MEMORABILIA

Automobilistes: «Les nouveaux parias»

Par Laurence De Charette LE FIGARO. 21 novembre 2021

Laurence de Charette Le Figaro

L’éditorial du Figaro, par Laurence de Charette.

La voiture, ce sont ceux qui n’en ont pas qui en parlent le plus. Ils sont incollables: ils connaissent tout des émissions de gaz à effet de serre, des méfaits comparatifs de l’essence et du diesel ou de l’élasticité du prix du stationnement sur la densité automobile. Ils traquent les guimbardes les plus polluantes, célèbrent les Journées sans voiture, applaudissent le quadrillage des quartiers promus «ma ville respire» ; likent les cartes Vélib’ et envisagent avec gourmandise l’extension maximale des ZFE (zones à faibles émissions). Ils sont du bon côté de la force ; Greta (Thunberg) est avec eux.

Faits & GestesNewsletter

Le dimanche

Ivan Rioufol vous propose une analyse percutante des détails de l’actualité de la semaine écoulée, les coulisses de son célèbre Bloc-Notes.S’INSCRIRE

Restent les autres: la foule des habitants des campagnes et des «périphéries», pour qui l’automobile est en réalité indispensable. Ceux-là le savent: ils n’ont pas bonne presse. Le bien a changé de camp. La voiture, qui fut longtemps le symbole du progrès, de la réussite et de la liberté, et tint une si grande place dans le cinéma français, est devenue paria.

Les mauvais, les boomers, les déplorables, tous ceux «qui fument des clopes et roulent au diesel» (Griveaux), circulent donc désormais au pas – voire encore moins vite… -, le pied sur la pédale du frein, la main au portefeuille, et la mine basse de celui qui se sait condamné par avance sans bien comprendre toutefois de quel si grand crime il est devenu coupable.

Les ligues de vertu et les théoriciens des «mobilités douces» font-ils leurs courses en trottinette? Ignorent-ils qu’un Français sur quatre a déjà refusé un emploi faute de solution pour pouvoir s’y rendre et que l’insécurité dans les transports en commun ronge le quotidien des habitants des petites et grandes banlieues?

Malgré l’impérieux souci de la planète, on ne saurait trop conseiller aux redresseurs de torts de tout poil, pourfendeurs de la «bagnole» ou de la maison individuelle, cette aspiration des Français érigée à son tour en «non-sens écologique, économique et social» par Emmanuelle Wargon, de manier avec parcimonie le sarcasme, la sentence et la course aux normes… car, derrière leur volant, se tiennent ces Français sans cesse déclassés, lassés des promoteurs d’un monde soi-disant meilleur duquel ils sont déjà exclus.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :