MEMORABILIA

Faits & Gestes. Ivan Rioufol. 7 novembre 2021

 
  
 Chers lecteurs,

Voici quelques-unes de mes notes, non utilisées, de cette semaine. 


Lundi 1er novembre : Mon entretien avec Renaud Camus, diffusé hier soir sur CNews dans Les points sur les i, hystérise l’extrême gauche sur les réseaux sociaux. À en croire les lyncheurs, j’ai invité le clone d’Hitler. Tout doit être entrepris, pour ces Torquemada fous furieux, pour faire taire l’homme de lettres qui parle de grand remplacement. «Croyez ce que vous voyez», a expliqué en substance Camus hier soir. C’en est trop pour les désinformateurs : ils nient le réel depuis des décennies. La militante islamo-gauchiste Laurence De Cock a envoyé son tweet de dénonciation au CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel), le gendarme de l’audiovisuel : «À quel moment allez-vous commencer à considérer que la ligne rouge de la propagande fasciste est franchie». Le Docteur Jérôme Marty, que l’on a vu apparaître sur les écrans à l’occasion de la crise du Covid, qualifie de «honte» mon invitation (mais de quoi se mêle ce drôle de médecin politisé ?). Toutefois, l’attaque la plus virulente est venue de David Guiraud, infatué porte-parole de la jeunesse pour La France Insoumise. Pour lui, Camus est un pédophile ; point. Jusqu’alors, cette infamie était portée par Henri de Lesquen, personnage déjanté de l’extrême droite antisémite. Vendredi dernier, Camus lui demandait d’ailleurs des comptes en justice pour diffamation. Guiraud, en guise de preuves, exhume quelques phrases écrites il y a trente ans dans l’indifférence et qui sont aujourd’hui, en effet, déplacées. Mais l’écrivain, naguère militant homosexuel, a suffisamment écrit à l’époque sur sa sexualité pour que n’apparaisse nulle part dans ses livres une relation avec un mineur. Les procès staliniens devaient ressembler à ce qu’endure Camus. Je reçois ma part de boue au passage. Je me réconforte avec les nombreux messages qui me félicitent d’avoir invité un prétendu infréquentable, coupable d’être brillamment lucide. 

Mardi 2 novembre : Le Figaro titre sur «L’hôpital public à bout de souffle». J’avais évoqué le sujet ici, mercredi dernier. J’y reviens car il me semble que l’analyse n’est pas faite de la formidable arnaque que constitue cet État super-mamma, qui se voulait le grand ordonnateur du nouvel Ordre hygiéniste. Le gouvernement prétendait tout régenter, dans un centralisme pointilleux ne laissant aucune initiative en dehors des décisions du Conseil scientifique. Le sommet de l’infantilisation avait été atteint par Jean Castex le 22 mars 2021 avec la publication de ses «Dix Commandements», résumés par ce slogan débile : «Dedans avec les miens, dehors en citoyen». Je vous rappelle les conseils du premier ministre de la France : «Je ne reçois pas chez moi ; je ne me rends pas chez les autres ; j’aère régulièrement mon logement ; je ne sors plus après 19 heures, etc.». Or, derrière ce boy-scoutisme affligeant, voici que se révèle l’incapacité de l’État à gérer convenablement l’hôpital public, qui ferme des lits supplémentaires (5800 lits en moins en 2020 !) et fait fuir des soignants. Comment le gouvernement peut-il prétendre gérer autoritairement une crise sanitaire s’il n’est pas capable en préalable de vérifier le bon fonctionnement de l’hôpital public ? «Soyez fiers d’être des amateurs», avait dit Emmanuel Macron en février 2020, s’adressant aux députés. Sans commentaire. 

Mercredi 3 novembre : La Toile s’enflamme sur le «Pfizergate», dévoilé par le British Medical Journal. Il serait reproché au producteur de vaccins anti-Covid, Pfizer, d’avoir falsifié certaines données, par l’intermédiaire de la société Ventavia. Des effets secondaires auraient été tus. Apparemment personne ne se précipite pour reprendre ou approfondir cette infirmation, qui fait évidemment le bonheur des «antivax ». Le British Medical Journaln’est pourtant pas une feuille de chou. Je remarque que dès la publication par The Lancet d’une étude bidonnée sur les méfaits de l’hydroychloroquine, en mai 2020, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait immédiatement fait interdire la molécule si bon marché. Les médias avaient repris les conclusions erronées de la revue médicale. Je n’ai aucune certitude sur ces sujets. Mais dans cet univers pharmaceutique qui brasse des milliards d’euros, les possibles conflits d’intérêts me semblent sous-évalués dans les prises de décision. 

Jeudi 4 octobre : Éric Zemmour, exceptionnellement de retour ce soir dans son ancienne émission sur CNews, seul face à Christine Kelly durant une heure trente. Il redit que «la France est en danger de mort». Cette idée fixe me semble être une stratégie lumineuse. Je ne sais plus qui a dit (Picasso ?) : «Le génie c’est l’idée fixe». Tout le périple d’Ulysse est construit sur son obsession de retrouver Ithaque et sa Pénélope. Cézanne a peint près de cent fois le même motif de la montagne Sainte-Victoire (saccagée aujourd’hui par des éoliennes !). Dans Vogue la galère, Marcel Aymé fait dire à un de ses personnages : «Les radoteurs finissent toujours par avoir raison». J’ai d’ailleurs mis cette citation en exergue d’un de mes recueils de bloc-notes («La grande mascarade»). Car je suis moi-même un adepte de l’enfonçage de clous : cela fait trente ans que je tire sur le même fil du panurgisme et de l’aveuglement. À force d’envoyer des coups d’épaule dans le mur du politiquement correct, il est en train de s’effondrer. Zemmour a déjà obligé la trop prudente Marine le Pen à virer de bord : elle vient de troquer son slogan «Libertés, libertés chéries» pour le plus zemmourien : «Rendre aux Français leur pays». Tiens ! Il faudrait que j’écrive un «Éloge de l’idée fixe». 

Vendredi 5 novembre : Je retrouve dans un vieux carnet cette citation de l’écrivain américain Saul Bellow : «Montrez-moi le Proust des Papous, ou le Tolstoï des Zoulous, je le lirai». Son propos avait fait polémique chez les «antiracistes». Ils n’ont rien dit, depuis mercredi, de l’attribution du Goncourt au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr. L’écrivain pourrait pourtant être tenu coupable, selon les critères de la culture «woke», d’une «appropriation» de la langue française, instrument du pouvoir colonial.

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