MEMORABILIA

Gernelle – Ceux qui croient aux « iel » et les autres

ÉDITO. Pendant que la Chine teste des armes hypersoniques, en France, les prophètes des pronoms et des prénoms occupent l’espace médiatique. Cherchez l’erreur.

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Gernelle – Ceux qui croient aux « iel » et les autres

Par Étienne Gernelle Publié le 25/11/2021 LE POINT

L’événement nous est passé assez largement au-dessus de la tête, au sens propre comme au sens figuré. La découverte, en octobre, de  l’essai par la Chine d’un véhicule hypersonique capable de porter une tête nucléaire a secoué l’Amérique. Et cela s’aggrave, puisqu’il semble désormais, selon le Financial Times, que le « véhicule » a pu lancer un missile en vol, à cinq fois la vitesse du son ! Les experts du Pentagone se demandent comment la Chine a pu prendre une telle avance technologique. Le général Mark Milley, chef d’état-major américain, avait déjà évoqué il y a quelques semaines un « moment Spoutnik », en référence au tout premier satellite mis en orbite par l’Union soviétique en 1957, à la stupeur de l’Amérique… Bref, il y a de la panique dans l’air.

En France, et en Europe, la place réservée dans le débat public à cette nouvelle donne a été nettement plus modeste. Cela signifie-t-il que seuls les États-Unis ont des raisons de s’en émouvoir ? Que nous avons abdiqué, nous, toute prétention à un équilibre des forces technologiques ?

Coquecigrue. Si l’on voulait se moquer, on dirait que l’on a d’autres urgences. Ainsi la percée majeure que constitue   l’arrivée dans le Petit Robert du pronom « iel » , contraction de « il » et de « elle », censé « inclure » ceux (et donc celles) qui ne se sentent pas appartenir aux genres masculin et féminin. Le « iel », c’est sûr, est déterminant pour notre avenir… Certes, il s’agit avant tout d’un bon coup médiatique du Robert et incidemment de la nébuleuse woke, qui parvient ainsi à populariser l’une de ses lubies, jusqu’à présent très confidentielle. À court terme, il n’y a pas péril en la demeure : le « iel », comme toutes les coquecigrues de l’écriture inclusive, appartient d’abord au langage de Twitter. Au-delà de 280 signes, il faut une capacité d’abstraction rare pour le mettre en pratique, ne serait-ce que pour l’accord des adjectifs. Remarquez, les États-Unis ont été affectés avant nous par cette nouvelle fièvre identitaire. Mais ils parviennent tout de même à ressentir – en même temps – le « moment Spoutnik ». Visiblement, pas nous.

D’autant qu’en France la passion des pronoms se superpose à celle des prénoms. Ainsi  la fixette zemmourienne sur le sujet  semble être davantage destinée à créer la polémique – ce qui est réussi – qu’à apporter des solutions concrètes aux problèmes du pays. Un exemple illustre ce décalage : on pourrait ainsi se demander si l’on aurait accepté, selon ce critère, la naturalisation de la chercheuse d’origine hongroise Katalin Kariko, la pionnière de l’ARN messager, si elle avait choisi pour s’y installer la France plutôt que les États-Unis. Plus difficile est de répondre à la question que cette même Kariko posait dans nos colonnes en janvier : « La France, c’est un beau pays pour les vacances d’été. Mais essayez donc de comprendre pourquoi les Français ont dû venir ici, aux États-Unis ? Pourquoi Stéphane Bancel [le PDG de Moderna, NDLR] ne dirige pas une entreprise française en France pour mettre au point des vaccins ? Pourquoi il n’y a pas plus de sociétés comme BioNTech en France ? » Que serait, pour un pays, l’équivalent de l’expression « se faire un prénom » ?

Identité numérique. Dans Oppression et liberté, en 1934, Simone Weil se moquait des postures radicales faciles : « On pense aujourd’hui à la révolution non comme à une solution des problèmes posés par l’actualité, mais comme à un miracle dispensant de résoudre les problèmes. » Son sujet était alors le communisme, mais le raisonnement est applicable aux mouvements dits « polarisés » d’aujourd’hui. Simone Weil citait d’ailleurs en ouverture de son livre ce mot de Sophocle : « Je n’ai que mépris pour le mortel qui se réchauffe avec des espérances creuses. »

Les prophètes du pronom et du prénom ont par ailleurs en commun de ne pas placer en haut de leurs préoccupations une question pourtant assez pressante en matière d’identité. Au rythme où progresse l’emprise des géants californiens du numérique,  notre identité sous forme de comptes Google ou Amazon risque de prendre plus de valeur dans notre vie personnelle ou professionnelle que des documents tamponnés en mairie ou en préfecture…

On – choisissons un pronom non menacé – se réveille ?

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