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EXCLUSIF. Le Pen, Zemmour, Jadot, Bertrand… Ce que proposent les candidats pour sauver l’hôpital

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Choc d’attractivité, revalorisation, moins de bureaucratie… L’Express a demandé aux candidats élyséens un état des lieux et leurs propositions pour sortir de la crise le système hospitalier à bout de souffle.

Publié le 17/11/2021

  • L’EXPRESS

Des esprits tatillons qualifieraient le phénomène de paradoxal. Moins de deux ans après le début de la crise sanitaire qui a jeté sur l’hôpital public une lumière crue, les conditions de travail des médecins, du personnel médical et paramédical, la qualité de la prise en charge des patients, l’offre de soins, l’état des équipements n’occupent qu’une place infinitésimale dans les discours des candidats à la présidentielle. Que pensent ceux qui espèrent être demain aux manettes d’un pays encore secoué par une épidémie dont les rebonds nous paraissent non seulement interminables mais surtout imprévisibles ? Comment imaginent-ils la situation dans ces hôpitaux en crise ? Quelles améliorations envisagent-ils ?  LIRE AUSSI >> « Une logique folle qui devait aboutir à une crise » : pourquoi l’hôpital craque

Nous avons demandé aux différents candidats leur(s) mesure(s) forte(s) pour sauver l’hôpital public. Parmi ceux que nous avons interrogés, certains se prononcent pour la première fois sur le sujet. Emmanuel Macron, pas encore déclaré mais déjà à l’Elysée, a, lui, juré lors de sa récente allocution que « jamais, depuis la création de la Sécurité sociale, nous n’avions autant investi dans la santé » – rappelant que 19 milliards d’euros vont permettre de financer la rénovation des établissements hospitaliers « partout sur le territoire ». Dans son entourage, on assure que le président-s’il-est-candidat, souhaite « accentuer le Ségur en investissant davantage dans le foncier et dans l’attractivité des métiers, accroître la numérisation de l’univers médical, renforcer la dimension psychologique dans les formations ». Et, bien entendu, reprendre à son compte le projet de « Grande Sécu » mis sur la table par Olivier Véran.  LIRE AUSSI >> « Cela n’a pas changé notre vie » : un an après le Ségur de la Santé, le malaise demeure à l’hôpital

Valérie Pécresse : « Refonder l’hôpital public au service des malades »

Face à la crise l’hôpital a tenu, mais à quel prix ? Nos soignants ont été durement éprouvés. Conséquences : de nombreuses démissions, des fermetures de lit et une pénurie de médecins, qui menace la qualité des soins.  La Loupe, le podcastNouveau ! Ecoutez l’info de plus près
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Je veux plus de soignants pour l’hôpital. Pour recentrer l’Etat autour des trois missions « éduquer, protéger et soigner », je souhaite former et recruter 25 000 soignants supplémentaires sur le mandat, car il faut augmenter le temps médical au lit des malades. Je lancerai un audit sur les investissements nécessaires car les besoins sont criants, en s’appuyant aussi sur les évaluations des usagers de l’hôpital, systématiquement collectées et publiées.  

Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France et candidate LR à la présidentielle de 2022, lors d'un meeting à Saint-Julien-les-Villas, le 4 novembre 2021
Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France et candidate LR à la présidentielle de 2022, lors d’un meeting à Saint-Julien-les-Villas, le 4 novembre 2021afp.com/FRANCOIS NASCIMBENI

LIRE AUSSI >> Comment Valérie Pécresse veut sortir de l’étau Barnier-Bertrand

Je veux donner beaucoup plus de liberté et de responsabilités aux médecins chefs de service sur les investissements et les recrutements. Il faudra alléger drastiquement les contraintes bureaucratiques qui génèrent trop de coûts administratifs au détriment des dépenses de soins. Les hôpitaux pourront choisir le statut plus souple de fondation, comme les centres de lutte contre le cancer.  

Je veux que les Régions président les agences régionales de santé pour qu’elles organisent une étroite coopération entre hôpitaux publics et privés et médecins libéraux. Les financements hospitaliers seront liés davantage à des engagements de qualité, comme les délais maximaux pour obtenir un rendez-vous. Enfin, je reconnaîtrai pleinement les missions de service public des hôpitaux privés afin de mieux intégrer leurs services d’urgence au dispositif sanitaire.  LIRE AUSSI >> « Une explosion de burn-out » : après le Covid, les hôpitaux face à une pénurie de soignants

Yannick Jadot : « Nous reviendrons sur la tarification à l’acte »

Il faut inverser la logique de gestion, radicalement. Plutôt que de fixer un budget national décliné localement qui met tout le monde sous pression, il faut repenser l’offre de soins en fonction des territoires, par bassin de santé, avec tous les acteurs de la santé, les collectivités et les patients, et adopter un ratio de personnels par population. Dans chaque région, les moyens des hôpitaux publics devront être fixés selon la démographie, les âges, la situation sanitaire. Dans chaque établissement, comme pendant la crise sanitaire, l’organisation devra être définie par les médecins et les personnels soignants eux-mêmes. Nous reviendrons sur la tarification à l’acte et renforcerons les salaires et les effectifs.  

Yannick Jadot le 28 septembre 2021 à Pantin après l'annonce de sa victoire à la primaire
Yannick Jadot le 28 septembre 2021 à Pantin après l’annonce de sa victoire à la primaireafp.com/GEOFFROY VAN DER HASSELT

Je veux aussi donner à la prévention une place centrale dans notre stratégie sanitaire – alors qu’elle représente seulement 1,8 % du budget de la santé. Pour qu’il y ait moins de malades à l’hôpital, il faut moins de raisons de tomber malade. Nous subissons une explosion des maladies chroniques et des virus liée à la dégradation de l’environnement. Protéger l’environnement, c’est protéger la santé !  

Marine Le Pen : « La réorganisation des urgences, une nécessité pour patients et soignants »

Tous nos compatriotes connaissent l’attente interminable aux urgences ; de même, tous les soignants qui ont travaillé dans ces services connaissent l’engorgement sans solution, et parfois même la violence.  

J’ai trois propositions pour répondre à l’impérieuse nécessité de la réorganisation des services d’urgence de l’hôpital. Tout d’abord renforcer de façon significative le personnel et le former à cette médecine spécifique. Il m’apparaît aussi nécessaire de créer une filière distincte pour les patients les plus âgés ; une filière gérée par des spécialistes. Ces urgences gériatriques permettraient une prise en charge spécifique et adaptée aux pathologies qui touchent nos aînés et qui très souvent entraînent une hospitalisation. Enfin, je propose également de systématiser l’adossement aux urgences de cabinets médicaux libéraux vers lesquels pourraient être réorientés les patients relevant de la médecine de ville et non des urgences.  LIRE AUSSI >> Marine Le Pen seule face au vampire

Xavier Bertrand : »Remettre nos soignants au coeur de nos hôpitaux »

Notre système de santé nécessite plus qu’une énième réforme. Nous devons rebâtir un système pour les vingt ans à venir. L’accent doit être mis sur les soignants. Aujourd’hui, un tiers des postes à l’hôpital sont des postes administratifs, contre un quart en Allemagne. La gouvernance de l’hôpital doit être davantage médicale. Je veux remettre nos soignants au coeur de nos hôpitaux. 

Arrêtons de contingenter d’une façon ou d’une autre le numerus clausus et augmentons vraiment le nombre de médecins formés.  

Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France et candidat LR à la présidentielle de 2022, lors d'un meeting à La Baule, le 5 novembre 2021
Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France et candidat LR à la présidentielle de 2022, lors d’un meeting à La Baule, le 5 novembre 2021afp.com/Damien MEYER

Pour les infirmiers, les aides-soignants, les Ibode (infirmiers de bloc opératoire), pour ne prendre que ces seuls exemples, j’engagerai un plan massif sur l’attractivité des métiers. Cela ne concerne pas seulement les salaires, il y a aussi les conditions de travail, le logement, les perspectives de carrière, la validation de l’expérience et, de manière générale, la reconnaissance que la société leur doit. Bien évidemment, la bonne solution doit être globale. La santé doit marcher sur ses deux jambes : la ville et l’hôpital.  

Jean-Luc Mélenchon : « L’Etat doit planifier la reconstruction dès maintenant »

Notre hôpital a longtemps été le meilleur au monde, l’austérité et la marchandisation l’ont disloqué. Il nous faut le reconstruire, en changeant totalement de logique. Aujourd’hui, on impose à l’hôpital un niveau fixe de dépenses, et on voit quoi et qui l’on peut soigner avec. Alors que les maladies chroniques se multiplient et que la population vieillit, c’est insensé, et cela coûte plus cher. Il faut faire tout l’inverse : partir des besoins de soin et s’organiser pour soigner tout le monde. L’Etat doit planifier la reconstruction dès maintenant : tant que les causes des pandémies n’auront pas été réglées, nous devons nous tenir prêts à des répliques de même nature que le Covid-19.  

Le chef des Insoumis et candidat LFI à la présidentielle de 2022 Jean-Luc Mélenchon en meeting à Aubin, dans l'Aveyron, le 16 mai 2021
Le chef des Insoumis et candidat LFI à la présidentielle de 2022 Jean-Luc Mélenchon en meeting à Aubin, dans l’Aveyron, le 16 mai 2021afp.com/Lionel BONAVENTURE

Je propose un plan massif de recrutement de professionnels du soin et du médico-social. Les soignants sont à bout : plus d’un tiers des infirmières déclare souffrir de symptômes dépressifs. Il nous faut former et recruter 100 000 soignants. Cessons d’improviser et organisons-nous : revalorisons les métiers et les revenus, titularisons les précaires, augmentons le nombre de places et les moyens de ces formations. Revenons sur la tarification à l’activité. Elle étrangle les petits hôpitaux et défigure le sens de la médecine. Renonçons à la folie de la concentration des hôpitaux qui entraîne fermetures de lits et d’établissements. Encore, en 2020, Macron a supprimé 5 700 lits : soit 100 000 en vingt-cinq ans ! Nous rouvrirons lits, services d’urgence et de maternité pour que chaque Français dispose d’un service de santé public à moins de trente minutes de chez lui.  

Anne Hidalgo : « Un plan massif de recrutement, de formation et de revalorisation »

La socialiste veut recruter 25 000 infirmiers et aides-soignants supplémentaires pour rouvrir les lits fermés et former 15 000 médecins et 1 250 sages-femmes par an. 

Après deux années de crise sanitaire, le travail des soignants n’a jamais été aussi difficile qu’aujourd’hui. L’hôpital public a subi une pression financière trop forte qu’il faut impérativement desserrer, sans quoi il perdra les professionnels qui le font vivre.  

Anne Hidalgo, candidate à l'élection présidentielle 2022, lors d'une conférence de presse à Valence le 15 octobre 2021
Anne Hidalgo, candidate à l’élection présidentielle 2022, lors d’une conférence de presse à Valence le 15 octobre 2021afp.com/JOSE JORDAN

J’engagerai un plan massif de recrutement, de formation et de revalorisation de tous les métiers de l’hôpital : 25 000 infirmiers et aides-soignants supplémentaires pour rouvrir les lits fermés, définir des ratios minimaux de soignants par patients, former 15 000 médecins et 1 250 sages-femmes par an, et recruter dans les services 5 000 logisticiens, techniciens et agents hospitaliers pour faire gagner du temps aux soignants et améliorer les conditions d’accueil des patients.  https://embed.acast.com/efaaaadb-7f16-57d9-9ba9-12e77f6e79a3/6194eacc8699fb0013a13ed6?subscribe=false

Eric Zemmour : « Débureaucratiser l’hôpital »

Outre la dette, qui atteint aujourd’hui 30 milliards d’euros, la bureaucratie et l’extrême centralisation des moindres décisions étouffent l’hôpital public, où près de 34% des effectifs ne sont pas des soignants mais des agents administratifs, techniques ou de services (contre 22% en Allemagne). Cette technocratie ralentit la prise de décision, comme l’a prouvé la première vague Covid où les médecins hospitaliers ont repris leur pouvoir organisationnel pour s’adapter à l’urgence.  

Eric Zemmour le 22 avril 2021 à Paris
Eric Zemmour le 22 avril 2021 à Parisafp.com/JOEL SAGET

L’hôpital de Valenciennes expérimente depuis plus de dix ans une gestion décentralisée et compte seulement 5% de personnel non médical, déléguant 80% du budget aux chefs de pôle, qui peuvent ainsi recruter des personnels et acheter des équipements rapidement en fonction de leurs besoins. Cette autonomie laissée aux médecins libère l’esprit d’initiative et les résultats sont éloquents : taux d’absentéisme inférieur à 8%, établissement excédentaire depuis sept ans, 100 personnes embauchées chaque année dont 95% des soignants.  LIRE AUSSI >> Zemmour et ses propos devant le Bataclan, la mue présidentielle attendra

Je propose donc de décliner ce modèle ailleurs en France avec une organisation plus souple, fondée sur des pôles cliniques, avec de larges délégations de responsabilité. La priorité est de redéployer le personnel administratif des hôpitaux vers les soins (par la formation, l’accompagnement, le soutien aux personnels médicaux). Il est urgent de faire à nouveau confiance aux médecins et aux personnels soignants.  

Michel Barnier : « Il faut un choc d’attractivité »

La France a une énorme dette à l’égard de ses soignants et de l’hôpital public, qui ont fait face avec beaucoup de professionnalisme et un immense courage à cette terrible pandémie. Je souhaite engager un grand plan de recrutement, de formation et d’investissements pour nos hôpitaux publics. Pour cesser de décourager les vocations, il faut ce choc d’attractivité : améliorer les conditions de travail et s’attaquer aux pesanteurs administratives à l’hôpital. La mission de l’hôpital, c’est soigner, pas appliquer des normes !  

Michel Barnier, le 9 septembre 2021, à Nîmes
Michel Barnier, le 9 septembre 2021, à NîmesAFP

La part des personnels non soignants en France (34 %) est bien supérieure à celle de l’Allemagne (25 %), et dans le même temps les salaires de nos soignants sont nettement inférieurs. Nous réduirons ces dépenses en s’attaquant à cette suradministration, en investissant dans le numérique, qui doit simplifier les tâches, et en organisant de bien meilleures collaborations entre l’hôpital et la médecine de ville.  Sur le même sujet

Cela nous permettra d’augmenter effectivement les salaires comme cela est prévu par le Ségur de la santé, mais aussi de payer les heures supplémentaires, de recruter et d’investir dans les équipements les plus modernes. Il faudra également prendre soin de nos internes, dont le rôle est décisif à l’hôpital. Le Ségur de la santé a malheureusement été une formidable occasion manquée, une rustine qui ne s’est pas attaquée aux problèmes de fond de l’hôpital et des soignants.  

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