L’alternative de l’Europe aux routes de la soie chinoises ?

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Par Anne Rovan. LE FIGARO. 1er décembre 2021

L’autoroute devant relier Bar (Monténégro) à Boljare (Serbie) a été financée par la Chine. Incapable d’honorer ses engagements, le Monténégro risquait de voir Pékin mettre la main sur des terres et des actifs stratégiques. SAVO PRELEVIC/AFP

RÉCIT – La Commission veut mobiliser 300 milliards d’euros de fonds publics et privés sur des projets plus verts et plus sociaux dans les pays émergents.

«C’est une véritable alternative.» Ursula von der Leyen a présenté mercredi la stratégie européenne visant à contrer les nouvelles routes de la soie chinoises. Son nom? Global Gateway, «portail mondial».

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Il s’agit de mobiliser jusqu’à 300 milliards d’euros d’ici à fin 2027, pour financer hors de l’UE des «investissements dans le numérique, la santé, le climat, les secteurs de l’énergie et des transports ainsi que l’éducation et la recherche». Cet argent ira probablement pour l’essentiel à des infrastructures physiques permettant de renforcer les réseaux numériques, de transport et d’énergie.

Sphère d’influence

Pour ce faire, la Commission est prête à consacrer jusqu’à 135 milliards d’euros, grâce à une garantie de 21,1 milliards. Ce montant serait complété par 145 milliards amenés par la BEI et la Berd, par les banques de développement des États membres et par des banques privées de l’Union. S’ajoutent 18 milliards de subventions sur les fonds européens. En réalité, une partie de ces 300 milliards a d’ores et déjà été promise à certaines régions du monde. Ainsi, 30 milliards d’euros sont prévus pour les Balkans et 30 autres milliards pour les pays du pourtour méditerranéen.

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La présidente de la Commission s’est bien gardée de mentionner la Chine, mercredi. Mais il s’agit bien pour l’UE de contrer l’influence de l’empire du Milieu. Les besoins des pays à revenu faible ou intermédiaire sont en effet immenses. La Maison-Blanche estime à 40.000 milliards de dollars les besoins des pays en développement à l’horizon 2035.

Global Gateway «vise à tisser des liens et non à créer des dépendances».«Nous voulons des projets qui soient mis en œuvre avec un haut niveau de transparence, de bonne gouvernance et de qualité», a souligné Ursula von der Leyen. Pas question pour les Européens de financer des «éléphants blancs», ces équipements aussi gigantesques qu’inutiles. Ou de mettre les pays bénéficiaires dans des situations d’endettement inextricables, comme cela a été le cas pour le Monténégro. Il avait fait appel à la Chine pour le financement d’un tronçon de 42 km d’autoroute. Au printemps, ce petit État balkanique de 600.000 habitants tirait la sonnette d’alarme. Incapable d’honorer ses engagements, il risquait de voir Pékin mettre la main sur une partie du pays.

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Bruxelles, les États membres et les banques européennes y regarderont à deux fois avant d’accorder des financements. Les projets et les pays qui les présentent devront respecter des règles strictes en matière sociales, démocratiques, environnementales. «Nous ne soutiendrons pas les projets faisant intervenir les énergies fossiles», assure aussi un fonctionnaire européen.

La Commission concrétise là un des souhaits du G7. En juin, lors de leur réunion en Grande-Bretagne, les dirigeants des sept puissances s’étaient mis d’accord pour contrer l’influence chinoise autour du projet américain Build Back Better World. L’OCDE, aiguillonnée par Washington, pousse également le Blue Dot Network, un label de certification des investissements dans les infrastructures qui garantirait le respect de normes sociales et environnementales.

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Reste à savoir jusqu’où pourrait s’étendre la sphère d’influence européenne. «Ce sera essentiellement autour de l’Europe et peut-être une partie du continent africain. Mais cela semble plus compliqué pour l’Asie et l’Amérique latine», estime Philippe Le Corre, chercheur à la Harvard Kennedy School et à l’Essec. Les montants engagés par l’UE semblent, par ailleurs, dérisoires comparés à ceux qui ont été investis par la Chine dans le monde, et notamment dans les Balkans. Selon le fournisseur de données américain Refinitiv, plus de 2 600 projets représentant 3 700 milliards de dollars étaient liés aux «nouvelles routes de la soie» en 2020. Ce n’est pas la première fois que Bruxelles tente de contrer Pékin. Fin 2018, la Commission Juncker avait lancé l’initiative «connectivité UE-Asie». Le résultat est très mitigé. Seulement, 9,6 milliards d’euros ont été investis. Bruxelles entend faire mieux avec le Global Gateway. Les premiers projets seront présentés au printemps 2022 dans le cadre du sommet UE-Union africaine.

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