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Nucléaire iranien : vers des frappes israéliennes (et une explosion généralisée au Moyen-Orient) ?

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Le président iranien Ebrahim Raisi s'adresse au parlement, à Téhéran, le 16 novembre 2021.

©ATTA KENARE / AFP

COURSE AUX ARMEMENTS

Israël a mené, ces derniers jours, des manœuvres militaires dans la mer Rouge, avec les Emirats arabes unis et le Bahreïn faisant craindre de possibles frappes israéliennes contre l’Iran en cas d’échec diplomatique sur la question du nucléaire iranien.

Emmanuel Dupuy ATLANTICO. 24 novembre 2021

avec Emmanuel Dupuy

Atlantico : Israël affiche sa volonté d’en découdre avec Téhéran sur le dossier du nucléaire iranien. Quelques exemples le prouvent : le ministre de la Défense israélienne a annoncé avoir obtenu une rallonge de 1,5 milliard de dollars pour préparer une attaque « potentielle » contre les sites nucléaires iraniens, dans la mer Rouge, les forces navales israéliennes ont répété des opérations de sécurité conjointes et le Premier Ministre Naftali Bennett ne veut pas avoir l’air moins actif que Benjamin Netanyahou sur le sujet. Où en sont exactement les Israéliens face à la menace iranienne ?

Emmanuel Dupuy : Cette menace est résiduelle, il n’y a pas de grands changements. Mais on peut souligner que le gouvernement de Naftali Bennett a besoin de montrer qu’il est soucieux de la garantie de la sécurité d’Israël. Il faut avoir à l’esprit que cela s’insère dans un agenda très particulier car le 29 novembre après six mois de stand-by, les négociations à Vienne sur le nucléaire iranien vont reprendre. Les Israéliens brandissent donc ces menaces.

Quand vous évoquez la rallonge de 1,5 milliard de dollars, il n’y a rien de nouveau car cela fait longtemps que le ministère de la Défense de l’État hébreux met en avant la perspective d’une attaque contre l’Iran. Il y a cependant une pression de la part des États-Unis à ce propos car ils souhaitent reprendre la table des négociations sur le nucléaire Iranien.

Pourquoi les Israéliens envisagent-ils des frappes aujourd’hui ?

Suite à un rapport de l’AIAE, on a eu la confirmation que l’Iran a augmenté son stock d’uranium enrichi. Désormais, contrairement à l’accord sur le nucléaire qui a été signé en juillet 2015, on est bien au-delà des 3,67 % d’enrichissement autorisés. On estime que l’Iran possède 17,7 kg d’uranium enrichi à hauteur de 60% d’enrichissement, près de 113,8 kg d’uranium enrichi à hauteur de 20%. Les Israéliens partent du principe que plus on s’approche des 90% d’enrichissement, plus le seuil du passage de la dimension civile à l’usage militaire est atteint.

Les Iraniens auraient profité des atermoiements de la communauté internationale, de la mise en place lente de l’équipe de négociation américaine, des élections de juin dernier qui ont placé Ebrahim Raïssi à la tête de l’Iran pour maximiser leur stock d’uranium enrichi et d’augmenter le nombre de leurs centrifugeuses et de les moderniser. Ils ont multiplié par 10 le nombre de leurs centrifugeuses de première génération et par 50 leur modèles de nouvelles générations, soit bien au-delà de ce qui était autorisé. Le stock d’uranium enrichi ne devait pas dépasser 350 kg et il est aujourd’hui huit fois supérieur, on évoque le chiffre de 1,5 tonne.

On peut parler d’une surenchère de la part des Iraniens après la rupture de l’accord de Vienne par les États-Unis. Ils ont remis en cause tous les éléments les contraignants.

Ce qui justifie aussi la mobilisation israélienne est la capacité de l’Iran à se doter de missiles pouvant atteindre la distance de 2000 km soit l’Inde, l’Égypte ou une partie de l’Europe. Elle effraie Israël et surtout que cette capacité serve aux proxy Iraniens comme le Hezbollah qui dispose maintenant de missiles avec une capacité de 350 km pouvant frapper la totalité d’Israël du Nord au Sud.À LIRE AUSSIFaut-il s’attendre à une guerre entre l’Iran et Israël ?

Auparavant, les Israéliens menaçaient le programme nucléaire iranien par la voie numérique, mais les Iraniens semblent se remettre plus facilement de ces attaques. Le pays avance-t-il plus vite que prévu ?

Une sorte de guerre froide réchauffée s’est installée entre les deux pays. Au-delà des cyberattaques, les Israéliens ont attaqué une dizaine de bateaux iraniens depuis 2018 et ils s’y sont adaptés et la même situation s’est produite avec les attaques de centrales atomiques. Aujourd’hui, les Iraniens ripostent en armant leurs proxy pour des attaques visant Israël.

Aujourd’hui, les Iraniens se sont davantage adaptés aux attaques cybernétiques de la part des Israéliens. C’est pour cela que les Israéliens veulent multiplier leurs panoplie de réponses dont la balistique.

Avec ses avant-postes au Proche-Orient comme le Hezbollah, un conflit entre les deux pays pourrait-il déstabiliser tout le Moyen-Orient ?

Si un conflit éclatait, il ne concernerait pas qu’Israël et l’Iran, mais aussi les partenaires des deux pays surtout avec les nouveaux paradigmes stratégiques. L’accord d’Abraham fait qu’Israël a une collaboration beaucoup plus forte avec les Emirats arabes-unis, le Bahreïn, l’Égypte, la Jordanie et même l’Arabie Saoudite. Ce serait un conflit régional et d’autant plus que les armes balistiques couvrent l’ensemble du levant.

De son côté l’Iran dispose d’un certain nombre de proxy au Liban, en Syrie, au Yémen ou également en Afghanistan. Le pays peut projeter sa force en dehors du territoire et il l’a fait en Syrie, en Irak et potentiellement en Afghanistan. Les Israéliens ne cessent de répéter que l’Iran est à ses portes depuis l’annexion du Golan en 1981.

Quel risque cela fait courir au niveau international ?

L’Iran, la Turquie, la Russie et le Pakistan ont désormais un agenda oriental. Ils s’orientent dans un schéma « d’orient-mondialisation » ou autrement qualifiable de paradigme stratégique « post-Atlantique ». On a vu cela avec l’arrivée de l’Iran comme membre à part entière, en septembre, au sein de l’organisation de coopération Shanghaï (OCS). Le pays a désormais un partenariat oriental beaucoup plus renforcé qu’au moment où il discutait avec les cinq membres du Conseil de sécurité. Un conflit impliquerait une bipolarité dans le monde entre ceux qui soutiennent Israël et ceux qui soutiennent l’Iran. La Russie ne rentrerait pas en guerre, ni la Turquie, mais il pourrait ne pas y avoir de conflit car l’Iran a noué des partenariats solides. À LIRE AUSSIPourquoi une intervention militaire d’Israël contre l’Iran est improbable 

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