Éric Zemmour et le tourment français

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Par Vincent Trémolet de VillersPublié il y a 2 heures, mis à jour il y a 3 minutes

Vincent Trémolet de Villers Le Figaro

L’éditorial du Figaro, par Vincent Trémolet de Villers.

Pourquoi Éric Zemmour? Pourquoi un journaliste, sans parti, sans mandat, sans aucune expérience politique, est-il venu percuter cet automne de campagne? Certes, la société liquide, celle de la compulsion numérique qui permet les roulades de MacFly et Carlito à l’Élysée et envisage Cyril Hanouna comme animateur du débat d’entre-deux-tours, rend tout, même l’impensable, possible. Il serait pourtant paresseux de s’arrêter à cette écume pour comprendre le phénomène.

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La force du scandale, «ce piédestal du succès» (Balzac)? Ce serait trop facile. Au-delà des provocations délétères, du poison du désespoir, de l’absence préoccupante de doute qui caractérisent Éric Zemmour, il ne faudrait pas oublier ce qui a permis son éclosion: le tourment de la France. La crainte du déclassement économique, de la transformation démographique, de la dépossession culturelle explique le grand chamboule-tout auquel nous assistons.

Les Pangloss nous diront que ça ne va pas si mal. Pour eux, c’est peut-être le cas, mais les 35 % de Français prêts à voter pour une proposition politique classée comme radicale ne sont pas du même avis. Cela devrait nous faire réfléchir. Comme l’expose brillamment Marcel Gauchet, quarante années de vie politique sans véritable délibération démocratique sur la question de l’immigration ne peuvent rester sans conséquence. Le sujet avait été abandonné à un parti stérile, le RN, le journaliste s’en est emparé, avec un mélange d’audace et de brutalité. Prendre la tête du parti de l’inquiétude, en se proclamant dernier rempart de la civilisation, candidat de salut public, ne suffit pourtant pas à faire un programme, à faire naître une espérance. Le discours est lyrique, mais pour quelle perspective concrète?

Pour la droite, le défi est historique: répondre avec fermeté, sérénité, constance, expérience et courage (elle en a tellement manqué) à cette angoisse existentielle. Les fragilités visibles à l’œil nu de l’aventure Zemmour ne doivent pas faire oublier aux Républicains que la météorite pourrait les détruire intégralement. Quand le sage tire mille enseignements de cette irruption abracadabrantesque, le fou ne regarde que le doigt.

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