MEMORABILIA

Luc de Barochez – L’Europe peut déjouer l’arme migratoire

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ÉDITO. L’instrumentalisation des réfugiés par des États inamicaux impose une riposte déterminée. À Emmanuel Macron de réagir pendant sa présidence de l’UE.

Camp de migrants en Bielorussie, pres de la frontiere polonaise, le 17 novembre 2021.
Camp de migrants en Biélorussie, près de la frontière polonaise, le 17 novembre 2021.© VIKTOR TOLOCHKO/Sputnik via AFP

Par Luc de Barochez. Publié le 23/11/2021 LE POINT

L’Union européenne, le fait est assez rare pour être souligné, a emporté la première manche dans la crise géopolitique allumée à sa frontière orientale par le dictateur biélorusse Loukachenko. Le satrape de Minsk a fait venir des milliers de migrants du Proche-Orient et d’Afrique pour les envoyer, au mépris de leur vie, prendre d’assaut la frontière polonaise. Son objectif était clair : afficher son pouvoir de nuisance, afin d’obtenir la levée de mesures prises contre son régime depuis qu’il a détourné, en mai, un avion de ligne européen et fait appréhender un opposant qui se trouvait à bord. Non seulement l’Europe a rejeté le chantage de Loukachenko mais elle a, le 15 novembre, alourdi (un peu) les sanctions.

Les temps ont bien changé depuis la grande crise migratoire de 2015-2016, pendant laquelle près de 2 millions de personnes avaient profité de la passivité européenne pour entrer clandestinement et demander asile. Leur arrivée avait généré dans les classes moyennes européennes un vertigineux sentiment d’insécurité, dont les contrecoups politiques et sociaux se prolongent encore six ans plus tard. Les pays de l’Union ont enfin pris conscience de l’importance de protéger leur frontière extérieure commune. Jusqu’à présent, ils ne se débrouillent pas si mal.

Chantage migratoire

Les derniers pays qui ont brandi l’arme migratoire n’ont rien obtenu. La Turquieencouragea, en février, des réfugiés à forcer la frontière grecque. En vain. Le Maroc, à la faveur d’une crise avec Madrid au mois de maipoussa 10 000 migrants à rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta sur la côte nord de l’Afrique. Il a dû vite refermer la porte. L’Algérie, depuis qu’elle s’est brouillée avec Emmanuel Macron, laisse des milliers de personnes embarquer depuis les plages de la région d’Oran pour rejoindre la côte andalouse et de là, par la voie terrestre, la France. L’Espagne a commencé à en refouler certains vers leur pays. Quant à la Biélorussie, devant l’échec de ses manigances, elle a déjà renvoyé quelques migrants en Irak.

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Mais attention, ce n’est sans doute que partie remise. L’Union reste vulnérable au chantage migratoire. Sa faute est d’avoir accepté en 2016 de verser 6 milliards d’euros à la Turquie pour prix de l’arrêt des flux de migrants. La seule justification de cet arrangement immoral était de gagner du temps, afin que les États européens puissent mettre au point une politique migratoire commune et une procédure d’asile unifiée. Hélas, ils n’en ont rien fait, et leurs atermoiements se paient aujourd’hui. Frontex, l’agence européenne de garde-frontières, estime que les passages illégaux ont bondi de presque 70 % cette année.

Frontières passoires et tentatives de racket

La pression migratoire qui s’accroît et son instrumentalisation par des États inamicaux incitent à remettre l’ouvrage sur le métier. Il est bon que l’Europe ne laisse plus ses frontières à l’état de passoires. Mais une solution pérenne, couplée à un traitement humain des demandeurs d’asile, suppose une politique européenne efficace de gestion de l’immigration. L’UE ne pourra pas devenir un acteur international crédible si elle continue à prêter le flanc à des tentatives de racket de la part de régimes autoritaires qui ne lui veulent pas du bien.

À LIRE AUSSIFOG – Ces bruits de bottes qui viennent du froidLe défi s’adresse d’abord à Emmanuel Macron. Une crise migratoire est la dernière chose dont il aurait besoin pendant la présidence française de l’UE, au premier semestre 2022. Non seulement ses chances de réélection en mai, mais aussi son ambitieux programme de réforme de l’Europe pourraient en pâtir. Les derniers incidents aux confins de la Pologne ont accéléré la prise de conscience dans les 27 États membres de l’existence d’un espace commun qui reste à consolider. Cette tâche devrait être la première manifestation de l’« autonomie stratégique » que le président de la République a inscrite en tête de son programme pour l’Europe.

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