MEMORABILIA

Le projet de mur polonais s’invite dans le débat politique français

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Par Wally Bordas et Tristan Quinault-Maupoil LE FIGARO. 16 novembre 2021

Le 12 novembre, des militaires et policiers polonais surveillent les migrants, près de la ville de Kuznica, à la frontière avec la Biélorussie. HANDOUT/via REUTERS

La réaction de Varsovie à la crise migratoire divise au sein du gouvernement Castex. La droite comme la gauche se saisissent du sujet.

La situation migratoire tendue à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne remet l’immigration au cœur de l’actualité, trois mois après la crise afghane. Le projet polonais de construction d’un mur à sa frontière a été diversement accueilli au sein de l’exécutif. En pointe sur ce dossier, Clément Beaune, le secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, a expliqué mardi sur France 2 «ne pas être pour une Europe qui se hérisse de barbelés ou se couvre de murs». S’il est «pour une Europe qui n’a aucune naïveté et qui tient ses frontières», il «plaide pour qu’en Pologne on déploie la police européenne des frontières (Frontex)»«Ils n’en veulent pas, mais ce serait utile», insiste le secrétaire d’État, qui veut des «pratiques humaines et respectueuses des droits» des migrants.À découvrir

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Au même moment, sur France Inter, le ton du porte-parole du gouvernement était sensiblement différent. La France «n’a pas de leçons à donner aujourd’hui à des pays confrontés à cette situation», a expliqué Gabriel Attal. Tout en dénonçant «la mise en scène inhumaine et macabre» du régime biélorusse, il juge qu’«on doit faire respecter nos frontières». Mais, comme Clément Beaune, la ministre chargée de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, explique au Figaro que «l’idéal européen, ça ne peut pas être, à mon humble avis, une Europe des murs, ni d’ailleurs une Europe de la division. C’est une Europe unie et respectueuse des droits humains qui doit apporter des réponses à cette crise montée de toutes pièces». Pourtant, la veille, Bruno Le Maire avait estimé sur LCI qu’un «État souverain a le droit de protéger sa frontière et l’accès à son territoire par les moyens qu’il estime légitimes. À la Pologne de décider si c’est un mur ou d’autres moyens qui sont les plus efficaces».

Le premier ministre fustige l’attitude de Minsk

«Je serai la dernière à jeter la pierre» à la Pologne «car elle est dans une situation compliquée», a également commenté l’eurodéputée LREM Nathalie Loiseau sur Sud Radio. «Je comprends la réaction des Polonais, qui se sentent attaqués, assaillis», a relevé l’ancienne ministre des Affaires européennes.

Lors des questions au gouvernement, le premier ministre, Jean Castex, a fustigé l’attitude de Minsk. Sans s’exprimer sur le projet de mur polonais, il a appelé à «aider (Varsovie) à protéger les frontières extérieures de l’UE», alors que la présidence française de l’Union européenne débutera le 1er janvier.

Qu’un ancien pays du bloc soviétique veuille construire un mur contre la liberté d’aller et venir : quelle honteuse régressionJean-Luc Mélenchon

Sans surprise, le projet du gouvernement polonais révolte la gauche française. «Qu’un ancien pays du bloc soviétique veuille construire un mur contre la liberté d’aller et venir: quelle honteuse régression», tacle auprès du Figaro Jean-Luc Mélenchon. Pour lui, il est «indigne» que l’Union européenne «accepte» la situation. «Mettez d’abord au chaud ces pauvres gens et mettez fin aux raisons pour lesquelles ils quittent leur pays», tance-t-il. Au micro de France Inter, lundi, Yannick Jadot a vivement critiqué cet arbitrage. «Il y a cinq ans, tout le monde était effaré par le discours de Trump sur le mur entre les États-Unis et le Mexique. Aujourd’hui, ce sont des dirigeants européens qui portent le même discours», s’est-il insurgé. Sur LCI, mardi, le premier secrétaire du PS a estimé qu’il s’agissait d’une «solution honteuse» qui renvoyait à«la guerre froide».

Si la gauche semble unanime sur le sujet, la droite l’est quasiment aussi. Avec l’avis opposé: si ce mur doit permettre de protéger les frontières de l’Europe, alors il doit voir le jour. Michel Barnier s’est par exemple positionné pour sa construction. «La frontière polonaise, c’est notre frontière. (…) Il y a déjà à tel ou tel endroit de l’UE sur nos frontières extérieures des murs. Donc, oui, je pense que nous devons aider le gouvernement polonais à construire une frontière solide», a-t-il clamé, lors du deuxième débat entre les candidats LR sur BFMTV.

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Un avis partagé par Xavier Bertrand lors du même échange. Le président des Hauts-de-France a plaidé pour que «l’on aide les Polonais à protéger notre frontière». Comparant la situation polonaise à celle qu’il a connue à Calais, l’ancien ministre du Travail a estimé qu’il fallait «de l’humanité et de la fermeté». Et, selon lui, «la construction d’un mur»va en ce sens. Même son de cloche pour Éric Ciotti, qui estime que «seule la fermeté sera gage d’humanité».

Valérie Pécresse, quant à elle, se veut plus mesurée. Si elle dit «soutenir totalement la Pologne» dans sa volonté de protéger ses frontières, elle précise tout de même au Figaro que «par principe» elle «ne souhaite la construction d’aucun mur».

Des débats qui n’ont pas fini d’animer la classe politique, alors que la précampagne présidentielle est très marquée par les questions relatives à l’immigration.

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