteillages qui sévissent du matin au soir, la saturation du tramway et la hausse des prix de l’immobilier sont les autres symptômes de la crise de croissance du port de la Lune. « Tout est fait pour que l’on quitte Bordeaux, constate Aziz Skalli. C’est une ville en tension. Les classes moyennes n’ont plus les moyens de s’y loger : elles vont s’installer en deuxième couronne. Ce qui a pour conséquence d’augmenter encore plus la congestion sur la rocade… » Un cercle vicieux, dont personne n’a à ce jour trouvé la solution : si de nombreux Bordelais ont adopté le vélo comme moyen de locomotion, cela ne peut constituer la seule réponse.

La montée de la petite délinquance et son corollaire, la hausse du sentiment d’insécurité, font aussi partie des raisons avancées pour justifier un départ. « Certains endroits sont devenus le royaume des punks à chien », explique Christophe. Pour ce natif bordelais, qui vit depuis 2017 dans le quartier Saint-Paul, la situation est à présent insupportable. « Nous vivons un enfer. Ils sont sur les marches du palais des sports à demeure avec leurs chiens qu’ils ne tiennent pas en laisse. Ils se piquent dans la rue, devant les enfants… », précise ce père de deux petits, qui rêve de vendre son appartement pour s’installer ailleurs, comme l’on fait ses voisins, des ex-Parisiens qui ont acheté une maison à Latresne. « Il y a eu une nette amélioration à l’hiver 2020, car nous avons ouvert un refuge qui a pris en charge 25 personnes. Mais depuis la fin de l’été, il y a une nouvelle dégradation », reconnaît Amine Smihi, adjoint à la Sécurité. Et la mairie d’ajouter : « La mise à l’abri des publics en grande marginalité est une compétence de l’État. »

Bruyante. La terrasse du Carnaval Café cristallise les tensions. Plusieurs collectifs de riverains se mobilisent contre l’extension de ces espaces extérieurs, autorisée par la mairie depuis la levée des confinements.

« La colère monte ». « On a vendu du rêve aux Parisiens qui pensaient trouver dans Bordeaux un petit Paris en mieux, note un élu socialiste métropolitain. Ils découvrent une ville qui affiche les mêmes maux que la capitale. » L’autre grande nuisance, qui rend fous certains Bordelais, est liée aux « terrasses Covid ». Ainsi, plusieurs collectifs de riverains se sont constitués et font la guerre à la mairie pour mettre fin à l’autorisation donnée aux cafés d’agrandir leurs terrasses. C’est le cas de Terrasser le bruit : ce collectif lutte contre le Carnaval Café qui a transformé le carrefour entre la rue des Ayres et la rue Duffour-Dubergier en une immense terrasse. « Ce bar est ouvert jusqu’à deux heures du matin, sept jours sur sept, observe Nathalie, membre du collectif. Tous les soirs, de jeunes gens éméchés parlent fort, chantent ou crient… Sans que personne intervienne. La colère monte… »

Tous les mécontents quitteront-ils Bordeaux ? Ce n’est pas si sûr. Car le Bordeaux « new wave » a aussi des avantages. « La ville s’est embellie : elle est moins noire et plus ouverte », remarque Magali qui, après avoir vécu à Paris, aux États-Unis et à Amsterdam, est revenue s’installer en 2015 dans la ville où elle a grandi. « L’entre-soi de mon adolescence, qui me pesait, a cédé la place à un cosmopolitisme dynamisant », précise la jeune femme, autrice du blog Merrygraph, qui coache des créatifs pour les aider à mener à bien leur projet. « En termes de qualité de vie, Bordeaux reste un must : la ville est agréable et à taille humaine », observe-t-elle. C’est aussi ce qu’apprécient les nouveaux habitants qui ont troqué leur voiture pour des baskets ou un vélo. « Fini, les transports en commun bondés, tous les matins, je prends mon vélo pour accompagner mon fils à l’école avant de rejoindre mon travail, se réjouit Valentine. Et j’ai pu l’inscrire au foot et au judo sans passer par une liste d’attente… »

D’ailleurs, parmi les râleurs, beaucoup reconnaissent qu’ils ont de la chance de vivre ici, car Bordeaux offre un climat clément et une situation géographique remarquable. « Qui peut aller déguster des huîtres au bord de la mer, sur un coup de tête, en pleine semaine, en quittant son travail ? » interroge faussement Claire. Car si cette trentenaire, qui vit à Bordeaux depuis toujours, envisage parfois de partir, elle avoue – avec un petit sourire coupable – que le port de la Lune offre la possibilité de s’évader non seulement très vite, mais avec un choix à faire pâlir d’envie les Parisiens. Parce qu’à Bordeaux il n’y a pas que l’océan et ses longues plages : les Pyrénées ne sont pas si loin… « Pour un grand bol d’oxygène, la campagne du Sud Gironde est un endroit de rêve », ajoute Claire. Et si finalement la grogne des Bordelais n’était qu’un coup de semonce pour dire aux politiques de prendre leurs difficultés quotidiennes au sérieux…§

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :