MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «La caste dirigeante face à son crépuscule»

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Par Ivan Rioufol. Le Figaro. 18 novembre 2021

Ivan Rioufol. François BOUCHON/Le Figaro

CHRONIQUE – Cela fait plus de 30 ans que la France est dirigée cul par-dessus tête, droite ou gauche aux manettes.

Éric Zemmour ne sait pas se tenir. C’est ce que lui reproche la caste dirigeante agacée par l’intrus. Samedi, lors de la commémoration des attentats parisiens du 13 novembre 2015, le trouble-fête a déclaré, devant Le Bataclan: «François Hollande n’a pas protégé les Français et a pris une décision absolument criminelle de laisser les frontières ouvertes». Mercredi, l’ancien président de la République avait révélé, au procès des terroristes: «Nous savions qu’il y avait des opérations qui se préparaient, des individus qui se mêlaient au flux des réfugiés. Mais nous ne savions pas où, quand et comment ils allaient frapper». Zemmour a donc raison: le principe de précaution aurait dû s’appliquer aux frontières françaises, pour faire obstacle au débordement d’immigrés syriens et irakiens attirés par la décision unilatérale d’Angela Merkel, cette même année, d’ouvrir son pays à plus d’un million d’entre eux. Il y a eu, oui, une irresponsabilité politique.

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À dire vrai, la dramatique légèreté de Hollande était celle de l’époque. C’était il y a six ans ; il y a un siècle. En 2015, les belles âmes n’avaient pas assez de mots pour louanger «Mère Angela». Le Point titrait sur «L’incroyable Madame Merkel: si seulement elle était française…»Le Monde voyait en elle «la fierté de l’Europe» et un futur prix Nobel de la paix. Macron, alors ministre, applaudissait à celle qui avait «sauvé nos valeurs communes». Six ans plus tard, ces unanimes dithyrambes paraissent loufoques. Ces vivats d’hier en disent long sur l’aveuglement des «élites» confrontées à l’intouchable immigration. Samedi, dans Le Figaro,l’écrivain algérien Boualem Sansal a alerté à son tour: «Face à l’islam ( …) la France s’est mise dans un processus de soumission invraisemblable (…) Le scénario le plus probable est la guerre civile». Ceux qui ont mis la nation dans cet état ont des comptes à rendre.

Plutôt que de s’en prendre aux empêcheurs de tourner en rond, la classe politique ferait bien de numéroter ses abattis

Cela fait plus de 30 ans que la France est dirigée cul par-dessus tête, droite ou gauche aux manettes. La coalition qui se forme contre le perturbateur Zemmour rassemble tout ce vieux monde crépusculaire. Au lieu d’écouter les plaintes des trahis, ces mandarins ne tolèrent aucune critique. Certes, le président du Sénat a admis que sa formation (LR) avait péché par trop de «conformisme». Mais Gérard Larcher s’est empressé de reprendre les figures obligées du politiquement correct quand il s’est vanté de ne pas «confondre islam et islamisme». En réalité, seule une question de degré différencie ces termes. Le choc de civilisation, importé par la culture islamique en Europe, génère la libanisation de la France. Tous les musulmans n’adhèrent pas à ce séparatisme culturel. Mais c’est bien le risque de partition du pays, qu’avait pourtant identifié Hollande, qui se précise de plus en plus.

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Plutôt que de s’en prendre aux empêcheurs de tourner en rond, la classe politique ferait bien de numéroter ses abattis: les élites, qui ont démoralisé la nation en l’ouvrant à tous, n’ont aucune légitimité à poursuivre leurs leçons de maintien. La modestie ne nuirait pas, par exemple, aux prétendants LR à la présidentielle. Comme les carabiniers, la plupart des cinq candidats débarquent sur un champ de ruines qu’ils ont contribué à créer. Il est certes rassurant de les entendre vouloir supprimer le droit du sol, le regroupement familial ou l’immigration de masse, sujets posés ici depuis bientôt 20 ans. Il est plaisant de les voir soutenir la Pologne assiégée par des immigrés musulmans. Dimanche, sur BFMTV, tous justifiaient le mur de 180 km que ce pays, dénigré par l’Europe, veut bâtir à sa frontière. Mais Éric Ciotti, l’homme qui monte, a été le seul à dénoncer un «procès de Moscou» contre Zemmour, commode bouc émissaire.

Scandale sanitaire

L’incohérence: c’est ce mot qui vient pour décrire la plupart des décisions prises ces dernières décennies. Ceux qui aspirent à représenter les Français pourraient relire ce conseil que Louis XIV laissa au dauphin: «La fonction de roi consiste principalement à laisser agir le bon sens.» Où fut-il, dans la décision de laisser passer en France, sciemment, des djihadistes formés en Syrie dans le flot des «réfugiés» de 2015? Anne Hidalgo, maire de Paris, accueillit les «migrants» avec le slogan: «Bienvenue à Paris!», traduit en anglais et en arabe. En revanche, le risque zéro est appliqué jusqu’à l’absurde quand l’État hygiéniste rêve d’une société aseptisée. Le pouvoir, avide de tout contrôler hormis les frontières, traque le moindre virus sans voir les vrais ennemis. Il oblige les citoyens à se soumettre à un ordre sanitaire décrété par une poignée d’«experts» persuadés de détenir la vérité. Deux des participants à la primaire LR, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, se sont dits prêts, en cas de recrudescence de l’épidémie, à imposer un reconfinement aux seuls non-vaccinés. Ces parias sont désignés, comme responsables de tout. En réalité, la nature impose son rythme.

À cette propagande anxiogène s’est ajoutée une série de mensonges jamais relevés

C’est un scandale, vite étouffé, qui vient d’être révélé par un rapport de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation. Il y est écrit que, pour l’année 2020, les hospitalisations de patients Covid ont représenté 2% de l’ensemble des patients et 5% des patients pris en charge en service de soins critiques! Certes, ces pourcentages dérisoires ne reflètent pas, dans le détail, les tensions apparues ponctuellement. De surcroît, les hospitalisations en réanimation ont duré plus longtemps que la moyenne. Il n’empêche: ces chiffres démontrent l’imposture de la dramatisation politique et médiatique de cette crise. Ils confortent l’accusation portée ici même sur l’instrumentalisation de la peur par le pouvoir. Ce procédé régressif a eu pour résultat d’écraser des libertés. À cette propagande anxiogène s’est ajoutée une série de mensonges jamais relevés. Le 12 juillet, Macron reprenait l’argumentaire des fabricants de vaccins en soutenant, parlant du Covid: «Ils divisent par douze son pouvoir de contamination». Aujourd’hui, les scientifiques admettent que ces vaccins expérimentaux, aux effets secondaires parfois préoccupants, divisent ces risques de contamination par deux, voire moins, même s’ils restent efficaces pour les formes graves. Qui dénoncera ces désinformations?

Les braises

Il y a trois ans, le 17 novembre 2018, les «gilets jaunes», venus de la France oubliée, envahissaient les Champs-Élysées. En apparence, l’insurrection populaire, dénaturée par l’extrême gauche, s’est tarie. Mais la morgue des dirigeants entretient les braises.

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