Faits et gestes- Ivan Rioufol. 28 novembre 2021

 Voici quelques-unes de mes notes, non utilisées, de cette semaine. 

Lundi 22 novembre : C’est entendu, nous ne sommes pas (encore) en guerre civile. Mais c’est l’armée qu’Éric Ciotti a proposé d’envoyer dans les cités insurgées, hier soir, lors du troisième débat entre les prétendants LR à la présidentielle. L’armée est formée pour faire la guerre. S’il m’arrive d’évoquer la guerre civile, c’est pour la prévenir. J’en ai même fait un livre en 2016 (La guerre civile qui vient). D’évidence, les Français ne s’affrontent pas entre eux au point de sortir les armes. Mais quiconque a des yeux pour voir ne peut que constater une somme de répétitions générales quotidiennes dans les quartiers dits «sensibles» (les pauvres choux !). Les forces de l’ordre sont des cibles permanentes. Les voyous les visent pour l’instant avec des mortiers artisanaux ou des feux d’artifice tirés à l’horizontal. Mais ils cherchent à tuer. Les armes sont dans les caves. Pour combien de temps ? Ces guérillas urbaines ne sont pas seulement liées au commerce de la drogue. Elles ont une dimension politique, djihadiste : c’est la France colonisatrice et judéo-chrétienne qui est attaquée pour ce qu’elle est. Elle est indésirable (sauf pour ses aides sociales) dans ces territoires perdus de la République. Parler de guerre «civile» est d’ailleurs impropre : ces affrontements sont menés par des «Français» qui le plus souvent se disent d’abord musulmans et étrangers à la nation gauloise. Ils vivent leur nationalité occidentale comme une violence identitaire. L’armée dans les cités ? La guerre d’Algérie revient en mémoire. La France n’en est pas sortie. 

Mardi 23 novembre : Rama Yade, l’ancienne secrétaire d’État de Nicolas Sarkozy, se dit «micro-agressée» quand elle passe, à l’entrée de l’Assemblée nationale, devant la statue de Colbert, auteur du Code Noir pour les Antilles. Cette charmante ambitieuse habite désormais à Washington, qui fut lui-même propriétaire d’esclaves. Mais la nouvelle militante noire et «woke» réserve ses crachats à la France qui l’a spectaculairement promue. Aux Sables-d’Olonne, c’est une statue de l’archange Michel qui, cette fois, déplaît à une poignée de francs-maçons regroupés autour de la Fédération de la libre-pensée. Dans son article du Figaro de ce jour, l’excellente Stéphane Kovacs rappelle que cette statue a été déplacée en 2018 sur le parvis de l’église Saint-Michel, place Saint-Michel, à deux pas de l’auditorium Saint-Michel, dans le quartier Saint-Michel… C’est l’ancien maire des Sables, l’ex-juge d’instruction Didier Gallot, qui avait pris cette initiative pour rendre hommage au saint patron des parachutistes, corps auquel il avait lui-même appartenu. Au téléphone ce matin, il me rappelle que l’inauguration s’était déroulée en présence des anciens «paras». Mais l’intégrisme laïcard est aussi peu subtil que l’intégrisme islamiste quand tous deux sont confrontés à la mémoire chrétienne de la France. Espérons que le tribunal administratif, saisi du dossier, saura dit non à cette intolérance bas du front.


Mercredi 24 novembre : Comme il m’arrive de parler de «dictature sanitaire», je reçois ce courrier d’un lecteur, Y. R . Je lui laisse la parole : «Je suis né en Pologne communiste, et je ne vis en France que depuis 40 ans (…) Ayant vécu là-bas, et y ayant déjà travaillé, en tant qu’enseignant de lettres, et en tant que journaliste débutant, j’ai pu – hélas – observer une lente dérive des médias français, lesquels devenaient progressivement de plus en plus monocordes, avant de finir en tubes de propagande gouvernementale. Ce procédé et cette attitude m’étant bien connus, j’ai pu m’en rendre compte plus vite que mon entourage, mais pas assez vite à mon goût. Bien sûr qu’il n’y a pas ici aucun Office de la Censure, pour pratiquer une censure a priori, mais on a des interventions de la CSA, a posteriori. (…) On a aussi des lois qui permettent de condamner un journaliste, un commentateur, ou une simple personne pour ses opinions. Il y a ainsi un délit constitué d’opinion en France ! Et ça, c’est vraiment comme dans un pays communiste. Ce que l’on voit bien aussi c’est l’autocensure. Je l’ai connue, car si on voulait faire passer un message, il fallait parfois savoir faire « profil bas ». Les auditeurs, et les lecteurs savaient, eux, lire entre les lignes (…) Oui, il y a une autocensure très forte, je le sens. Et, paradoxalement, elle avance à l’opposé d’une « libération » à l’antenne, qui fait que l’on se permet d’utiliser des mots, des expressions vulgaires, et de parler sans pudeur de choses les plus intimes. (…) Je pense que le vrai problème n’est pas la comparaison de la France avec un pays communiste. Car c’était le totalitarisme qui engendrait l’absence de liberté d’expression (en cas d’espèce le régime du parti unique). Ici, inversement, l’absence ou l’insuffisance de liberté d’expression peut être une condition préalable et nécessaire à l’instauration d’un système totalitaire (…) Je note qu’en instaurant l’état de siège, le général Jaruzelski a utilisé à l’époque les mêmes termes qu’Emmanuel Macron : « Nous sommes en guerre ! ». Une blague de l’époque disait : »- Selon Jaruzelski, nous sommes en guerre !- Contre qui ?- Contre nous-mêmes ! » Ça faisait rire le pays tout entier. Vu d’ici, et 40 plus tard, cela ne me fait plus rire…» Moi non plus. 


Jeudi 25 novembre : J’ai énormément d’admiration pour le cardinal Robert Sarah, un possible papabile. Je découvre sa voix douce et ses mots précis au micro d’Europe 1, subtilement interrogé par Sonia Mabrouk. Commentant le naufrage dramatique d’une embarcation emmenant 27 clandestins (dont 3 enfants et 7 femmes) vers l’Angleterre, le cardinal dénonce «une triple trahison» : «On retire des jeunes d’Afrique, on leur promet l’Eldorado, on laisse faire les passeurs». Né en Guinée, il déclare à l’adresse des jeunes tentés par l’exil : «Servez votre pays, servez votre continent». Il n’a pas de fausse pudeur pour parler de la «décadence» de l’Occident : «Un arbre sans racine meurt, c’est ce qui va se passer (…) L’Europe sans racine va être envahie par une population étrangère (…) C’est une autodestruction. J’espère que l’Europe va en prendre conscience (…) L’accueil des migrants est un acte humain mais il faut alors accueillir avec dignité (…) Il faut être réaliste : qu’ils restent chez eux». Le pape François, que le cardinal Sarah se garde de critiquer, n’a visiblement pas ce réalisme et ce bon sens.


Vendredi 26 novembre : J’ai tenu quinze minutes. Hier soir, France 2ouvrait le procès de Nicolas Hulot, accusé par six femmes de viols ou de violences sexuelles commis jadis. Je n’ai jamais trouvé Hulot très sympathique, devinant chez lui l’agaçant narcissisme qui se retrouve souvent chez des «stars» du petit écran. Mais je ne supporte pas cette dérive voyeuriste et démagogue des médias, quand ils prétendent se substituer à la Justice pour condamner un accusé. La prescription interdisant en l’occurrence à un juge de trancher, le téléspectateur devient un tribunal à lui seul. Verdict : Hulot criminel. L’audimat en a décidé ainsi. Exit l’état de droit, la présomption d’innocence, le débat contradictoire, le délibéré. Ces femmes disent probablement vrai. Mais rien n’autorise le viol du droit. 

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