MEMORABILIA

Xi Jinping, la quête du pouvoir absolu

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Par Sébastien Falletti LE FIGARO. 8 novembre 2021

Le président chinois, Xi Jinping, et son premier ministre, Li Keqiang (à gauche), le 30 septembre, à Pékin. GREG BAKER/AFP

RÉCIT – Lancé lundi, le plénum du PCC doit préparer le pays à une «nouvelle ère» à l’image du numéro un chinois.

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De l’intrigue, du suspense, et des accusations sulfureuses. Un inhabituel parfum de scandale plane sur la réunion feutrée des caciques du Parti communiste chinois (PCC) qui s’est ouvert lundi à Pékin, et qui doit décider de l’avenir de Xi Jinping à la tête de la deuxième puissance mondiale. La championne de tennis Peng Shuai a pris de court la propagande en accusant l’ancien vice-premier ministre, Zhang Gaoli, de l’avoir violée, le 2 novembre, lançant des accusations sans précédent contre un ex-membre du comité permanent du Politburo, le saint des saints du régime communiste.

La vainqueur en double de Roland-Garros a semé la stupeur en révélant sa relation sulfureuse sur la messagerie Weibo, avant d’être rattrapée par la grande armée des censeurs, qui ont rapidement effacé son post explosif, en vingt minutes. Tous les mots-clés permettant de remonter la trace de ce scandale d’alcôve, et même l’existence numérique de la star du tennis sont méthodiquement supprimés sur la toile chinoise, pour prévenir un scandale #MeToo, à l’heure du socialisme austère professé par le secrétaire général Xi.

L’enjeu de cette semaine est énorme. Cette résolution est l’équivalent d’un changement de République en FranceAlex Payette, fondateur du cabinet d’analyse Cercius.

Rien ne devait venir troubler l’atmosphère solennelle qui planera cette semaine sur le plénum du Comité central à Pékin, le rassemblement annuel des 400 plus puissants apparatchiks du Parti. Barricadés dans un hôtel de la capitale chinoise, les caciques doivent trancher d’une «résolution» sur l’histoire du PCC poussée par le secrétaire général Xi, visant à l’élever au rang de Mao Tsé-toung, et Deng Xiaoping, dans le panthéon du régime, et prolonger son règne sans partage sur le pays le plus peuplé du monde par-delà 2022.

Le plénum doit débattre «d’une importante résolution sur les grandes réussites et l’expérience historique des 100 années d’accomplissements du Parti» a annoncé l’agence Xinhua, sans publier le texte de la résolution, fidèle au culte du secret de la plus grande formation politique de la planète. Derrière cette formulation aride se profile un tournant majeur dans l’histoire de la Chine contemporaine, pointent les spécialistes du système marxiste-léniniste, au cœur d’une formation centenaire où l’instrumentalisation du passé est le nerf des joutes politiques d’aujourd’hui. «L’enjeu de cette semaine est énorme. Cette résolution est l’équivalent d’un changement de République en France» juge Alex Payette, fondateur du cabinet d’analyse Cercius.

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Seuls deux textes de ce type ont été adoptés au XXe siècle, marquant à chaque fois des césures majeures dans l’histoire de la Chine rouge. En 1945, Mao Tsé-toung impose sa «résolution» face à ses rivaux proches de Staline, dans un plénum le propulsant à la barre pour les décennies à venir. En 1981, le madré Deng tourne lui la page sanglante du maoïsme, et de la Révolution culturelle, pour lancer l’ère des «réformes et de l’ouverture», ouvrant le pays misérable au capitalisme, au monde, permettant le décollage économique spectaculaire de l’usine du monde.

Aujourd’hui, Xi veut à son tour égaler ses augustes prédécesseurs, en proclamant une «nouvelle ère» à son image, autoritaire, nationaliste, et résolument socialiste, défiant les démocraties occidentales. «Le plénum doit signifier l’avènement du néomaoïsme 2.0, et de l’autorité absolue de Xi», juge Wu Qiang, politologue indépendant, à Pékin. À l’issue d’une décennie dmontée en puissance, le dirigeant va «s’emparer de la République et du culte du Parti pour réaliser son propre couronnement, et établir un régime totalitaire d’un nouveau type», prédit l’ancien chercheur à la prestigieuse université Tsinghua.En relançant le slogan maoïste de la « prospérité commune », visant à combattre les inégalités, et mettant au pas les géants du secteur privé tels Alibaba, Xi orchestre une reprise en main étatique de l’économie

Ce nouvel ordre serait ensuite entériné au Congrès de l’automne 2022, selon le calendrier immuable du PCC, élevant Xi au-dessus de la mêlée, pour surplomber à son tour la politique chinoise, comme Mao et Deng l’avaient fait avant lui, à bonne distance des mortels. De «numéro un», Xi deviendrait «leader suprême», à l’abri des critiques, selon le script minutieusement préparé par le dirigeant de 68 ans, âge habituel de la retraite pour les dirigeants, et qui piétine la limite de dix ans de règne, respectée par ses prédécesseurs immédiats, Hu Jintao, et Jiang Zemin.

La presse officielle prépare le terrain à cet avènement, multipliant les articles hagiographiques à la gloire du «leader», et les appels à l’unité autour du «cœur» du Parti, augurant d’un plébiscite au plénum. «C’est un véritable leader du peuple», s’enthousiasme un ancien cadre de Shanghaï, cité par Le Quotidien du Peuple, qui consacre une longue série d’articles retraçant chaque étape du cursus honorum de ce fils d’un compagnon de route de Mao.

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Sa gestion énergique de la «guerre patriotique» contre le «démon du coronavirus» est un fait d’armes quasi militaire, venant compléter son attirail de «théoricien», illustrée par l’inscription de la «pensée de Xi Jinping» dans la constitution chinoise et les manuels scolaires, sculptant la statue d’un dirigeant visionnaire. «La navigation en haute mer requiert un timonier», pour avancer «la roue géante de la révolution chinoise» vers la «victoire», juge le journal du Parti.

Mais derrière l’unanimisme de la propagande, les batailles d’appareils font rage, et les résistances à ce virage à gauche, pointent. En relançant le slogan maoïste de la «prospérité commune», visant à combattre les inégalités, et mettant au pas les géants du secteur privé tels Alibaba, Xi orchestre une reprise en main étatique de l’économie. Celle-ci inquiète investisseurs et puissants au sein du Parti, qui ont tant profité du décollage du géant émergent depuis quarante ans.

Pari politique risqué

«Ce que demande Xi au Parti est très lourd. Il a besoin de cette résolution pour se dégager de l’héritage de Deng, mais il fait face à des résistances, alors que nombre de puissants ont bénéficié de cette époque. Il a dû faire des concessions, en reculant sur la taxe foncière», juge Payette. Un pari politique d’autant plus risqué à l’heure du ralentissement structurel de la croissance, et de l’affrontement frontal avec les États-Unis, au nom d’un nationalisme décomplexé, qui inquiète les élites économiques. Ces dernières semaines, le pouvoir a offert des gages aux partisans de l’ouverture, réaffirmant le rôle du «marché» par la voix de Liu He, le fidèle lieutenant de Xi, ou diluant un projet de taxe foncière qui inquiète les classes enrichies, repoussé à au moins cinq ans. Même Jack Ma, le fondateur d’Alibaba dans le viseur des autorités a eu le droit de s’envoler pour l’Espagne, comme pour rassurer les investisseurs échaudés.

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Le conclave doit rendre son verdict jeudi 11 novembre, et offrira un aperçu des rapports de force, un an avant le Congrès. Si un plébiscite est attendu, «rien n’est jamais certain à 100 %» pointe néanmoins Payette. L’absence de «résolution», qui exige un soutien massif pour être adoptée, serait un lourd revers pour Xi, signalant des divisions internes, et augurant d’une féroce bataille d’ici 2022.

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