MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «Prendre le droit d’appeler un chat un chat»

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Par Ivan Rioufol LE FIGARO. 25 novembre 2021

Ivan Rioufol. LE FIGARO

CHRONIQUE – La «révolution des œillères», c’est-à-dire le rejet des dogmes au profit de l’esprit critique, est une force qui ne demande qu’à s’exprimer face à un État qui déploie une propagande anxiogène.

Le pouvoir macronien a une crainte: que les Français se laissent gagner par la «révolution des œillères» ; qu’ils se libèrent l’esprit en somme. Cette révolution, engagée en sourdine, invite le citoyen à ôter de sa vue les entraves idéologiques. À appeler un chat un chat. Nombreux sont ceux qui adhèrent à cette démarche réaliste. Parce qu’elle a comme vertu d’approcher les faits, elle est la bête noire des doctrinaires et des falsificateurs. Quand ceux-ci hurlent au populisme ou au complotisme, c’est le plus souvent parce que leurs mensonges sont démasqués. Le gouvernement n’a que ces deux mots en bouche. Lorsque Gérald Darmanin explique, dans Le Parisien Dimanche «On ne m’arrête pas tous les jours dans la rue pour me parler immigration ou sécurité», le ministre de l’Intérieur fait comprendre que ces sujets ne seront pas le terrain d’Emmanuel Macron. Il espère même les faire disparaître. Voici comment.

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L’État déploie une propagande anxiogène. Elle a transformé des citoyens en êtres craintifs et obéissants. Ce procédé s’annonce comme le moteur de la campagne du président. La fabrique de la peur est la spécialité du gouvernement en mal de projets. Parce que Macron veut privilégier l’économique et le social et éviter la question identitaire (immigration, islam, communautarisme, violence, etc.), il faut s’attendre à une diabolisation renforcée de ces sujets. Ils sont déjà rangés sous l’appellation d’extrême droite. La perspective d’un grand remplacement, envisageable par la dynamique islamique, est de ces thèmes étiquetés «nauséabonds» par le pouvoir. Idem du grand effondrement de la nation, du grand déclassement des Oubliés. En revanche, la macronie reste intarissable sur la peur du grand réchauffement climatique et de la grande contamination.Il ne faudrait pas que les Français, qui se sont fait voler l’élection de 2017 à cause de l’intrusion opportune de la justice dans la trajectoire de François Fillon, assistent à nouveau à la confiscation des débats par une élite sur la défensive

Attention à l’arnaque! Il ne faudrait pas que les Français, qui se sont fait voler l’élection de 2017 à cause de l’intrusion opportune de la justice dans la trajectoire de François Fillon, assistent à nouveau à la confiscation des débats par une élite sur la défensive. La peur d’un «retour au nationalisme» évoquée par Macron le 9 novembre – en même temps que celle d’une «cinquième vague» présentée comme «fulgurante»– est de ces grosses ficelles utilisées par la gauche depuis toujours pour interdire des sujets. Or, comme le remarque le géographe Christophe Guilluy (Le Figaro, lundi)«l’apocalypse démocratique consiste par exemple à nous faire croire depuis trente ans à l’arrivée du fascisme. C’est du théâtre (…)». Cette grande mascarade vise à terroriser les électeurs influençables afin qu’ils se précipitent dans les bras d’un État impuissant. Cette politique infantilise les inquiets et généralise l’hébétude.

La théâtralisation de l’angoisse a trouvé dans le Covid l’opportunité de redonner à l’État son autorité perdue. Rien n’étant plus contagieux que la peur, elle s’étale dans la plupart des pays occidentaux. En France, la paranoïa officielle fait passer les non-vaccinés pour des sorcières de Salem. «Ils sont une faille dans notre système», a pu dire, dimanche sur Radio J, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, en les accusant de«donner la mort». L’hystérie manichéenne est la norme. «Je crois aux vaccins, je crois à la science», a expliqué Éric Ciotti (LR) mardi sur RTL. Ces croyances quasi-mystiques sont imperméables aux contradicteurs. «Les personnes qui ont deux doses n’ont plus de chance d’attraper la maladie», avait déclaré Jean Castex le 21 juillet. Mardi, le premier ministre doublement vacciné a admis avoir été contaminé. Des pays non vaccinés ne connaissent plus l’épidémie. Mais passons…

Courte vue

Rien n’est plus artificiel, donc, que cette crainte entretenue par la macronie afin de rehausser son pouvoir de protection. En réalité, l’instrumentalisation des peurs sur le «retour des années 30», l’apocalypse climatique ou le Covid dévastateur, est une stratégie à courte vue. Ce choix est destiné à détourner les regards sur la survie de la France millénaire, sujet d’angoisse pour une large partie des Français oubliés. L’erreur serait de croire les gens résignés à cet apolitisme réduit à des clichés et slogans. Ce que j’ai appelé la révolution des œillères, c’est-à-dire le rejet des dogmes au profit de l’esprit critique, est une force qui ne demande qu’à s’exprimer. L’insurrection qui gagne la Guadeloupe et la Martinique a beaucoup de sous-entendus politiques, voire raciaux. Elle n’en reste pas moins la révolte d’une population qui, à l’instar des «gilets jaunes» il y a trois ans, s’estime incomprise par le pouvoir parisien. La fracture entre la France des métropoles et la France périphérique, théorisée notamment par Guilluy, est une donnée qui n’a pas évolué depuis 2017. Elle oppose les gagnants de la mondialisation aux perdants, les déracinés aux enracinés. Or si le socle des premiers reste stable à environ 25 % de l’électorat – celui de Macron – celui de la classe moyenne représente plus de 60 % de la population. Parce qu’il se sait fragile, le pouvoir manie les peurs qui tétanisent.

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Les Républicains, qui tentent de renaître, sauront-ils résister aux assauts des intimidateurs? La majorité présidentielle, qui s’est autodésignée gardienne de la raison et de la complexité, se réserve de décréter qui est fréquentable parmi les cinq candidats à la candidature. L’accusation en extrémisme les menace tous, quand ils osent critiquer l’immigration et ses effets. Après trois débats télévisés réussis, chacun a su montrer, sans tumulte, sa personnalité: solennelle et sérieuse pour Michel Barnier, pugnace et technicienne pour Valérie Pécresse, déterminée et énergique pour Xavier Bertrand, subtile et audacieuse pour Philippe Juvin, radicale et carrée pour Éric Ciotti. Si les augures semblent vouloir désigner Barnier, Ciotti est le seul à exploiter sans fausse honte une ligne clairement conservatrice et libérale, dans la lignée de François Fillon ou de Laurent Wauquiez. Elle pourrait davantage répondre au courant identitaire qui parcourt aussi l’électorat de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour. Reste que la question sociale, point faible du candidat Fillon, n’est guère plus abordée par les Républicains.

Passe citoyen

Rien n’ébranle l’hygiénisme d’État. La perte en efficacité des vaccins et leurs effets secondaires parfois graves sont des faits écartés. Ceux qui les relatent sont injuriés. Le passe, devenu plus «citoyen» que sanitaire, sera néanmoins renforcé. La brutalité est assumée. Macron joue avec le feu.

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